Dialogue oecuménique à Karlsruhe Spécial

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  • La dernière assemblée du COE organisée en Europe s’était tenue en Suède en 1968. La dernière assemblée du COE organisée en Europe s’était tenue en Suède en 1968.

    4000 chrétiens du monde entier se sont retrouvés à Karlsruhe, en Allemagne, du 31 août au 8 septembre pour la 11e Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises. L’occasion de dialoguer et de constater que celles-ci sont bien vivantes, selon la théologienne protestante genevoise Emma van Dorp.

    35A EM37«Ce matin, nous avons entendu une prière de repentance très forte avec un hymne présenté par la Nouvelle-Zélande. Cela exprimait bien le mal que l’Eglise a infligé à la création et qu’elle doit confesser», a partagé Emma van Dorp par écran interposé de Karlsruhe, dans le sud de l’Allemagne, où elle participait à la 11e Assemblée du Conseil œcuménique des Eglises (COE).

    Elle avait pour thème «L’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité». Organisée autour d’un programme commun avec des prières le matin et le soir, des tables rondes, des études bibliques et des ateliers, elle prévoyait également des réunions de travail sur les grandes thématiques que le Conseil œcuménique entend suivre de près d’ici sa prochaine assemblée en 2030. Cinq thèmes ont été approfondis: l’Europe, la plénitude du Christ dans la création, le wholeness (la vie est une), la justice et l’unité. Les délégués ont partagé leurs expériences et leurs visions lors de tables rondes et de spectacles.

    Connaissance réciproque

    A quel niveau se situaient les attentes? «Les jeunes veulent des prises de position dans le domaine de l’écologie; et que l’Eglise assume son passé anthropocentré», a relever Emma van Dorp, qui représentait l’Eglise évangélique réformée de Suisse (EERV) avec deux autres délégués. Les échanges avec les délégués d’autres continents se sont révélés enrichissants: la Genevoise s’est entretenue avec des représentants d’Eglises du Nigeria et du Cameroun plus engagés dans certains combats sociaux aux côtés du gouvernement; et des délégués d’Amérique latine plus avancés dans le dialogue avec les communautés LGBTQI.

    «Après une semaine, on reconnaît les visages, quelque chose se crée. On a pris conscience des grandes tensions liées aux guerres et à la situation post-Covid-19. On se demande plus concrètement quoi faire. Il y a aussi le désir de nous soutenir mutuellement dans nos combats», a partagé celle qui fait un doctorat en théologie à l’Université de Genève et à l’Institut œcuménique de Bossey, rattaché au COE.

    A la même table

    Parmi les tensions sous-jacentes, la guerre en Ukraine. Le président allemand Frank-Walter Steinmeier, en ouverture de l’assemblée, n’a pas mâché ses mots à l’égard des orthodoxes russes ayant soutenu la guerre. Et beaucoup attendent que le COE prenne position sur cette question. En juin, il n’a toutefois pas souhaité entrer en matière sur l’exclusion de l’Eglise orthodoxe russe, demandée notamment par l’EERV.

    «Le COE veut rester une plateforme de dialogue neutre, ce qui n’est pas possible si on exclut quelqu’un de la table, analyse Matthias Wirz, journaliste à RTS religion. Malgré les divergences, on peut être tous ensemble: c’est ce dont veut témoigner l’assemblée.» Des délégations de l’Eglise orthodoxe russe et des Eglises ukrainiennes étaient présentes, mais aucun dialogue officiel n’était prévu entre elles, rapporte le journaliste protestant. «Chaque Eglise participe volontairement à ce grand événement qui est une source d’inspiration, un lieu de discernement et d’échanges», dit au bout du fil Michel Kocher. Après avoir participé à quatre assemblées en tant que journaliste, ce protestant porte cette année la casquette de communicant du COE. Que constate-t-il de particulier? «La crise écologique est devenue un dénominateur commun.» Il souligne que les minorités peuvent faire entendre leur voix.

    Richesse ecclésiale

    Une telle assemblée n’est pas «un lieu où l’on discute de points d’achoppement théologiques, mais un espace de contacts sans équivalent dans le mouvement œcuménique», affirme Matthias Wirz. «Etant plus investie dans le mouvement œcuménique, et en me trouvant ici, hors du contexte paroissial, je vois la richesse et la diversité des Eglises», témoigne Emma van Dorp. Pour elle, l’unité dans la diversité s’est manifestée très concrètement à Karlsruhe lors de la récitation du Notre Père dans les différentes langues. Et qu’a-t-elle ramené à Genève? «La possibilité de mettre en place une liturgie différente dans les cultes, de vivre l’œcuménisme pas uniquement entre protestants et catholiques, mais aussi avec les Eglises évangéliques, les nouvelles Eglises et les Eglises de migrants. J’aimerais que la Suisse voie que les Eglises ne sont pas vides», conclut Emma van Dorp. 

     

    Des décennies de dialogue

     

    Etabli à Genève depuis sa fondation en 1948, le Conseil œcuménique des Eglises (COE) trouve ses racines notamment dans les mouvements laïcs et estudiantins du 19e siècle. En 1920, le synode orthodoxe de Constantinople propose la création d’une «société des Eglises» comparable à la Société des Nations. Plus d’une centaine d’Eglises soutiennent cette idée dans la deuxième moitié des années 1930, mais sa mise en œuvre est reportée du fait de la guerre. Le COE est un lieu de rencontre et de dialogue durant la guerre froide. En 1982, il pose un jalon important dans la recherche de l’unité avec le document Baptême, eucharistie, ministère qui sert de base à de nombreux accords de reconnaissance mutuelle. Aujourd’hui, le COE rassemble 352 Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes représentant plus de 580 millions de chrétiens dans plus de 120 pays. 

     

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