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Nos champions doivent faire le vide

En attendant la fin de la crise, le champion suisse de cyclisme, Sébastien Reichenbach, s’est mis au jardinage. En attendant la fin de la crise, le champion suisse de cyclisme, Sébastien Reichenbach, s’est mis au jardinage. Keystone

Virus oblige, le monde du sport est à l’arrêt. Une première. En Suisse, certains de nos sportifs vedettes le vivent mal, d’autres y voient l’occasion de respirer et de réfléchir. Témoignages.

Meilleur nageur suisse, deuxième du 200 m. quatre nages des Mondiaux en Corée l’an dernier, le Genevois Jérémy Desplanches (25 ans) pouvait légitimement rêver d’une médaille aux Jeux olympiques (JO) de Tokyo. Il a dû déchanter: ceux-ci ont été reportés en raison du coronavirus. Privés de leur passion, les champions comme lui se retrouvent dans une situation inédite. Chaque athlète la vit différemment.

Pas de dérogation

«Ce qui me manque le plus? La compétition et l’adrénaline, répond le nageur genevois. La préparation a été faite, mais il manque la mise à l’épreuve. Il n’y a pas d’examen, il n’y a plus rien.» Comme il s’entraîne à Nice, Jérémy Desplanches est confiné depuis plus d’un mois. Joint par téléphone début avril, il raconte: «On espérait obtenir une dérogation pour une piscine, mais on ne l’a pas obtenue. Alors je m’entraîne une heure par jour sur un tapis de fitness».

Et autrement? «Je dors un peu plus longtemps que d’habitude, je regarde des films, j’aide ma copine à faire la cuisine, mais ça commence à être long», reconnaît-il. Et d’ajouter, philosophe: «Le sport n’est pas la priorité en ce moment; on se rend compte qu’on habite tous le même monde. Riches, pauvres, on est tous pareils face à une telle maladie».

Quatrième du 400 m. haies des Mondiaux d’athlétisme l’an dernier à Do-ha, au Qatar, la Vaudoise Léa Sprunger pouvait aussi viser un podium à Tokyo. Elle devra s’armer de patience. «J’avais mis quatre ans à préparer ce rendez-vous, alors sur le moment, cela a été une grosse déception. Mais je vais poursuivre ma carrière, alors sur le fond ça ne change pas grand-chose.» Alors qu’elle s’entraîne normalement en Hollande, elle a préféré, durant cette période troublée, rejoindre les siens à Gingins (Nyon/VD).

«J’essaie de retenir le positif de tout cela. J’ai une vie plus terre à terre, je profite d’être chez moi, je cuisine et vais acheter des produits chez les agriculteurs. Mais mon groupe d’entraînement me manque et j’aimerais aller voir ma grand-maman.»

Coureurs contaminés

«Je réalise à quel point mon existence tourne autour du sport, avoue Sarah Atcho, la spécialiste du 200 m. Pour m’entretenir, je fais du yoga et de la musculation avec une barre qu’une salle lausannoise m’a prêtée. Je ne sors pas, car je ne veux pas tomber malade, surtout pour protéger mon papa qui est une personne à risque. Le soleil, je le regarde de l’intérieur», ajoute l’athlète surprise par «l’extraordinaire élan de générosité des gens qui se découvrent un grand cœur».

La crise du Covid-19, le cycliste vaudois Danilo Wyss l’a vécue très directement début mars, lorsque le Tour de Dubai a été interrompu, plusieurs coureurs ayant été contaminés. «On s’est retrouvés en quarantaine dans notre hôtel, avec très peu d’infos, sans savoir quand on pourrait rentrer. Quatre jours assez pénibles à vivre.» Depuis, plus rien. Ce printemps le Vaudois, professionnel depuis 13 ans, aurait dû enchaîner les tours de Romandie, des Pays-Bas et de Suisse, mais tout a été annulé. «On est en plein milieu de la saison et on ne sait pas vraiment pourquoi on s’entraîne. A quoi se rattacher s’il n’y a plus d’objectif?» Quatre fois par semaine, une plateforme internet lui permet de s’entraîner avec ses coéquipiers sur son vélo d’appartement, comme s’il y était ou presque. «Comme il fait beau, je vais bientôt le mettre sur la terras-se», rigole-t-il.

Suivant les recommandations des autorités, il ne roule pas à l’extérieur pour éviter un accident qui pourrait engorger les hôpitaux. «Je relativise, j’essaie de voir où sont les vraies priorités. Le côté positif, c’est que j’ai plus de temps à consacrer à mes enfants de 7 et 8 ans. Je fais les devoirs avec eux.»

Récemment, sur une radio argentine, l’épouse d’Angel di Maria, star du Paris Saint-Germain Football Club (PSG), déclarait que son mari, confiné avec elle et leurs deux enfants à Paris, se trouvait au bord de la dépression: «Angel ne va pas bien du tout; il supporte mal cet enfermement».

Aux yeux de Jérôme Nanchen, psychologue du sport, les athlètes se retrouvent dans une situation inédite qui peut être très difficile à gérer. «Entraînements, programme quotidien, compétitions,... Ils ont normalement une vie très ritualisée et sont pris en charge. Là, ils sont obligés de sortir de la bulle dans laquelle ils vivent pour redevenir des citoyens com- me les autres ou presque. C’est un coup d’arrêt. Alors soit ils arrivent à s’investir dans autre chose soit ils risquent de ressentir une grande anxiété.»

Jardiner à Bramois

«A ce niveau, il suffit d’une ou deux semaines d’inactivité pour nuire à la condition physique, souligne Souheil Sayeg, médecin du sport à Genève. Il n’y a pas de problème pour les sports d’endurance, grâce au vélo d’appartement notamment, mais c’est plus compliqué pour les sports collectifs.»

Le cycliste valaisan Sébastien Reichenbach, champion suisse en titre, prend les choses du bon côté: «Bien sûr, ce n’est pas facile à vivre quand on a l’habitude de se projeter vers des objectifs, mais tant qu’on a la santé, ce n’est pas dramatique.

Une chose est sûre: on voit à quel point un grain de sable peut dérégler toute la planète alors qu’on croyait avoir tout sous contrôle».

Le Valaisan n’enfourche plus son vélo à l’extérieur, mais il a trouvé une solution pour vivre au grand air: «Je m’occupe tous les jours du jardin de mon frère à Bramois (à côté de Sion). Je peux prendre mon temps, qui est compté d’habitude». Et il garde l’espoir de participer au Tour de France, reporté (peut-être) en août. «Ce serait une renaissance pour le sport alors que tous les grands rendez-vous ont été annulés.»

Relativiser, rester optimiste et tirer les leçons de cette cri-se. Le cavalier jurassien Steve Guerdat, champion olympique à Londres en 2012, a signé une très jolie chronique à ce sujet dans Le Matin Dimanche: «J’ai la chance de continuer à faire ce que j’aime, de pouvoir monter mes chevaux tous les jours. Je suis en plein air et je suis privilégié. S’il n’y avait pas autant de drames, je dirais même que cette période est plutôt agréable. Savoir s’adapter, c’est une qualité qu’un sportif doit avoir. Et il y a d’autres choses dans la vie que la course à l’argent. Les gens pensent aux autres, c’est nouveau et ça fait du bien».

Bertrand Monnard

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