Quelle richesse?

Le fort ralentissement de certaines activités humaines durant la période de confinement a eu des effets très positifs. Entre janvier et avril 2020, la planète a enregistré une chute de 886 millions de tonnes de CO2, soit une baisse de 7,3% en regard de la même période de 2019, révèle une équipe internationale de chercheurs. En France, 154 personnes ont été tuées sur les routes en mars, 103 en avril: c’est deux fois moins qu’en 2019. Par ailleurs, le coronavirus a suscité une multitude d’actions bénévoles d’entraide aux personnes fragiles, sensiblement amélioré la qualité de l’air, diminué les nuisances sonores, etc. Ces informations, parmi bien d’autres, sont superbement ignorées par les experts qui nous annoncent pour cette année un effondrement du produit intérieur brut, le PIB (-6,7% en Suisse). Comme si ce PIB était la référence unique et incontestable!

En mesurant des richesses qui n’en sont pas, comme par exemple le trafic de drogue ou la prostitution, et en écartant des activités non monétaires qui contribuent au bien-être des citoyens, le PIB est en réalité un PIR, un pauvre indicateur de richesse. Il existe pourtant bien d’autres repères: le PIB vert, qui privilégie l’environnement, l’indice de développement humain (IDH), qui se focalise sur le bien-être social, l’indice de la planète heureuse (IPH), qui fait une synthèse entre l’empreinte écologique, l’espérance de vie et le degré de bien-être des populations, ou encore le bonheur national brut (BNB), mis en place par le Bhoutan en 1972. Pourquoi ces marqueurs sont-ils à ce point ignorés?

Quant à la Suisse, elle dispose d’un système d’indicateurs MONET 2030 qui présente une vue d’ensemble du développement durable. Ce système met notamment en lumière les progrès réalisés en direction des 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030 des Nations unies. Composé de plus de cent indicateurs qui touchent aux dimensions environnementale, sociale et économique, le MONET évalue des données comme le taux de pauvreté, la violence domestique, les émissions de gaz à effet de serre, la production totale de déchets urbains, les énergies renouvelables et les nitrates dans les eaux souterraines. Mais le monde politique et économique n’en fait jamais état.

Le PIB a hélas le grand mérite d’être pratique, car il ramène à une seule unité de compte – le prix auquel s’échangent les biens et les services – toutes sortes de grandeurs disparates. Mais il ne reflète pas la réalité complexe de notre monde pour lequel la transition écologique et solidaire est désormais une question de survie. Il est grand temps de lui retirer son monopole destructeur et de valoriser des indicateurs plus riches.

Philippe Le Bé

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