Octobre rose: prendre le large

Le 25 septembre, 33 femmes touchées par le cancer du sein participaient à la régate r’Ose Léman au large de Lutry (VD). Le 25 septembre, 33 femmes touchées par le cancer du sein participaient à la régate r’Ose Léman au large de Lutry (VD).

Le mois d’octobre est traditionnellement dédié à la sensibilisation au cancer du sein. En Suisse romande le sport, la navigation en particulier, joue un rôle important dans la lutte contre cette maladie dévastatrice. La preuve avec r’Ose Léman.

Elles sont 33, âgées de 38 à 78 ans, tout de rose vêtues, et naviguent tout sourire sous le soleil en ce samedi matin au large du port du Vieux Stand à Lutry (VD). La lutte contre le cancer du sein prend parfois des formes inattendues. En Suisse romande, elle rime souvent avec compétition sportive. On l’a vu une nouvelle fois le 25 septembre avec la régate amicale rOse Léman. L’épreuve mettait aux prises une dizaine de voiliers avec à leur bord des femmes touchées par le cancer du sein.

Parmi elles, Elisabeth Thorens-Gaud, 60 ans dont 25 de navigation et un cancer du sein vaincu à son actif. La résidente d’Epalinges avait été l’initiatrice du projet r’Ose Transat. Trois semaines durant, en novembre 2019, six femmes ayant survécu à ce cancer dévastateur avaient réalisé une traversée de l’Atlantique en catamaran. rOse Léman est née de cette aventure, des 9’000 francs qui avaient alors été levés et des sponsors qui avaient soutenu le projet. «Depuis l’an dernier, nous proposons des stages de voile sur notre beau lac pour aider les femmes en rémission ou en traitement à retrouver espoir et confiance ou simplement pour qu’elles s’offrent un moment de respiration en compagnie d’autres femmes. Ainsi, on évite de s’enfermer dans une identité de malade», explique la Genevoise d’origine.

«VIVANTE PLUTÔT QUE SURVIVANTE»

Celle qui aime se définir comme «une vivante plutôt qu’une survivante » a appris son cancer à un stade précoce lors d’une mammographie de routine. C’était en octobre 2016. «Mon médecin m’a dit: ‘ça ne me fait pas plaisir de vous dire ça, mais je vois quelque chose…‘, raconte la navigatrice qui est titulaire d’un permis hauturier (permis de bateau). «C’est l’état de choc! On est seul au monde face à cette épreuve.» Dans son malheur, Elisabeth Thorens-Gaud est chanceuse. Elle est opérée cinq jours après le diagnostic et les deux mois de traitement qui suivront se résumeront à de la radiothérapie et de l’hormonothérapie. Soit un traitement moins invalidant que la chimiothérapie.

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Une fois «vraisemblablement guérie », la maman de deux enfants adultes «fait face à un grand vide» et à «l’angoisse de la récidive toujours possible». Un classique chez les anciennes cancéreuses encore trop peu pris en charge. La peur de la mort réveillée par la maladie, mais contenue sous le couvercle lors de la phase de soins, a alors toute latitude pour se déployer... C’est là que la voile intervient et fait des miracles chez Elisabeth. «J’ai essayé les massages, la méditation en pleine conscience et la psychothérapie, mais rien de tout ça ne s’est montré aussi efficace que la navigation pour apprivoiser l’angoisse, témoigne la sexagénaire. Quand je suis sur l’eau et en action, je me sens apaisée et dans le présent… »

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LE SPORT COMME MÉDICAMENT

Son oncologue, Didier Jallut, directeur du Réseau lausannois du sein, n’en est pas étonné puisqu’il estime que le sport est presque aussi efficace qu’un médicament dans la lutte contre le cancer. «Ne pas dire clairement que la pratique du sport diminue les récidives et améliore le pronostic relève, selon moi, de la désinformation. Nous n’avons pas le droit de ne pas en parler!», assène le professionnel.

16A EM41Ce n’est pas Caroline Ackermann qui dira la contraire! Ski, vélo, course à pied, natation, … La Genevoise de 51 ans est une grande sportive et a poursuivi ses activités autant qu’elle l’a pu lors de son traitement anticancéreux. Mais un jour, sa chimiothérapie l’a obligée à s’arrêter. Sa participation à r’Ose Transat avait relancé la machine. L’enseignante se remettait alors à peine de son cancer et de la masectomie impliquée. «La voile m’a permis de me lancer de nouveaux défis, plus doux mais si riches d’enseignements!» Au retour, elle a eu envie de faire quelque chose de cette transat. Laquelle avait pourtant déjà débouché sur le livre L’aventure r’ose Transat, le podcast à succès Huit femmes à bord de la RTS, le documentaire Voir la terre respirer ou encore une expo photo actuellement visible au Centre du sein des HUG.

 

16B EM41«Naviguer nous avait tellement aidées que j’ai eu envie de partager cet outil et r’Ose Léman nous a permis de le faire.» En 2020, neuf femmes viennent suivre ces sessions de navigation. L’été dernier, elles étaient déjà trente. Et pour 2022, il y a déjà une liste d’attente... «Ça répond à un vrai besoin de thérapie holistique. La voile est une méditation. On s’immerge dans cette bulle spatio-temporelle. On s’évade, on se lance des défis, on évacue ce qui doit l’être sans forcément avoir besoin de s’inscrire à un groupe de parole. Et puis, cela donne tant d’espoir à celles qui sont encore en plein traitement et ça leur permet de côtoyer d’autres femmes qui ont traversé la même épreuve!»

Les initiatives r’Ose Transat et r’Ose Léman ont rencontré un accueil très favorable. Pour la régate dont il est question ici, les organisatrices ont par exemple pu compter sur l’aide de clubs de voile locaux. Elisabeth Thorens-Gaud constate que «le cancer du sein suscite la sympathie et la compassion et est plus vendeur que celui de la prostate ou du côlon par exemple. C’est injuste mais c’est ainsi. Les seins sont symboles de maternité et de douceur. Ils portent moins de tabous que d’autres parties du corps. Et puis, les femmes osent en parler…»

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EN QUÊTE DE PARTAGE

Consciente de la seconde chance qui leur a été donnée et plus que d’autres de la fragilité de la vie, les participantes à r’Ose Léman sont davantage en quête de partage et de fraternité que de compétition, qui n’est qu’un prétexte même si elles se piquent quand même parfois au jeu... Et Elisabeth Thorens-Gaud de conclure: «Quand on est sur l’eau, on doit garder le cap, rester calme et faire face aux éléments ensemble. On ne sait pas exactement ce qui va se passer et on n’a pas d’autre choix que d’accepter la tempête pour la traverser. Soit exactement la même chose que lorsqu’on affronte un cancer…»

Laurent Grabet

www.rosetransat.com

www.heureusequi.com

 

 

Une femme sur sept concernée

Depuis 1985, le mois d’octobre est dit Octobre rose. Mais il relève d’une révolution d’un tout autre genre que la révolution bolchévique de 1917... Celle-là est dédiée à la sensibilisation au cancer du sein et est symbolisé par le fameux petit ruban rose que beaucoup de personnes arborent alors. D’après la Ligue contre le cancer, en Suisse, la maladie touche chaque année 6’200 nouvelles personnes, en écrasante majorité des femmes. Il est le cancer le plus répandu chez elles puisqu’il représente près d’un tiers des cancers féminins. Statistiquement, le risque d’être confrontée à la maladie augmente fortement à partir de 50 ans. Presque 18% des femmes touchées finissent par mourir. On estime que dans notre pays, quasiment une femme sur sept sera harcelée par ce redoutable «crabe» au cours de sa vie. Pour le diagnostiquer le plus efficacement possible, les médecins encouragent l’autopalpation et prônent une mammographie tous les deux ans.

LG

 

Courir pour la bonne cause

Connaissez-vous La Montheysanne? Du côté de Monthey (VS), depuis dix ans, chaque fin août, cette épreuve de course à pied, réservée aux femmes et dédiée au cancer du sein, cartonne. Précurseure du genre en Suisse romande, elle se dispute en rose. La dernière édition d’avant-Covid, en 2019, avait réuni 2’100 coureuses sur des boucles de 2,5, 5 et 10 km et 160 bénévoles. Le parcours a été homologué par Swiss Athletics après que Laura Hrebec y avait battu le record de Suisse pour du beurre lors de la première édition… Parmi les participantes, nombreuses sont celles qui souffrent d’un cancer du sein. «Cette course fait parfois partie de leur parcours de guérison. Il n’est pas rare qu’une femme se dise: ‘Je vais me battre et quand je serai guérie je ferai La Montheysanne!’ Notre épreuve est d’ailleurs riche en arrivées pleines d’émotions», explique Magaly Lambert, présidente de La Montheysanne. Sa course permet de lever des fonds pour financer les ateliers gratuits que son association organise tout le reste de l’année: aquagym, vitrail, dessin, ateliers floraux, escalade comme autant de prétextes pour les femmes malades de côtoyer des personnes en pleine santé. «Le cancer provoque souvent un isolement que nous brisons», explique Magaly Lambert. Le reste des bénéfices est reversé à la Ligue valaisanne contre le cancer. Près de 160’000 francs ont ainsi été récoltés en dix ans! «Le sport a de puissantes vertus curatives. Quand on se sent mieux dans son corps et dans sa tête, ça aide énormément à guérir», conclut l’ancienne prof de sport de 47 ans.

LG

www.lamontheysanne.ch

 

 

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