A l’heure de la «télé-Eglise»

Nous allumerons une bougie à notre fenêtre ou sur notre balcon le Jeudi-Saint en signe de communion. Et nous serons des milliers, dans nos lieux de vie, à participer aux célébrations de la semaine sainte par écrans interposés.


Cette année, nous ne sortirons pas pour suivre Jésus pas à pas du repas du Jeudi-Saint au dimanche de Pâques, sur son chemin de souffrance et de résurrection. C’est l’Eglise qui viendra à nous. Les initiatives sont légion: les paroisses et les diocèses rivalisent d’imagination pour proposer une semaine sainte différente. A chacun sa chaîne de radio ou de télévision, sa façon de rester en lien en cette période de turbulence et d’incertitude.
Pâques historique. Mais Pâques étrange. Car l’Eglise est communauté. Le terme même le dit: l’Eglise est «une assemblée réunie par convocation». Nous sommes tous convoqués, en cette semaine sainte, comme chaque dimanche, à nous retrouver pour célébrer ensemble, les uns avec les autres. Et voilà que cette année, c’est chacun chez soi que nous vivrons la semaine sainte, sommet de la liturgie chrétienne, qui nous fait revivre le mystère central de notre foi. Nous ferons «télé-Eglise».
Eloignés physiquement mais proches dans la prière, reliés par les mêmes mots, les mêmes gestes symboliques. En communion, où que nous soyons. La situation l’exige pour le bien de tous, et respecter les consignes est une marque de solidarité. Cela n’empêche pas le manque et la souffrance. D’autant plus grands chez les chrétiens les plus fidèles.
Les prêtres célébreront dans des lieux de culte déserts, pour les fidèles et avec eux. Qu’est-ce que cela signifie? Privilégiés, ils en souffriront pour la plupart. «Je ne peux pas célébrer seul, me confiait un prêtre de paroisse: c’est pour la communauté réunie que je célèbre, et c’est là que mon ministère a du sens.» Il ajoutait quelques jours plus tard: «C’est une période folle. Je suis ébranlé... mais d’autant plus uni à mes paroissiens par la prière».
Ebranlés, nous le sommes tous, car touchés dans ce qui nous est essentiel: la relation. A l’autre, à Dieu. Mon souhait? Que Pâques nous questionne sur notre Eglise: il ne nous suffit pas de rester reliés par internet et d’attendre que la tempête passe, il s’agit, à la lumière de la souffrance des uns et des autres, de nous interroger à nouveaux frais sur la place de chacun dans une barque secouée comme jamais. Et de discerner, dans cette crise, les premiers jalons d’une nouvelle manière d’être Eglise. Non devant nos écrans, mais dans un authentique partage des responsabilités et une égale dignité baptismale.
Tenons bon dans l’espérance! Joyeuses Pâques à chacune et chacun. Malgré tout.

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