Birmanie: Aung San Suu Kyi arrêtée

Le général birman Min Aung Hlaing avec Aung San Suu Kyi en 2015, au début de ce qui devait être une transition démocratique. Le général birman Min Aung Hlaing avec Aung San Suu Kyi en 2015, au début de ce qui devait être une transition démocratique.

Et si l’armée n’avait jamais cessé de diriger la Birmanie? La question se pose au lendemain du putsch perpétré lundi 1er février contre Aung San Suu Kyi.

Vraisemblablement arrêtée par les militaires, elle était la cheffe de facto du gouvernement civil depuis cinq ans. Le général Min Aung Hlaing, désormais l’homme le plus puissant du pays, concentre tous les pouvoirs. Les militaires ont proclamé l’état d’urgence pour un an et placé leurs généraux aux principaux postes gouvernementaux – tout en promettant de nouvelles élections et un transfert du pouvoir.

L’armée accuse la commission électorale de ne pas avoir remédié aux «énormes irrégularités» qui auraient entaché les législatives de novembre, remportées massivement par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), formation d’Aung San Suu Kyi, au pouvoir depuis 2015. Les troupes se sont emparées de l’hôtel de ville de Rangoun, capitale économique du pays, et ont bloqué l’accès à son aéroport international.

Du côté de Bruxelles, aucun dirigeant n’a prononcé le nom d’Aung San Suu Kyi.Condamné par une longue liste de pays, le coup d’Etat l’a aussi été par Pékin, grand partenaire économique du pays, qui a conseillé à ses leaders de «régler leurs différends dans le cadre de la Constitution et des lois afin de maintenir la stabilité politique et sociale». Du côté de Bruxelles, aucun dirigeant n’a prononcé le nom d’Aung San Suu Kyi, 75 ans, que le Parlement européen avait exclue l’an dernier de la liste des lauréats du prix Sakharov. Il lui avait été décerné en 1990 pour son combat en faveur de la démocratie.

Plutôt que de se concentrer sur les arcanes du pouvoir militaire – qui tire encore et toujours les ficelles en Birmanie –, la presse internationale semble une fois de plus se focaliser sur la «Dame de Rangoun». Longtemps auréolée du prix Nobel de la paix (1991), elle est passée de figure de l’opposition non violente à la dictature militaire à paria de la communauté internationale en raison de son acceptation des crimes contre la minorité musulmane rohingya.

Espérons que l’attention se portera désormais aussi sur le général Min Aung Hlaing et les hauts gradés qui règnent sans partage sur la Birmanie depuis son indépendance en 1948. Et qui, après les coups d’Etat de 1962 et de 1988, imposent une nouvelle fois la loi des fusils.

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