Education: Enseignement différencié

Le travail sur ordinateur réduit l’impact de la dyslexie sur les apprentissages. Le travail sur ordinateur réduit l’impact de la dyslexie sur les apprentissages.

Depuis la rentrée, l’Ecole catholique du Chablais mise sur un enseignement différencié pour se démarquer. Reportage dans cette institution fondée à la fin du 19e siècle qui opère à son tour un virage vers le numérique.

Mercredi, 9h20: c’est géométrie pour les élèves de 10P de Philippe Didier. Les axes x et y sont projetés sur une toile blanche. «Je vous demande de tracer un segment pour construire un triangle», dit le professeur en dessinant la figure sur son ordinateur portable. Comme ses camarades devant leur écran, Vinciane*, 14 ans, s’exécute. Il y a un an, cette jeune dyspraxique et dyscalculique (voir encadré) est passée de l’enseignement public à cette école privée à Aigle: «Ici, j’arrive mieux à me concentrer. L’ordinateur me permet d’aller plus vite et de ne pas perdre de photocopies», explique l’adolescente dont l’appareil est fourni par l’assurance-invalidité.

Un avis partagé par David, 13 ans, diagnostiqué dyslexique. En cours de géographie, alors que ses camarades travaillent sur des fiches, il réalise l’exercice sur son ordinateur portable: «Ça m’aide pour l’orthographe et je peux choisir une taille de police plus grande». Trois autres élèves dyslexiques écrivent sur des feuilles. «La taille et l’espacement des mots ont été adaptés en pensant à eux, mais tous les élèves ont les mêmes documents», nous apprend Yann Nicolet, enseignant de français et de géographie.

RÉDUIRE LES OBSTACLES

Depuis la rentrée de septembre, l’Ecole catholique du Chablais (ECC) accorde une attention particulière aux élèves avec des difficultés d’apprentissage, en particulier liées à la dyslexie. Matériel adapté, temps d’apprentissages séparés, variété des méthodes: par exemple, utilisation de questionnaires à choix multiples ou multiplications pas jalousies, où le calcul se fait dans une grille plutôt que dans les habituelles colonnes.

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PETITE STRUCTURE

«Notre petite structure nous permet une certaine souplesse dans les enseignements.»L’objectif est de diminuer l’impact de la dyslexie sur l’apprentissage en fournissant des supports adaptés et variés à toute la classe selon la conception universelle des apprentissages (voir encadré). Ce qui n’exclut pas certains aménagements: «Pour de petits contrôles, je peux préparer quatre versions différentes. Pour les examens, deux seulement, car cela demande beaucoup de travail. On ne diminue pas la difficulté ou le contenu, mais la barrière à l’accès», explique un prof de maths. Devenir un pôle d’excellence pour les élèves à besoins particuliers, y compris ceux qui vont plus vite, c’est le souhait de la nouvelle directrice de l’ECC, arrivée fin 2019. «Les familles avec des enfants en difficulté d’apprentissage faisaient déjà appel à nous. Nos classes comptant 10 à 15 élèves, nous pouvons leur accorder plus d’attention», explique Sabine Larivé. Sur les 130 élèves scolarisés à l’ECC, une quarantaine, pas tous diagnostiqués, appartiennent à cette catégorie. 

«Je vois d’un très bon oeil le fait que notre école puisse aider ces enfants souvent en difficulté dans le public à se remettre sur les rails», ajoute Carole Rubellin, vice-présidente de l’association des Amis de l’ECC. Il faut toutefois rester vigilants et ne pas accepter d’élèves avec des handicaps trop lourds, nuance cette mère dont les deux enfants sont scolarisés à l’école du Chablais. Une frontière fort mince dont la direction est bien consciente: «Nous ne sommes pas une institution spécialisée avec neuf enfants et deux ou trois adultes par classe. Mais notre école bénéficie d’une certaine souplesse vu qu’il s’agit d’une petite structure», précise Sabine Larivé.

SE PROFILER

Ces dernières années, les effectifs de l’ECC ont progressivement baissé: l’établissement accueille aujourd’hui 130 élèves contre 170 il y a 10 ans. La nouvelle orientation est-elle aussi un moyen d’attirer des inscriptions? «Oui. C’est une manière de montrer que l’école a une originalité supplémentaire, confirme l’abbé Pierre-Yves Maillard, président du Conseil de fondation de l’ECC. Comme tout établissement scolaire, nous devons nous profiler.»

Le président reconnaît que la situation est fragile au niveau financier: «Nous avons des frais d’écolage bas pour un établissement privé et souhaitons pouvoir les maintenir. Au printemps, les journées portes ouvertes ont été annulées en raison de la Covid-19, ce qui peut aussi expliquer la poursuite de la baisse des effectifs », relève-t-il. «Notre école, réputée pour ses valeurs et son sérieux, s’est peut-être un peu endormie. Il nous faut aujourd’hui adopter d’autres outils et méthodes d’enseignement », affirme Sabine Larivé.

LE NUMÉRIQUE À TOUT PRIX?

La Covid-19 a encouragé la transition. Avec le semi-confinement, un enseignement à distance a rapidement été mis en place et l’école a investi dans des ordinateurs portables. En cours de géographie ce mercredi matin, l’enseignant fait travailler une partie de ses élèves devant un écran: ils doivent visionner une vidéo et répondre à des questions. Varier les modes d’apprentissage permet aussi de proposer des devoirs plus ludiques, comme un questionnaire à choix multiples sur le mode du jeu télévisé «Qui veut gagner des millions ?», utilisé dans une classe pour réviser les nuances sémantiques. Noël, 15 ans, est très actif: «Je suis plus attentif que lorsque les cours sont au tableau». Son prof précise: «J’utilise cette activité pour des révisions. Les examens, eux, se font par écrit».

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La pause de midi approche: Milena, 11 ans, doit terminer sa réponse à un courrier des lecteurs fictif en ligne. Un exercice achevé l’heure précédente par ses camarades. «Je n’aime pas toujours travailler sur l’ordi, ce n’est pas forcément plus facile», souffle-t-elle. Heureusement, à ses côtés, sa camarade Victoire lui donne un coup de main. «Il est important que cette enfant en difficulté d’apprentissage soit accompagnée par un élève qui sache la coacher avec bienveillance », explique leur enseignant, Damien Fournier. A l’heure du tout numérique, l’entraide et le suivi personnalisé restent indémodables.

 

Atténuer la différence

21B EM11La dyslexie est un trouble spécifique de la lecture et de l’écriture. Généralement, les personnes dyslexiques inversent et confondent les lettres ou les syllabes. La dyscalculie (trouble du calcul) et dyspraxie (trouble du développement de la coordination) engendrent aussi des difficultés d’acquisition du savoir. En plus d’une rééducation orthophonique, des aménagements scolaires peuvent faciliter l’apprentissage: un interligne plus large, une police d’écriture unique, une présentation précise des objectifs ou encore des logiciels de lecture et d’écriture. L’Ecole catholique du Chablais s’inspire de la conception universelle des apprentissages, une démarche de pédagogie différenciée qui prévoit dès la phase de conception des enseignements des approches qui permettront de faire progresser tous les élèves sans nécessité d’adaptation. Cela passe par exemple par l’utilisation de différents supports: audio, vidéo, numérique et jeux.

PrC

 

Identité catholique

22A EM11Fondée à Aigle en 1887, l’Ecole catholique du Chablais était à ses débuts portée par les soeurs de Saint-Joseph qui assuraient l’essentiel des tâches, puis par les frères maristes. Depuis 1996, elle est administrée par une fondation et les enseignants laïcs ont progressivement remplacé les religieux. Reste un aumônier, autrefois un chanoine de l’abbaye de Saint-Maurice, aujourd’hui le vicaire des paroisses du secteur d’Aigle, qui appartient au diocèse de Sion. «Chaque semaine, j’organise des activités tels des pique-niques avec un échange sur un thème spirituel. Je passe une fois par mois dans les classes pour des interventions sur les fêtes religieuses», raconte l’abbé Vincent Lafargue, l’actuel aumônier. Tous suivent cet enseignement, même si seuls 10%des enfants participent régulièrement aux activités de l’aumônerie. L’école tient à son identité catholique. «Nous gardons des liens forts avec le Collège de l’abbaye de Saint-Maurice: nos élèves peuvent y être admis à la fin de la 10e ou de la 11e Harmos sans examen.»

PrC

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