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«Gégène gueule cassée», héros français

Eugène Criqui (1893-1977): mutilé de guerre et champion de boxe. Ce destin est raconté par Pierre Hanot dans Gueule de fer (La Manufacture des livres, 141 pages). Eugène Criqui (1893-1977): mutilé de guerre et champion de boxe. Ce destin est raconté par Pierre Hanot dans Gueule de fer (La Manufacture des livres, 141 pages).

Dans l’entre-deux-guerres, «les gueules cassées», d’anciens combattants défigurés, frappent les consciences. La France apprend à vivre avec ses balafrés. Elle se prend notamment d’affection pour l’un d’eux: Eugène Criqui, figure éclair des années folles.

Né en 1893 à Belleville, un quartier populaire de Paris, ce boxeur est issu d’un milieu très modeste. Tourneur sur métaux, il devient professionnel à 16 ans. Le pugilat est alors populaire. Il fait le plaisir d’Hemingway – elle est son dada avec la tauromachie et la pêche – qui fréquente à Paris l’excellent poids lourds Larry Gains, un Canadien noir.

Avant que la guerre éclate, Eugène Criqui a un nom: il est champion de France des mouches (-50 kilos) et échoue deux fois à décrocher le titre mondial dans des combats de 20 rounds (!). Il n’a pas encore le visage auquel on l’associe. En mars 1915, à Verdun, une balle fracture sa mâchoire, coupe sa langue, lui arrache 22 dents. Sept opérations. On lui greffe une plaque en fer au bas du visage. Rictus sinistre. Rééducation pénible. Clemenceau décore le fantassin de la croix de guerre. Lui ne pense plus jamais boxer.

UN EXEMPLE DE RÉSILIENCE

Mais il remet les gants. Un coup à sa mâchoire, c’est le supplice! Alors? Il améliore sa garde, termine ses combats au plus vite, travaille sa puissance. Il repasse entre les cordes en 1917. Surréaliste? Il est un modèle de bravoure, de volonté, de simplicité. La France se reconnaît en «Gégène gueule cassée» ou «le Pâle de Belleville» (son visage est blafard). En 1920, il fait une tournée de six mois en Australie. De retour à Paris, il se stabilise en poids plume, l’idéal pour lui (-57 kilos). Champion de France et d’Europe. Il brille.

C’est le temps d’aller en Amérique: le 2 juin 1923 au Polo Grounds de New York, stade mythique, il remporte le titre suprême contre Johnny Kilbane, qui détient sa ceinture depuis onze ans, record inégalé. A la surprise générale, «Gégène gueule cassée» détrône le champion de l’Ohio par arrêt au 6e round. Il devient le deuxième boxeur français champion du monde après le grand Georges Carpentier! Mais il perd la défense de son titre un mois plus tard contre Johnny Dundee. Encore quelques combats, dont un contre Panama Al Brown, autre personnalité du Paris des années folles, et il quitte les rings en 1928. Avec un bilan impressionnant: 105 victoires, 16 défaites et 15 matchs nuls.

Lors de l’invasion allemande de mai-juin 1940, il tombe à vélo à Pau. Hanche fracturée. Il n’a plus que sa pension de mutilé de guerre. Sous l’Occupation, un gala à son profit est organisé. Puis il prend sa retraite dans un petit pavillon de Seine Saint-Denis. Il préside l’Association amicale des anciens combattants et mutilés. Il meurt en 1977. En entrant à l’International Boxing Hall of Fame, le panthéon de la boxe, en 2005, il sort d’un long et injuste oubli.

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