Sursaut identitaire

Alors que je veux accéder à un service en ligne, on me demande d’«accepter» les conditions générales pour pouvoir aller plus loin. Clic.

A force, je ne vois plus ces fenêtres intempestives. Dans la frénésie quotidienne, souvent on ne se pose plus la question de savoir où vont nos données. Heureusement, il est des sujets qui ont le don de nous faire lever les yeux de notre Smartphone pour quelques secondes au moins. La loi sur l’identité numérique, soumise au peuple le 7 mars, par exemple. Elle fait bondir celles et ceux qui refusent que le secteur privé nous délivre notre identité numérique nationale.

Ce sursaut identitaire, nous l’avions déjà eu en mai lors de la réouverture des restaurants. Qui était prêt à laisser ses coordonnées avant que cela ne devienne obligatoire? Malaise. Méfiance. L’identité numérique nationale (e-ID), on veut bien, mais seulement si c’est l’Etat qui la délivre et la gère. C’était du moins l’avis de 87% des sondés dans une enquête menée en mai 2019 par la Fédération romande des consommateurs. Ils manifestaient ainsi leur réticence à voir leurs données personnelles utilisées, encore un peu plus, pour de la publicité ciblée.

N’acceptons pas une identité numérique à n’importe quel prix.Le projet de loi présenté au peuple prévoit plusieurs niveaux de sécurité: si vous voulez un niveau de garantie «faible», vous devez donner votre nom, votre prénom et votre date de naissance. Pour un niveau «élevé», le sexe, le lieu de naissance, la nationalité et une photographie seront aussi enregistrés. Rien n’est dit du coût de ces différents services. Mais SwissSign – Consortium réunissant les CFF, la Poste, UBS, Zurich Assurance et d’autres poids lourds –, pressenti comme fournisseur d’e-ID, l’annonce: le niveau le plus haut pourrait être payant en raison de l’obligation légale de mise à jour des données de manière hebdomadaire. Hebdomadaire?

Le simple sursaut devrait nous conduire à un temps d’arrêt pour une nécessaire réflexion. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour obtenir ce que nous voulons en trois clics? Jusqu’où sommes-nous d’accord de jouer le jeu des publicitaires? Finalement, dans quelle société voulons-nous vivre?

La technologie n’est pas neutre, rappelle le pape François dans son encyclique Laudato si’, parce qu’elle crée « un cadre qui […] oriente les possibilités sociales dans la ligne des intérêts de groupes de pouvoir déterminés. Certains choix qui paraissent instrumentaux sont, en réalité, des choix sur le type de vie sociale que l’on veut mener».

N’acceptons pas une identité numérique à n’importe quel prix. N’adoptons pas aveuglément les arguments de «simplicité» et de «rapidité». Redémarrer l’ordinateur ne serait pas inutile. Au moins pour commencer à se poser les questions de fond.

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