Le mirage du numérique

En à peine quelques mois, l’emprise du numérique sur nos vies a connu une accélération sans précédent. Tout y est passé: le travail, l’administration de nos petites affaires, la vie sociale (ou ce qu’il en reste), les études, les loisirs.

Le basculement s’est fait sans grand bruit grâce aux compétences et aux moyens techniques mobilisés sur-le-champ tant dans le public que dans le privé. Et, ô miracle, aucune rupture technique majeure n’est venue perturber cette mutation.

Avec un peu de recul, les multiples conséquences de ce bouleversement commencent à apparaître. Elles interpellent. Un peu comme dans un film en accéléré, certaines choses se distinguent plus clairement aujourd’hui – merci virus. Sans ce dernier, elles auraient été moins faciles à percevoir. Ainsi, même les plus réticents d’entre nous se sont rendus à l’évidence que nous sommes pris dans un changement qualitatif. Le numérique a cessé d’être une technique que l’on maîtrise dans son coin avec un dessin précis pour devenir un système. Par voie de conséquence, de maîtres autonomes de la technique nous devenons au mieux collaborateurs, au pire serviteurs du système. Ceci pose en termes nouveaux la vieille question de l’autonomie de la personne (client ou collaborateur) par rapport à l’outil, ou à son interface. Par analogie, ce que Chaplin avait magnifiquement montré dans Les Temps modernes s’applique aujourd’hui au numérique. Quant au système lui-même, il évolue, mû par la convergence de deux logiques: la logique technicienne du possible et la logique économique du rentable. Vu sa taille et sa complexité croissantes, personne ne maîtrise véritablement le devenir du système; pas même les GAFAM. Paradoxalement, nous avons conscience d’être pris dans une totalité numérique en accélération sans pour autant nous inquiéter (encore) de l’émergence d’un pouvoir véritablement totalitaire. La vraie question est de savoir où commence la zone à risque.

Le tout-au-numérique a permis à chacun de reconfigurer son espace-temps personnel. Tout est devenu possible de partout et à n’importe quelle heure.Tout est devenu possible de partout et à n’importe quelle heure, 24/7. Après l’euphorie, les limites de cette liberté apparaissent tant au niveau privé qu’au niveau professionnel. Et une question inattendue surgit: comment et où tracer les limites? En effet, bien que le numérique permette à chacun d’avoir son espace-temps, il déstructure l’espace-temps commun. Or, sans un minimum de coïncidence spatiale et temporelle, il ne saurait y avoir de vie sociale digne de ce nom.

Paul Dembinski

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