Effacer le C

Le parti démocrate-chrétien veut changer de nom. Ce n’est pas la première fois de sa longue histoire qui débuta quand ce courant politique se constitua comme force d’opposition aux tout-puissants radicaux du 19e siècle. C’est son droit, comme tout parti; on l’a vu avec la fusion radicale- libérale. Ce qui est aussi certain, c’est que cette conversion nominative n’est en rien anodine.

Il y a déjà un certain temps que plus d’un édile souhaite «flanquer un coup de pied au c... du C» du PDC, comme disait un éminent éditorialiste défunt de La Liberté. Ce «C» sentirait la naphtaline de sacristie, les génuflexions dociles, l’immixtion du religieux dans la politique, un piège dont il faudrait se débarrasser une bonne fois pour toutes dans le fleuve trouble de la sécularisation.

Ce qui gêne le PDC, c’est l’adjectif chrétien.Quand on écoute Gerhard Pfister, président du PDC, on pressent que ce qui gêne la «progression» de son parti, qui ne cesse de perdre des plumes, c’est l’adjectif chrétien. Pas assez vendeur pour les électeurs urbains. Trop conservateur dans unmonde où l’indistinction devient une vertu. Ringard en somme. Ainsi les têtes pensantes du PDC prônent-elles l’abandon d’une marque usée en faveur d’un label soi-disant conquérant: «Le Centre».

Le PDC se positionne en effet dans cet espace pivot. Il y coudoie le PBD, le PEV et les Verts libéraux, ce qui fait du monde. Gerhard Pfister promet en outre que les valeurs du PDC ne seront pas noyées dans le projet de redénomination. A l’écouter, cependant, on peine à percevoir des références évoquant le substrat catholique de son parti.

En définitive, ses arguties renvoient à un vaste constat: le christianisme est devenu un repoussoir dans un pays dont le drapeau est orné d’une croix – pour combien de temps encore? Les croyants observent cette réalité avec inquiétude. Certains l’endurent. Mais ils ne sont pas dupes. Ils ont leur liberté de conscience et leur foi. Ils ne votent pas par réflexe identitaire; on les retrouve d’ailleurs sur tout le spectre politique.

Plus d’un chrétien sait que l’abandon de ce «C» est un signe supplémentaire d’un tsunami silencieux: la déchristianisation. Ce phénomène cardinal n’est pas une vieille lune pour fidèles passéistes. C’est un bouleversement de fond. De civilisation. Reléguer le christianisme qui nous a tant façonnés, en avoir honte, voire l’effacer... C’est à ce défi que nous sommes confrontés. Il est monumental.

On n’attendait pas de Gerhard Pfister un requiem à ce sujet. Las, il faut se résoudre à l’évidence: on ne peut souhaiter d’un politicien préoccupé à engranger des voix qu’il délivre un message d’espérance. Mieux vaut se tourner vers une Croix de lumière dont le C majuscule n’est, lui, pas près d’être rayé du marbre de l’histoire.

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