La Parole, un autre vaccin

Les campagnes de vaccination se multiplient pour lutter contre la pandémie. Il y a urgence. Les campagnes de vaccination se multiplient pour lutter contre la pandémie. Il y a urgence.

En ce temps où le vaccin contre la Covid-19 fait la une de l’actualité, il est bon de nous rappeler, nous chrétiens, qu’existe aussi un vaccin «contre la fermeture, l’autoconservation, l’autosuffisance et le triomphalisme» recommandé par François: la Parole de Dieu.

Alors que le monde entier a son regard et ses espoirs rivés sur les vaccins, que pays et cantons rivalisent pour aller vite, mais que d’autres fléaux se développent à grande vitesse – tels que la précarité et le chacun pour soi –, j’aimerais évoquer une parole étonnante du pape François.

UNE IMAGE PUISSANTE

Au printemps 2019, juste après Pâques, personne n’aurait pu imaginer l’émergence d’une pandémie. Dans un discours aux membres de la Fédération biblique internationale, le pape François – qui a depuis pris position sur le vaccin contre le coronavirus – a parlé de «vaccin». Selon lui, la Parole de Dieu «est le meilleur vaccin contre la fermeture, l’autoconservation, l’autosuffisance et le triomphalisme ». Elle peut être comparée à une «injection de vie». Elle a en elle une «force centrifuge» qui pousse à aller vers l’extérieur. Cette image du vaccin prend une nouvelle dimension en ce temps de pandémie. Oui, il semble bien que nous ayons aussi besoin d’un autre vaccin qui nous guérisse de notre autoréférentialité et de notre tendance au repli. La lecture de la Bible peut jouer ce rôle vivifiant: nous faire sortir de nous-mêmes, nous interpeller profondément, nous pousser vers l’autre. La Bible est aussi «un grand livre de discernement ». Elle révèle celui qui est centré sur soi et celui qui est prêt à se laisser déplacer.

GROUPES AUTARCIQUES

La Parole de Dieu dénonce ceux qui tournent en rond dans leurs groupes. Les frères de Joseph, par exemple, sont centrés sur eux-mêmes. Quand Joseph s’approche, ils ne lui parlent même pas: «Ils se dirent entre eux: voilà l’homme aux songes» (Genèse 37,19), puis trament leur funeste projet. Quelques années plus tard, alors qu’il faut aller chercher du blé, leur père Jacob leur fait ce reproche: «Pourquoi restez-vous là à vous regarder les uns les autres?» (Genèse 42,1). Les frères semblent se suffire à eux-mêmes. Ils ne s’intéressent pas vraiment à leur frère, ils ne voient pas l’urgence. Prisonniers de leurs idées et de leurs préjugés, ils sont aveugles à la misère d’autrui. Un comportement analogue s’observe chez ceux qui détiennent le pouvoir religieux au temps de Jésus. Lors de la toute dernière journée que celui- ci passe au temple, ils viennent l’interroger sur son autorité. Quand il leur demande si le baptême de Jean vient du ciel ou non, ils se mettent à «raisonner entre eux» (Marc 11,31). Ils ne sont pas avides de vérité, ni d’entendre ce que Dieu aurait à leur dire à travers Jésus. Ils se contentent de peser leurs intérêts à eux, ils réfléchissent pour savoir comment conserver leur position et rester maîtres de la situation. Une attitude à l’opposé de celle demandée par le pape François: pour lui, il importe d’oser la rencontre pour se laisser toucher et déplacer par l’autre.

DON DE SOI

La Bible nous montre aussi des personnages ouverts, attentifs, qui se laissent déranger. Il y en a dans tous les peuples. A l’occasion d’une grande famine, le Seigneur enjoint à Elie de se déplacer vers l’ouest: «Lève-toi, va à Sarepta qui appartient à Sidon, j’ai ordonné là-bas à une femme, à une veuve, de te ravitailler» (1 Rois 17,9). Le prophète va découvrir comment cette femme – qui se trouve elle-même dans le besoin – pourvoit à la vie de son fils. Elle partage avec lui son souci pour leur survie, puis elle fait confiance et le nourrit. A travers cette veuve, Dieu prend soin de la vie d’Elie. Dans le Nouveau Testament, on pourrait évoquer le texte très connu du bon Samaritain: «Voyant le blessé, il fut ému aux entrailles, il s’approcha...» (Luc 10,33). En prenant soin de l’homme blessé et en offrant de son temps et de son argent, il devient le modèle du vrai prochain qui – comme le terme l’indique – sait se rendre proche de celui qui souffre et qu’il croise sur son chemin. Et si nous suivions l’intuition du pape François en accueillant la Parole vivante comme un vaccin qui protège efficacement contre toute forme d’enfermement en ce temps où le monde a besoin de notre ingéniosité et de notre générosité?

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Monique Dorsaz

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