Invitée de Pâques: la pasteure Rita Famos

«Pendant ma jeunesse, j’ai appris que la foi était liée à la vie quotidienne », déclarait Rita Famos à Protestinfo en octobre 2020. «Pendant ma jeunesse, j’ai appris que la foi était liée à la vie quotidienne », déclarait Rita Famos à Protestinfo en octobre 2020.

Présidente de l’Eglise évangélique réformée de Suisse depuis le 1er janvier, Rita Famos est à l’écoute d’êtres humains en quête de Dieu. Et heureuse de leur annoncer ce message répété depuis deux millénaires: la mort n’a pas le dernier mot.

Rita Famos ne manque ni d’énergie ni de conviction ni de bonne humeur. Zurichoise d’adoption – elle a grandi, a étudié et été ordonnée pasteure à Berne –, elle a succédé à Gottfried Locher sur fond de polémique: son prédécesseur a démissionné en raison de soupçons de comportements abusifs. Mariée et mère de deux enfants adultes, la quinquagénaire, qui a été pasteure à Uster (ZH), aumônier et responsable de formation, sait qu’une Eglise ne peut être parfaite. Mais qu’elle doit relier les hommes entre eux et à Dieu. Avec Bach, l’Evangile de Jean, une bougie et des oeufs colorés, elle est prête à célébrer la résurrection de Jésus et à diffuser un message dont ses contemporains sont demandeurs.

La Résurrection, ce message vieux de près de 2000 ans, concerne-t-il encore le croyant d’aujourd’hui?

«Pâques est un message pour la vie d’aujourd’hui.»Rita Famos: – Oui, absolument. Depuis 2000 ans, sans interruption, les gens se répètent à Pâques que le Christ est ressuscité. Cela signifie que ce n’est pas la mort, mais la vie qui a le dernier mot: Dieu déclare «Voici, je fais toutes choses nouvelles». C’est un message éternel d’espérance au-delà de notre vie terrestre. Or pour nous chrétiens, Pâques n’est pas seulement le réconfort face à la mort au terme de la vie terrestre, c’est tout autant un message pour la vie d’aujourd’hui. Il y a des «petites morts» tout au long de l’existence: des espoirs qui meurent, des gens qui s’en vont, des crises, des pertes d’emploi. Dans ces situations aussi, le message est que la mort n’a pas le dernier mot. Les gens cherchent ce message, ils en ont besoin. En particulier durant cette pandémie. Nous constatons que nos cultes en ligne sont bien suivis. Moi-même, j’ai besoin de ce message ici et maintenant. Les chrétiens trouvent dans l’histoire de Pâques des symboles de vie immémoriaux qui touchent l’humanité.

Ce message peut-il vraiment réconforter des gens qui souffrent, qui ont perdu leur travail, sont malades ou ont vu mourir des parents ou des amis?

– Des études sur la résilience montrent que les personnes qu’une communauté entoure traversent mieux les crises. C’est aussi le cas de celles qui portent en elles ce message d’espérance et cette foi, qui donnent un sens à leur vie et leur apportent le soutien nécessaire. C’est Pâques qui infuse cette espérance et ce soutien. Comme aumônier, j’ai accompagné beaucoup de personnes qui vivaient des situations difficiles. Nombre d’entre elles avaient une force et un rayonnement incroyables. Il est difficile de dire à une personne touchée par la crise de croire simplement que ça va s’arranger. Il faut aussi le montrer par des gestes, de manière symbolique, pour que les gens sentent qu’il y a de l’espoir, qu’une vie nouvelle succédera à la crise.

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Une pandémie est-elle une période pour plus ou moins de religion? Le doute peut guetter...

– Je sens que les gens ont pris conscience de la fragilité de l’existence, qu’il suffit de peu de chose pour perturber la planète entière. Cela les amène à se poser des questions qu’ils ne se posaient pas il y a un peu plus d’une année. Il ne va plus de soi qu’on pourra se lever chaque matin en ayant un travail, la santé et une famille qui va bien. Les gens se préoccupent davantage de l’essentiel.

La pandémie aurait-elle de bons côtés?

– Je n’aime pas parler de «chances» de la pandémie. Mais j’espère que cette épreuve va nous changer. Des personnes qui ont accompagné un défunt me disent être différentes, s’être posé des questions sur le sens de la vie, sur ce qui compte vraiment. La pandémie nous montre combien les relations et la solidarité sont importantes. Dans ce sens, le doute peut être une bonne chose. Il amène des questions qui nous mettent sur le chemin de réponses nouvelles. C’est le cas également lorsqu’on commence à douter de Dieu. Cela peut nous transformer et renouveler notre foi. Je n’entends pas beaucoup de gens demander pourquoi Dieu permet tout cela. J’entends plutôt cette question: où est Dieu dans tout ça? Les gens sont à la recherche du divin.

Le message de Pâques peut-il avoir un sens pour les non-croyants également?

– Il faut se tourner vers ces personnes, les écouter, entendre leurs urgences, leurs doutes, leur dire qu’on est à leurs côtés. Leur poser des questions concrètes: «De quoi as-tu besoin? Puis-je t’aider? Comment?». C’est important. Quelqu’un qui n’a pas la foi n’en est pas moins un être humain qui sent la présence, le soutien, la solidarité. Nous parlons d’incarner l’Evangile dans les actes et les paroles. Parfois les paroles suffisent, parfois il faut des actes.

Comment les Eglises peuvent-elles leur apporter le message pascal?

– Il y a beaucoup de beaux rituels, par exemple autour du feu durant la nuit de Pâques, la veillée, les fidèles qui amènent la lumière du Christ dans les églises. Nous devons vivre ces rituels et inviter les gens à les vivre, car ils expriment quelque chose sans mots. Nous devons aussi trouver une langue moderne pour communiquer ce message ancestral qui parle à l’homme actuel qui est un être spirituel. Peut-être la Résurrection est-elle l’occasion de rechercher des «moments pascals» dans notre vie de tous les jours. Pas le grand miracle de Pâques, mais les petits miracles de chaque jour.

Il faut donc une nouvelle évangélisation...

– Evangéliser, cela veut dire prendre au sérieux les questionnements des hommes et y répondre avec le message de Dieu qui nous surprend dans notre vie et qui vainc la mort. Evangéliser, c’est comprendre les hommes et leur quête spirituelle. Leur dire que le monde est entre les mains de Dieu, ce qui amène un soulagement, sans les déresponsabiliser pour autant.

Les hommes se tourneront alors d’eux-mêmes à nouveau vers Dieu?

– Je pense que oui. Les gens ne sont pas moins spirituels ou moins croyants qu’autrefois. Peut-être cherchent-ils la foi hors des vieilles institutions que sont les Eglises parce qu’elles sont trop rigides ou parlent un langage dépassé. Mais, je le répète, l’homme reste un être spirituel à la recherche d’une transcendance.

Marquées par des affaires, des scandales, des luttes internes, les Eglises sont-elles le problème pour ces hommes en quête de divin?

– Les Eglises sont faites par les hommes et, là où ils agissent, ils commettent inévitablement des erreurs. Ce qui est grave, ce n’est pas d’en commettre, mais de les nier. Nous ne sommes pas parfaits,mais il faut dire les choses telles qu’elles sont, nommer les problèmes. Et les considérer comme des défis. En même temps, il y a de nombreuses communautés vivantes au sein de notre Eglise: des paroisses qui partagent la vie et la foi et proposent des services spirituels. En tant qu’Eglise, nous devons évoluer. Le message reste le même, mais nous avons besoin de nouvelles formes de musique et de liturgie, de moyens de communication qui parlent à nos contemporains. Nous devons être innovants. Et nous pouvons l’être.

A quoi ressemble pour vous l’Eglise idéale?

«L’Eglise n’est jamais parfaite, elle est toujours en chemin.»– Il n’y a pas d’Eglise idéale. Mais elle doit ouvrir des espaces dans lesquels les gens peuvent rencontrer Dieu et vivre ensemble. Cela de différentes manières parce qu’il y a différents types de personnes. Je vois beaucoup d’endroits où cela se passe bien, et d’autres où c’est plus difficile. L’Eglise n’est jamais parfaite, elle est toujours en chemin. Ou alors nous serions arrivés à la fin des temps. C’est pour cela aussi qu’il est bon d’avoir différentes Eglises. L’oecuménisme est un enrichissement, il nous empêche d’être une monoculture.

Cela fait à présent trois mois que vous êtes présidente de l’Eglise évangélique réformée de Suisse. Comment cela se passe-t-il?

– J’ai fait la connaissance de nombreuses personnes, souvent par écran interposé: des responsables d’oeuvres d’entraide etmissionnaires, les membres de la direction, les présidents des Eglises de Suisse romande. J’ai vu une grande diversité, une Eglise très engagée, j’ai senti beaucoup d’énergie et d’enthousiasme et cela me réjouit. J’ai aussi été marquée par la demande du président de la Confédération Guy Parmelin de faire sonner les cloches de tout le pays le 5 mars, un an après le premier décès lié à la Covid-19. Avec l’Eglise catholique, nous formons une communauté chrétienne présente dans les grandes villes comme dans les vallées reculées. Nous avons fait retentir nos cloches pour délivrer un message avec le soutien des communes et des communautés locales. Voir – et entendre – notre réseau, le potentiel que nous avons lorsque nous nous mettons ensemble était très impressionnant.

Qu’allez-vous changer dans votre Eglise?

– Avec le Conseil de l’Eglise, nous avons parlé de son développement et des champs d’action et préparé des lignes directrices que nous présenterons au synode. Celui-ci décidera au mois de juin des prochaines étapes.

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Quel est votre plus grand défi?

– La cohérence. Les Eglises membres et les paroisses sont très autonomes, et il faut créer une cohésion entre les villes et les campagnes, les différentes régions linguistiques, les conservateurs et les progressistes. Il y a aussi, dans les Eglises de Suisse romande, beaucoup d’énergie et d’innovations que nous devons transmettre à la Suisse alémanique. Et nous ne devons jamais oublier que nous sommes une Eglise au service des êtres humains. Il ne s’agit pas de maintenir une Eglise, mais de lui permettre d’accomplir sa mission: créer une communauté entre les hommes et avec Dieu.

 

«J’ai besoin de gens qui prient à côté de moi»

13A EM13Se réunir dans la nuit noire, entrer dans une église sombre une bougie à la main, lire et entendre des textes anciens, puis voir la lumière apparaître: la veillée pascale est le plus beau moment des célébrations de Pâques pour Rita Famos. «Cette attente de la lumière est très importante pour moi», confie-t-elle, sans reléguer pour autant le culte du dimanche au second plan. Elle sourit en évoquant son attachement à certaines traditions: la chasse aux nids de Pâques quand elle était enfant ou, activité à laquelle elle consacre toujours une partie de son Vendredi-Saint, la décoration des oeufs et le brunch du dimanche. Au fil de la discussion se dessine l’importance de la musique. «Je chante volontiers et, pour moi, Pâques est aussi lié aux cantiques de la Résurrection. Nous les avons chantés avec mon mari en suivant le culte sur Zoom l’année dernière, mais ce n’était pas pareil, raconte-t-elle. La communauté et la joie de chanter en choeur avec toute l’assemblée m’ont manqué.» Ce n’était pas tragique, concède-t-elle. Une année, ça va. Deux aussi? «Au moins pourrat-on se voir cette année. J’ai besoin de gens qui prient, qui chantent à côté de moi».

LES MOTS DE LA RÉSURRECTION

La musique, c’est aussi Bach, dont elle écoute toujours une Passion le Vendredi-Saint. Le dernier choral de la Passion selon saint Jean recèle le coeur de Pâques, assure-t-elle: «Alors, de la mort éveille-moi, que mes yeux te voient en toute joie, ô Fils de Dieu, Mon sauveur et Trône de grâce!». Les mots de la Résurrection se trouvent aussi dans la liturgie – dans le répons «Christ est vraiment ressuscité» – et dans l’Evangile, évidemment. Chez Jean, chapitre 14 en particulier: «Vous me verrez, car je vis, et vous vivrez aussi». Tout est là: «Christ est ressuscité, il vit et il veut que je vive!», s’exclame-t-elle. La foi est actuelle, la foi est concrète. Ce que Rita Famos nous souhaite pour Pâques, c’est de croire que la Résurrection est possible aujourd’hui. «Dieu a ressuscité son fils d’entre les morts et il nous donnera une vie nouvelle, un nouvel espoir en ces temps difficiles»: tel est son message. «Et soyons une communauté solidaire!», ajoute-t-elle. Les Eglises chrétiennes lancent par ailleurs une action commune sur le site offreunelumière.ch. «Nous pouvons allumer une bougie virtuelle en pensant à une personne aimée, en signe de solidarité ou d’espérance, en guise de remerciement ou pour faire mémoire, explique Rita Famos. Mon voeu est que cette page s’illumine et que la lumière se répande parmi les hommes.» Une veillée pascale numérique, en quelque sorte.

JeF

 

 

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Cette année, les célébrations pascales pourront avoir lieu bien que la participation à la liturgie demeure limitée à 50 fidèles. Pour s’y préparer, des montées vers Pâques sont organisées en Suisse romande.


Rien à voir, tout à croire

Pour la deuxième fois, nous nous apprêtons à vivre la semaine sainte et Pâques en temps de pandémie. Nous ne serons plus cloîtrés chez nous devant notre poste de radio ou de télévision, mais bien rassemblés même si ce sera en nombre limité – cinquante quelle que soit la grandeur de l’église – en raison des mesures sanitaires en vigueur.

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