En toute conscience

Au-delà des discours polémiques, les votations fédérales posent quelquefois, à bien y regarder, des questions tout à fait intéressantes. On le doit régulièrement à l’UDC, qui n’est pas la dernière à interpeller le citoyen.

Et même si les motivations des quelques Alémaniques qui la dirigent sont le plus souvent discutables, les questions restent pertinentes.

Prenons le cas de la burqa. Passons sur l’exercice purement rhétorique consistant à faire croire qu’elle n’est pas la cible première de l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» sur laquelle nous voterons le 7 mars – ce n’est pas un hooligan que l’on voit sur le site de campagne de ses partisans. Passons aussi sur l’écart absurde entre l’énergie déployée et le faible nombre de personnes concernées – une trentaine. Et parlons sérieusement. Ce vêtement pose des questions. Mieux, il interroge. Sur la place que nous voulons donner aux signes religieux dans notre société. Sur la façon dont nous voulons intégrer l’autre. Sur l’essence de notre société, sécularisée ou judéo-chrétienne. Sur les valeurs que nous voulons défendre et sur la manière de le faire, nous qui n’avons pas à y renoncer en présence d’autres valeurs que nous ne pouvons pas non plus simplement mépriser.

L’UDC – dans le cas présent le comité d’Egerkingen, qui lui est proche – accomplirait une noble tâche en posant ces questions-là. Malheureusement, et comme tous les autres partis au demeurant, elle fait de la politique, pas de la philosophie. L’UDC fait de la politique, pas de la philosophie.La démocratie n’attend pas du citoyen une dissertation de quatre pages, mais une croix devant un oui ou un non. Face à cette alternative sans alternative, il y a de quoi ressentir une certaine gêne. Que voter, et surtout pour dire quoi? Interdire la burqa pour stigmatiser ou pour libérer la femme? Pour réserver l’espace public aux seuls symboles chrétiens ou pour le débarrasser de tout signe religieux? L’autoriser par faiblesse ou par courage? Par déculturation ou par tolérance?

Ces questions que personne ne nous pose vraiment, il nous faut nous les poser, et d’autant plus qu’elles troublent nos repères et brouillent les frontières politiques – une conseillère aux Etats socialiste a d’ailleurs voté avec l’UDC sur ce sujet. Il nous faut réfléchir avec ce que nous sommes, nos certitudes, nos doutes, nos craintes et nos espoirs. Raisonner, même avec ceux qui ne pensent pas comme nous. Nous renseigner, avec charité et humilité, auprès de ceux qui sont concernés et des spécialistes (voir notre dossier). Et puis voter. Parce qu’on peut non seulement être pour ou contre la burqa, mais on doit l’être – Dieu n’aime pas les tièdes, nous dit l’Apocalypse. Puisque cocher oui ou non n’est pas si simple, autant le faire en connaissance de cause. Et, ainsi, en toute conscience. 

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