Religion: être homosexuel devient plus facile

Anne-Claire Rivollet est responsable de la pastorale des famille pour l’Eglise catholique romaine à Genève. Anne-Claire Rivollet est responsable de la pastorale des famille pour l’Eglise catholique romaine à Genève.

L’Eglise catholique parle de créer des lieux d’accueil pour les personnes homosexuelles. Anne-Claire Rivollet, responsable de la pastorale des familles à Genève, explique cette évolution.

Comment l’Eglise catholique se situe-t-elle par rapport aux thérapies de conversion?

Anne-Claire Rivollet: – La table ronde organisée par l’Eglise protestante de Genève et les excellentes réflexions proposées rejoignent un important combat de l’Eglise catholique actuelle: les abus de pouvoir et de conscience au nom d’une autorité morale et d’une vision univoque de l’humain allant jusqu’à souhaiter modifier l’identité d’une personne, ce qui est inadmissible.

Avez-vous pour l’Eglise catholique un projet similaire à celui de l’Antenne LGBTI des protestants genevois?

– Nous y réfléchissons depuis longtemps, tant au niveau cantonal qu’au niveau diocésain. Les questions se posent très différemment dans la tradition catholique, mais la réalité des croyants est similaire. Dans son exhortation apostolique de 2016 sur l’amour dans la famille, Amoris laetitia, le pape François appelle les communautés et les fidèles à «aider chacun à trouver sa propre manière de faire partie de la communauté ecclésiale». En tant qu’Eglise, nous avons à favoriser cela.

Que voudriez-vous proposer?

– Les itinéraires suite à un coming out se heurtent souvent à des conceptions religieuses pour la personne LGBTI ou pour sa famille; nous souhaiterions accompagner ces réalités individuelles. L’accueil de la personne telle qu’elle est doit être un impératif ecclésial. Jésus accueillait des individus ne satisfaisant pas aux critères de la pratique religieuse ambiante. Dieu a un projet d’amour pour chacun; il est temps que l’Eglise en rende vraiment compte.

L’homosexualité est-elle encore considérée comme un tabou dans l’Eglise catholique?

– Récemment, le pape François a souhaité que les couples de même sexe soient reconnus civilement. Il a parlé d’union, non de mariage. Cette affirmation, bien qu’elle ne touche pas des questions ecclésiales, a suscité un débat. Indépendamment de cette actualité, il est certain que dans le corps presbytéral et la vie religieuse, la question est brûlante et peine à trouver ses mots. Ce qui, malheureusement, engendre des maux très graves. J’espère que l’humilité et la miséricorde prévaudront sur le tabou: c’est une part importante de la vocation chrétienne.

Prêtre et gay, est-ce possible et acceptable aujourd’hui?

– Il est certainement de plus en plus aisé pour un prêtre ou un(e) agent(e) pastoral(e) d’oser accueillir et admettre son orientation homosexuelle, mais les incidences et les jugements moraux peuvent encore être très conséquents. Peut-être l’ouverture de lieux pastoraux spécifiques permettra-telle à chacun de s’accueillir dans sa réalité charnelle et sexuée et de sortir peu à peu des tabous. Nous sommes peut-être dans une période clé de l’histoire de l’Eglise: il n’est plus l’heure de parler en termes de normes, que les ministres eux-mêmes ne parviennent pas toujours à respecter, mais au contraire de vivre la mission première de l’Eglise: «Accompagner, discerner et intégrer la fragilité», selon les termes du chapitre 8 d’Amoris laetitia.

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