Ski: le nouvel âge d’or suisse

Erika Hess et Michelle Gisin: deux générations au rendez-vous du talent. Erika Hess et Michelle Gisin: deux générations au rendez-vous du talent.

Alors que les Mondiaux de Cortina d’Ampezzo ont démarré lundi, le ski alpin suisse vit à nouveau une période faste. Les monstres sacrés Pirmin Zurbriggen et Erika Hess, qui ont connu la gloire dans les années 1980, ne boudent pas leur plaisir. Perspectives.

Dans les années 1980, le ski suisse connaît un âge d’or couronné par le triomphe des Mondiaux de Crans-Montana en 1987. Meilleur skieur suisse de tous les temps avec quatre Globes de cristal, le Haut-Valaisan Pirmin Zurbriggen avait été éblouissant. Et l’Obwaldienne Erika Hess avait remporté en slalom son sixième titre mondial.

Aujourd’hui, le ski suisse vit une nouvelle période faste. Ces deux légendes helvétiques sont les premiers à s’en réjouir. «C’est énorme ce que font nos skieurs. Ils sont capables de gagner dans toutes les disciplines, s’exclame Erika Hess. Quel plaisir de les regarder! Dans la période que l’on vit, cela apporte un peu de bonheur...»

Un avis totalement partagé par Pirmin Zurbriggen: «Je me réjouis de voir chaque course. Surtout que je connais personnellement la plupart de ces athlètes». Entre les deux époques, la comparaison saute donc aux yeux. Alors que les Mondiaux de Cortina d’Ampezzo, «la reine des Dolomites », ont démarré dans les Alpes de Vénétie, ces deux figures emblématiques du sport suisse des années 1980 analysent le phénomène.

EN TÊTE DES NATIONS

Après plusieurs saisons de doute, la Tessinoise Lara Gut-Behrami est redevenue l’orfèvre de la vitesse qu’on connaissait en survolant trois super-G à Sankt Anton, Crans-Montana et Garmisch-Partenkirchen. A 28 ans, l’Obwaldienne Michelle Gisin s’est imposée au sommet de la compétition. A Semmering, elle est devenue la première Suissesse à remporter un slalom depuis 2002. Dans la foulée, elle s’est hissée deux fois sur le podium en géant à Kranjska Gora.

14A EM06Victorieux en géant à Santa Catarina et deux fois deuxième en super-G à Sölden et Kitzbühel, le Nidwaldien Marco Odermatt a justifié son statut de skieur le plus doué de sa génération. Quant à l’Emmentalois Beat Feuz, meilleur descendeur du monde, il a signé l’exploit de s’adjuger deux fois la fameuse Streif de Kitzbühel en trois jours! Et que dire de la régularité du Haut-Valaisan Ramon Zenhaüsern en slalom?

Au total, jusqu’à présent, cet hiver, les Suisses sont montés plus de trente fois sur le podium. Au classement des nations, l’équipe helvétique caracole en tête: chez les hommes comme les femmes, elle précède l’Autriche après trois décennies de domination de son éternel rival! «Que la Suisse devance un tel mastodonte du ski illustre bien les qualités de nos skieurs actuels», se réjouit Pirmin Zurbriggen. 

GARÇONS ET FILLES

L’équipe suisse fait figure d’armada quasi sans faille.L’absence de la moindre médaille aux Mondiaux de Bormio en 2005 avait agi comme un détonateur. Quelques années plus tard, des centres de sport-études destinés aux espoirs avaient vu le jour à Brigue, Engelberg et Davos. Maintenant, le budget de Swiss Ski – 58 millions de francs – est presque trois fois supérieur à celui de la Fédération française de ski.

«Ce qui arrive est le fruit de longues années de travail. Aucun détail n’a été négligé», explique Pirmin Zurbriggen, propriétaire de plusieurs hôtels à Zermatt. «C’est comme un puzzle en train de se finaliser», ajoute Erika Hess qui, malgré la récente disparition de son mari l’entraîneur Jacques Raymond, due à la Covid-19, continue à organiser des stages pour les jeunes talents.

Aujourd’hui, l’équipe suisse fait figure d’armada quasi sans faille, capable de briller partout. Comme c’était le cas dans les années 1980 avec Pirmin Zurbriggen, Erika Hess, Vreni Schneider, Michela Figini, Maria Walliser, Brigitte Oertli, Peter Müller, Joël Gaspoz et Franz Heinzer. Quand ce n’est pas un qui est devant, c’est l’autre! C’est la force de ce groupe où l’émulation joue à fond.

En géant chez les hommes, outre Marco Odermatt, les Valaisans Loïc Meillard et Justin Murisier sont aussi montés sur le podium cette saison. En slalom, outre Ramon Zenhaüsern, le Fribourgeois Luca Aerni, le Grison Sandro Simonet et les Valaisan Daniel Yule et Loïc Meillard sont capables de jouer les premiers rôles même si ce dernier est un peu en retrait par rapport à la saison dernière.

Chez les filles, dans les disciplines de vitesse, la Suisse, outre Lara Gut-Behrami, peut compter sur la Schwytzoise Corinne Suter. En slalom, Michelle Gisin et la Schwytzoise Wendy Holdener figurent parmi les favorites à chaque départ. «A l’entraînement, servir de référence les uns pour les autres est primordial», relève Erika Hess. Même avis chez Pirmin Zurbriggen: «Il y a une forme de synergie entre eux».

SE TIRER LA BOURRE

Quand Michelle Gisin a triomphé en slalom, elle y a associé sa coéquipière Wendy Holdener, abonnée aux deuxièmes places dans cette discipline: «Wendy m’a toujours poussée vers le haut; je n’aurais pas atteint ce niveau sans elle». Loïc Meillard évoque l’importance du groupe en géant: «On progresse mutuellement. On se tire la bourre à l’entraînement. Quand un de mes coéquipiers monte sur le podium, je suis presque aussi heureux que lui».

15A EM06Tous ces champions ont des profils et des parcours différents. Après sa grave blessure au genou lors des Mondiaux de Saint-Moritz en 2017, Lara Gut-Behrami ne semblait plus capable de retrouver son niveau. Or, elle vient de confondre tous les pessimistes avec panache. «La bombe de Comano» possède une forte personnalité qui agace parfois. Outre son talent naturel, sa force réside dans son tempérament d’écorchée vive.

«Elle dit toujours ce qu’elle pense. Je trouve ça très bien», estime Pirmin Zurbriggen. Erika Hess est admirative devant ce retour: «Lara a toujours eu une personnalité très forte, une volonté hors norme. Elle a montré cet hiver qu’elle est toujours là». Après Crans-Montana, la Tessinoise disait son soulagement: «Retrouver la confiance, ça prend du temps. A un moment, j’étais fatiguée, je n’en pouvais plus, je ne prenais plus de plaisir au ski».

Son avènement tardif, Michelle Gisin, la soeur cadette de Dominique, championne olympique de descente à Sotchi en 2014, la doit aussi à son obstination. «Je ne suis pas surpris, jauge Pirmin Zurbriggen. Malgré ses problèmes, Michelle n’a jamais baissé les bras et les entraîneurs ont toujours cru en elle.» Erika Hess apprécie également: «Michelle est une grande travailleuse qui a su tirer profit des conseils de sa soeur et de son frère. Aujourd’hui, elle est en pleine confiance. Et la confiance, à ce niveau, c’est primordial».

ODERMATT ET MEILLARD

Côté masculin, Marco Odermatt s’était révélé au grand public en raflant cinq médailles d’or sur six – toutes sauf le slalom! – aux Mondiaux juniors de Davos en 2018. Aujourd’hui, le Nidwaldien a justifié toutes les attentes placées en lui. «Je le connais depuis qu’il est tout petit ainsi que son père Walter. Gamin déjà, Marco était capable de skier aux limites. Mon fils Elia, qui l’a longtemps côtoyé, me disait que même quand il faisait des fautes, Marco était capable de gagner», raconte Erika Hess. La championne apprécie son style en esthète: «Marco skie avec une telle légèreté! C’est un régal!».

Autre surdoué, triple médaillé aux Mondiaux juniors de 2015 en Norvège, Loïc Meillard est déjà monté trois fois sur le podiumen géant. Seule une vraie victoire manque à son palmarès. «Quand on le voyait skier chez les petits, on se disait tous: s’il y en a un qui ira à coup sûr en Coupe dumonde, c’est bien lui», se souvient Pirmin Zurbriggen. En tant qu’ancien champion olympique de descente, en 1988, le Haut-Valaisan est aussi bien placé pour parler de Beat Feuz, le grand dominateur de cette discipline depuis deux hivers: «Beat skie avec équilibre et finesse en contrôlant toujours sa vitesse».

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Les Mondiaux de Cortina se terminent le 21 février. Fera-t-on à la fin la comparaison avec Crans-Montana 1987? Dans ce cas, Pirmin Zurbriggen et Erika Hess seraient les premiers à applaudir.

Bertrand Monnard

 

La gloire de 1987

15B EM06Mondiaux de Crans-Montana, du 27 janvier au 8 février 1987: ces deux semaines de ski sont le plus grand triomphe collectif de l’histoire du sport suisse! Un pays s’unit, oublie le Röstigraben, fête sa pléiade de héros et les années 1980 flamboient, la combinaison rouge et or des Helvètes marquant les rétines. Cette domination est telle que la presse suisse se sent presque gênée... 8 médailles d’or sur 10! Plus 4 en argent et 2 en bronze: cela en fait 14 sur 30, du jamais vu! Les Suissesses raflent toutes les premières places. Et les figures de proue de l’équipe montent chacune à deux reprises sur la plus haute marche du podium: Pirmin Zurbriggen (super-G, géant), Erika Hess (slalom, combiné), Maria Walliser (descente, super-G). En descente hommes, le podium est entièrement rouge à croix blanche: l’or à Peter Müller, l’argent à Pirmin, le bronze à Karl Alpiger. Quel hiver enchanté!

Thibaut Kaeser

La génération flamboyante de Crans-Montana 1987: Michela Figini, Karl Alpiger, Maria Walliser, Pirmin Zurbriggen, Erika Hess, Peter Müller et Vreni Schneider.

 

 

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