Prise de conscience post-Covid

A l’heure du ralentissement collectif, quand la pression est tombée, n’avez-vous pas éprouvé un frisson de plaisir? Ne vous êtes-vous pas sentis plus légers, plus libres? Et n’avez-vous pas secrètement rêvé que ce temps se prolonge?

Souvenez-vous. Les pages de l’agenda s’étaient vidées. Ce déplacement était annulé, et cet autre. Finie la mauvaise conscience de ne pas faire ceci ou cela. Plus besoin d’entretenir, sinon de développer ses capacités pour rester dans la course. Plus nécessaire de s’exposer aux regards, de faire bonne figure ni d’attirer l’attention sur soi.

L’heure n’était pas au laisser-aller, non. Une forme de peur, d’incertitude était bien là. Il avait fallu faire face à la nouvelle réalité, ajuster son quotidien. Tout engagement n’avait pas disparu. Et puis le moment permettait d’accomplir telle ou telle tâche sans cesse remise à plus tard. Il n’empêche, la donne avait changé: la journée ne s’écoulait plus à la même cadence.

Dans un sens, nous étions retombés sur nos pieds. Le plus élémentaire pouvait dicter le rythme, le corps demander et obtenir du repos. Nous étions disposés à répondre aux invitations de la lumière, à prolonger repas et conversations entre proches. Peut-être avons-nous éprouvé une certaine forme d’ennui ou d’attente et notre oreille a-t-elle mieux perçu ces voix intérieures que nous faisons trop souvent taire. Nous avons entendu quelques notes pures de la mélodie de la vie. En même temps, notre quotidien nous est apparu sous un jour inattendu. Des questions nous sont peut-être venues à l’esprit: pourquoi parcourons-nous donc tant de kilomètres, effectuons-nous tant de démarches qui prennent tant de temps? A quoi bon tous ces projets qui braquent notre attention sur l’avenir et la détournent du présent? Comment se fait-il que nous connaissions aussi mal les lieux les plus proches de notre domicile? Ne sommes-nous pas captifs de nos écrans aux couleurs chatoyantes? Les offres culturelles auxquelles nous répondons étanchent-elles notre soif profonde de sens? Sommes-nous vraiment à l’écoute des autres et respectueux de nous-mêmes?

Oh! Nous n’avons pas dressé une liste de nos interrogations, et sans doute n’y avons-nous pas répondu. Qu’importe! Pourquoi ne nous serions-nous pas avisés que nous marchons souvent sur la tête? Aussi fugace et troublante fût-elle, une telle prise de conscience a peut-être joué elle aussi un rôle dans notre soulagement. L’horizon ne se dégage-t-il pas quand on ouvre les yeux?

Yvan Mudry

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