L'évangile de la faiblesse

Samuel Peterschmitt s’est senti «comme une petite flamme qui s’éteint». Samuel Peterschmitt s’est senti «comme une petite flamme qui s’éteint». Capture d'écran

Le pasteur Samuel Peterschmitt est à la tête d’une Eglise alsacienne accusée d’avoir propagé le coronavirus. Ayant frôlé la mort, il a redécouvert un Dieu à l’opposé de l’évangile de la prospérité.

Il y a quelques mois, Samuel Peterschmitt apparaissait débordant d’énergie sur ses vidéos YouTube. En costard cravate et micro-oreillette, le pasteur alsacien parle fort, fait le show, arpente la scène, déclenche les rires, raconte les guérisons qu’il a opérées.

Ça, c’était avant. Avant que son Eglise pentecôtiste, La Porte ouverte chrétienne, ne contribue malgré elle à répandre le Covid-19 en France par un grand rassemblement de 2000 personnes à Mulhouse mi-février, juste avant les mesures sanitaires. Avant que des dizaines de membres de cette Eglise ne tombent malades et que vingt-cinq d’entre eux succombent au coronavirus. Avant que Samuel Peterschmitt lui-même, testé positif, ne soit placé sous oxygène à l’hôpital, se sentant «comme une petite flamme qui s’éteint».

Quand il réapparaît sur YouTube le 19 mars, c’est avec une voix faible et essoufflée, l’air vieilli, les larmes jamais loin. Il a échappé à la mort. Mais cette expérience l’a changé, comme il le raconte dans une vidéo le 3 avril puis dans son prêche de Pâques. Non seulement les médias l’ont présenté comme responsable du désastre – il a reçu des menaces de mort –, mais même des chrétiens ont échafaudé des théories pour expliquer pourquoi son Eglise avait été visée par le virus.

Les pâtisseries du musulman

Sur son lit d’hôpital, il a pleuré en lisant ces commentaires. Il s’est senti comme le blessé de la parabole sur le chemin. «Les docteurs de la loi sont passés à côté de moi et ne m’ont pas secouru.» Mais il a rencontré des Samaritains: «Ce médecin qui s’est penché sur le lit où je pleurais au vu des décès et qui m’a dit: ‘Vous ne pouviez pas savoir’». Ce voisin musulman qui lui a apporté des pâtisseries.

Se sentant trop mal pour prier ou lire la Bible, Samuel Peterschmitt réalise que la foi n’est pas qu’une affaire de forts. «C’est aussi dans la faiblesse qu’elle se manifeste.» Il y a des expressions de foi «arrogantes», reconnaît le pasteur, une «foi gadget» qui réduit Dieu à être un fournisseur de services. «Nous avons trop souvent été présomptueux. Nous parlons de Dieu comme si nous en avions fait le tour. Nous avons fait des théories et parfois, avec nos discours, nous avons écrasé les gens. Nous les avons culpabilisés. Nous leur avons demandé des choses qu’ils ne pouvaient pas faire. Nous avons été durs et exigeants. Que Dieu nous pardonne!»

Son premier message, en regagnant l’église, sera de «revenir à beaucoup d’humilité. Beaucoup d’humilité», articule-t-il d’une voix étranglée par les larmes. Exit pour l’heure les orchestres, les estrades, les paillettes. Sans ce support émotionnel, certains croyants seuls chez eux se découvrent une foi sans racines. «C’est peut-être le moment d’un rendez-vous avec Dieu. Je vous en supplie, cherchez-le du fond du cœur.» Il va jusqu’à bénir Dieu pour le confinement: «L’Eglise est obligée de revenir à la simplicité. A ce Christ qui enseignait dans une barque au bord du lac de Galilée. Il n’y a plus l’Evangile-spectacle. Il y a juste l’Evangile.»

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