Yann Sommer, un héros national

Samedi 9 octobre à Genève, la Suisse affrontera l’Irlande du Nord dans le cadre des qualifications pour le Mondial 2022 au Qatar. Elle aura besoin de Yann Sommer, son dernier rempart. Samedi 9 octobre à Genève, la Suisse affrontera l’Irlande du Nord dans le cadre des qualifications pour le Mondial 2022 au Qatar. Elle aura besoin de Yann Sommer, son dernier rempart.

Grâce à ses performances exceptionnelles contre la France à l’Euro et face à l’Italie plus récemment, Yann Sommer, le gardien de la Nati, est devenu l’idole de tout un pays. Portrait d’un jeune papa bâlois aussi efficace que modeste.

Si aujourd’hui on faisait un sondage pour désigner le Suisse le plus populaire, nul doute que Yann Sommer l’emporterait – juste derrière le roi Federer, bien entendu! Ses récents exploits l’ont élevé au rang de héros national. En juin à l’Euro, c’est grâce à ses arrêts miraculeux que la Nati, devant tout un pays en transe, a éliminé la France avec fracas. Rebelote début septembre en qualifications pour le Mondial du Qatar en 2022: le Bâlois s’est transformé en mur infranchissable face à l’Italie, championne d’Europe en titre. A nouveau, les éloges ont plu: «Sommer président!», «Pour une avenue Sommer dans toutes les villes suisses» et autres louanges du même acabit.

Pas étonné, Dominique Dirlewanger, auteur du livre Les Suisses dans la collection «Lignes de vie d’un peuple» aux Editions Ateliers Henry Dougier, en sourit: «Symboliquement, on devrait plutôt donner son nom aux portes d’entrée des villes du pays. Il n’y a rien de plus fort que le rôle de gardien, seul et dernier rempart ». De plus, ajoute l’historien lausannois, «par rapport aux polémiques – l’hymne national non chanté par les binationaux ou l’affaire de l’aigle kosovar –, Sommer a un côté très suisse. Cela renforce l’identification. Il est aussi efficace et sympathique que modeste». Comme un certain Federer…

IL ASSURE ET RASSURE

Même analyse chez Grégory Quin, professeur à l’Institut des sciences du sports de l’université de Lausanne. «Grâce à sa sérénité, Yann Sommer donne confiance à l’équipe. En outre, il a réussi ses prouesses contre nos voisins directs, la France et l’Italie. Ce côté derby donne une plus grande résonance à ses performances.» A écouter ceux qui le connaissent, il est difficile de trouver un défaut à celui qui est aussi, à 32 printemps – dont les trois premiers passés à Aclens, près de Morges –, l’inamovible portier du Borussia Mönchengladbach, un des meilleurs clubs allemands, depuis sept saisons.

«Yann? Je l’ai toujours beaucoup apprécié, relève le Neuchâtelois Steve von Bergen, son ex-coéquipier en sélection nationale. Il ne se met jamais en avant. Dans le vestiaire, c’est un leader qui dit les choses clairement sans s’énerver. Il dégage une tranquillité qu’il transmet à l’équipe.» Même avis chez Michel Pont, l’exentraîneur adjoint de la Nati: «Yann est un type super, un coéquipier modèle, rassembleur, toujours de bonne humeur. Il sait se faire entendre quand il le faut. Un grand compétiteur!».

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Peu après l’Euro, Yann Sommer revenait, dans les colonnes du Blick, sur le fabuleux parcours de la Nati jusqu’en quarts de finale. Le succès contre la France après avoir été menés 3 à 1 à dix minutes de la fin? «A un moment, on s’est regardés et on s’est dit: ‘On y croit, on donne tout!’, et cette souffrance s’est transformée en moments magiques. » La Suisse qui a chaviré de bonheur? «C’est fort de sentir tout un pays derrière soi.» Quant à son rôle décisif, il estime n’avoir fait que son devoir. «Comme gardien, on se concentre sur le jeu, on ne cherche pas à briller.»

Alors que la tendance est aux gardiens échalas culminant à plus de 1m90 comme Manuel Neuer au Bayern Munich ou Thibaut Courtois au Real Madrid, Yann Sommer fait figure d’exception avec ses 181 centimètres. «Yann compense son manque d’envergure par sa vision du jeu, son positionnement et son intelligence», analyse le Valaisan Marco Pascolo, ancien garde-but de la Nati. Le Fribourgeois Joel Corminboeuf, qui a aussi été l’ultime rempart de la cage helvétique, connaît très bien Sommer pour avoir été son entraîneur dans les sélections juniors: «Yann anticipe et sent ce qui va se passer. Dans les duels un contre un, il ne se lance pas, fait barrage avec son corps et est très vite au sol. Et puis c’est un gars super, toujours désireux d’apprendre».

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LES PIEDS, LES MAINS ET LA TÊTE

Autre atout du Bâlois, aussi habile avec ses pieds qu’avec ses mains: il opère comme onzième joueur de champ sur le terrain, ce qu’on demande de plus en plus aux portiers modernes, capable de relancer le ballon avec précision; une tâche qu’il apprécie, lui qui aime participer activement au match. Steve von Bergen fait remarquer: «Quand tu as un gardien aussi fort que toi balle au pied, ça peut surprendre». A 32 ans, un âge guère avancé à ce poste, Yann Sommer a encore de belles années devant lui. Fort de sa cote au zénith, jouera-t-il un jour dans un club plus prestigieux? «Je suis fier de ma carrière, dit-il. Quand tu es jeune, tu as plein de rêves, mais ce n’est pas toujours simple de les concrétiser. Moi, j’y suis arrivé.»

Bertrand Monnard

 

Un air de gendre idéal

16 17B EM39 2021 Yann Sommer encadréOn appelle parfois Yann Sommer le golden boy de la Nati. Le Bâlois n’a pourtant pas le côté bling-bling de trop de footballeurs. Mais il est la coqueluche de ces dames, qui apprécient son côté gendre idéal. Au quotidien, il mène cependant une vie rangée avec sa famille: Anna, une jeune avocate allemande, et leurs deux filles, Milla (2 ans) et Nayla, née pendant l’Euro. Durant ses loisirs, Yann Sommer s’adonne à la guitare et à la cuisine, un goût qui lui vient de ses vacances d’enfant passées dans le sud de la France, en Provence; il a d’ailleurs longtemps tenu un blog, Sommerkocht. En 2018, avant le Mondial en Russie, le gardien suisse a été plébiscité par un sondage comme le joueur le plus craquant de la Nati. Il ne rechigne pas, de temps à autre, à jouer les mannequins. «Yann Sommer dégage le charme de ceux qui ne cherchent pas à séduire», a souligné la revue allemande Menschen. Alors que les montres de luxe, pour leur publicité, jouent généralement la carte des acteurs ou des joueurs de tennis – et pas des footballeurs, jugés trop populaires –, IWC Schaffhausen (photo), l’une des marques suisses les plus haut de gamme, a choisi Yann Sommer parmi ses ambassadeurs.

BM

 

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