Dette fédérale

Après d’âpres négociations entre pays présentés comme «frugaux» (ou «radins») et d’autres qui seraient donc goinfres (ou généreux), si du moins on procède par antonymes, l’Union européenne a décidé le 21 juillet d’un plan de relance post-Covid de 750 milliards d’euros.

Cette somme faramineuse, à la mesure de l’ampleur de la crise consécutive à la pandémie, sera constituée de subventions et de prêts. On ne sait comment ceux-ci seront remboursés. Ce qui est sûr, c’est que la dette sera mutualisée entre les 27 membres de l’UE. Ce qui est certain aussi, c’est que la logique qui la sous-tend ne sort pas du cadre très libéral dans lequel elle s’inscrit même si plus d’un commentateur soulagé présente ce plan comme la voie d’un avenir solidaire.

Ce partage totalement inédit est en outre présenté comme une percée fédéraliste historique. L’UE adore l’adjectif historique. Elle aime l’employer comme un tour de passe-passe. Cette fois, il lui sert à faire oublier à quel point elle a été dramatiquement absente au plus fort de la crise sanitaire. Il lui faut aujourd’hui se rattraper en s’épargnant toute autocritique. C’est «le moment le plus important depuis la création de l’euro», a déclaré Emmanuel Macron, le président du «en même temps» qui aime contempler son reflet dans les yeux d’Angela Merkel.

On avait compris que l’euro, justement, est une monnaie qui a surtout profité à l’Allemagne. On se demande désormais si cet accès d’impérieuse générosité est un mirage. On s’interroge enfin si l’UE peut sérieusement renouveler un lien durable entre ses membres sur la base d’une telle ardoise. Qu’en penseraient ses pères fondateurs, les Robert Schuman, Konrad Adenauer et Alcide de Gasperi, dont Bruxelles n’invoque plus la mémoire depuis longtemps? Ces démocrates-chrétiens voulaient un continent arrimé à la stabilité démocratique, à une solidarité constructive et qui ne tourne pas le dos à ses racines chrétiennes. On en est très loin.

Tous à bord du bateau européen? Pour mieux couler ensemble?L’UE de 2020 est un bateau ivre qui invoque l’histoire pour mieux masquer sa survie époumonée. Ce mammouth d’esquif va voguer sur les flots mauvais du déconfinement avec le lest d’une dette qui, si elle pourrait momentanément l’aider, a de quoi laisser songeur. Tous à bord? Pour mieux couler ensemble?

Il faut beaucoup d’auto-persuasion, ou de déni, ce qui revient ici au même, pour taire la honteuse transparence de Bruxelles durant ce printemps inouï. Ce faisant, l’UE a perdu une grande part du peu de légitimité qui lui restait. Elle agit pourtant comme si elle était le seul phare dans la tempête. Or, une souveraineté réelle se bâtit sur l’incontournable principe de légitimité politique, génie mystérieux présidant à l’élaboration d’une entité. Pas sur une dette qui ne peut vraiment fédérer que les usuriers.

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