Sport et spiritualité

Le Suisse Beat Boesch en plein effort durant la course du 400 mètres aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020. Le Suisse Beat Boesch en plein effort durant la course du 400 mètres aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020.

Les Jeux paralympiques de Tokyo 2020, du 24 août au 5 septembre, sont l’occasion de revenir sur les valeurs sportives et spirituelles que sont le dépassement de soi, l’esprit d’équipe et la communion. Lorsque le sport n’est pas soumis à un mercantilisme déshumanisant.

François est incontestablement le pape qui a, plus que tous ceux qui l’ont précédé, exalté l’idéal du sport. Ainsi, il ne se passe pas une semaine sans que ce fervent supporter du club de football de San Lorenzo, à Buenos Aires, ne reçoive une délégation de sportifs au Vatican. A l’occasion des Jeux olympiques de Tokyo, qui se sont clôturés le 8 août, le pape a même fait distribuer une lettre ouverte à toutes les délégations dans laquelle il vante les vertus du sport.

Recevant les délégués des Comités olympiques européens en novembre 2013, il indiquait que «la communauté ecclésiale voit dans le sport un instrument précieux pour la croissance intégrale de la personne humaine ». Développant cette vision, il ajoutait: «En effet, la pratique sportive stimule de façon saine à se dépasser et à dépasser ses propres égoïsmes, entraîne à l’esprit de sacrifice et, si elle est correctement conçue, favorise la loyauté dans les relations interpersonnelles, l’amitié, le respect des règles».

LE SENS DU SPORT

Le pape n’est cependant pas naïf. Il dénonce régulièrement ce qui pervertit le sens du sport: «Lorsque le sport est considéré uniquement selon des paramètres économiques ou de poursuite de la victoire à tout prix, on court le risque de réduire les athlètes à une simple marchandise dont on peut tirer profit. Les athlètes eux-mêmes entrent dans un mécanisme qui les emporte, ils perdent le sens véritable de leur activité», déclarait-il lors de cette même rencontre.

Dans le contexte de l’enseignement social de l’Eglise, c’est le pape Paul VI qui, le premier, a élaboré la notion de «développement intégral de l’homme » (cf. encyclique Populorum progressio du 26 mars 1967). Tous les humains sont appelés à se réaliser dans toutes les dimensions de leur être: sociale, économique, culturelle, morale, et bien sûr également spirituelle et corporelle.

CORPS ET ESPRIT

33A EM35Etrangement, le corps et l’esprit ont souvent été opposés dans le christianisme. Dans la perspective biblique, le triptyque chair-âme-esprit (basar, nephesh, ruah en hébreu) est perçu comme une unité. Pourtant, c’est la perspective platonicienne d’une dualité, et même d’une opposition entre corps et âme (sôma, psychè, à laquelle est accolé le pneuma, l’esprit en grec), qui a prévalu dans la vision occidentale de l’humain. Avec à la clé une notion de salut qui s’est cantonnée, pendant des siècles, à la seule sphère de l’âme humaine. Pour espérer accéder à une vie spirituelle, il fallait se détacher radicalement du corps, siège de tous les vices.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


Depuis, la théologie chrétienne a redécouvert que notre corporéité est appelée à être transformée, divinisée, au même titre que notre spiritualité. Jésus n’est-il pas ressuscité selon la chair et n’est-il pas apparu à ses disciples dans un corps spiritualisé? Même si notre propre résurrection corporelle n’est pas pour tout de suite, cette perspective confère une dignité particulière à notre corps, à mi-chemin entre le mépris et la glorification excessive au détriment de la dimension spirituelle. Une certaine forme de sport peut tomber dans ce travers lorsque, par exemple, la musculation a pour seule fin d’exalter notre narcissisme.

UNE SAINE PRATIQUE

Le dépassement de soi est l’un des principaux fruits spirituels du sport.Une saine pratique du sport peut, par contre, favoriser l’équilibre de la personne en développant conjointement ses dimensions corporelle, psychique et spirituelle. Le dépassement de soi est l’un des principaux fruits spirituels du sport qui passe par une forme de sacrifice. On pense à tous les athlètes qui renoncent à bien des choses pour atteindre leur but, souvent depuis leur plus jeune âge: entraînements intensifs au détriment de certains loisirs, discipline alimentaire stricte, etc.

La victoire sportive – qui n’est d’ailleurs jamais garantie – est précédée de nombreuses victoires sur soi. La discipline sportive rappelle d’ailleurs, à bien des égards, l’ascèse du spirituel qui, pour réaliser «l’homme nouveau» qu’il est appelé à devenir, doit renoncer à se chercher lui-même pour trouver un équilibre nouveau en Dieu. Cet objectif passe également par une forme de discipline, d’entraînement – on parle de «l’entraînement du carême» en régime chrétien –, d’exercices spirituel comme ceux de saint Ignace de Loyola.

PROMOUVOIR L’ESPRIT D’ÉQUIPE

Dans les sports d’équipe, d’autres qualités spirituelles sont sollicitées, éveillées et déployées. L’esprit d’équipe, justement, implique de renoncer à se mettre en avant en toutes circonstances, de renoncer à soi pour laisser place aux coéquipiers au bénéfice de l’objectif commun, la victoire. Inversement, pour que l’équipe fonctionne bien, elle doit donner sa place à chacun dans le jeu collectif en favorisant ses talents et en les intégrant dans l’harmonie de l’ensemble. En ce sens, le sport d’équipe peut être un facteur important de communion humaine, à nouveau une valeur spirituelle.

Autre aspect spirituel essentiel dans le sport: ce qu’on appelle communément l’esprit sportif, le fair-play, qui implique le respect des règles du jeu, des résultats, de l’adversaire. Cette dimension élargit la communion, lui fait dépasser le groupe. Le sport préfigure alors une fraternité universelle qui dépasse les limites de sa famille, de sa tribu, de sa nation sans exiger de renoncer à l’amour de sa propre équipe et de ce qu’elle représente. Les supporters, eux aussi, sont appelés à opérer ce dépassement, ce qui confère au sport une dimension éducative qui dépasse les seuls sportifs professionnels ou amateurs pour embrasser l’immense foule de celles et ceux qui aiment le sport.

LE SPORT DÉSHUMANISÉ

34A EM35Il n’est pas rare de constater qu’au lieu du respect, c’est le mépris de l’adversaire qui prévaut.A l’instar de toute activité humaine, le sport n’échappe pas à tout ce qui entrave l’humanité dans son développement intégral. Il n’est pas rare de constater qu’au lieu du respect, c’est le mépris de l’adversaire qui prévaut, ce qui se traduit par des insultes racistes, de la violence physique, la destruction de biens. Le sport semble alors devenir le catalyseur des tendances les plus obscures de l’humanité telles que le fanatisme ou le tribalisme. Le sport n’échappe pas non plus à ce que la théologie catholique nomme structures de péché, ces systèmes destructeurs de l’humanité qui, tout en impliquant des personnes, se traduisent par des mécanismes complexes qui les dépassent. Cela se produit aussi dans le domaine du sport au niveau mondial. Comme le dit le pape François, le sport est alors instrumentalisé à des fins mercantiles.

ARGENT ET MARCHANDAGES

Des clubs sportifs et des institutions sportives internationales deviennent ainsi des sortes de multinationales qui brassent énormément d’argent. Il n’est qu’à considérer les marchandages entre clubs de football qui engagent des montants astronomiques pour acquérir des joueurs réduits à des marchandises rentables. Qui ne s’est jamais offusqué des salaires indécents de certains sportifs? Le 10 août dernier, le cas de Lionel Messi – dont les revenus en sont arrivés à menacer l’équilibre financier du club de Barcelone – a défrayé la chronique.

Pour atteindre le top mondial ou y rester, de nombreux sportifs soumettent leur organisme à des entraînements surhumains qui menacent leur santé, sans parler des cas de dopage qui minent de nombreuses disciplines. De telles pratiques déshumanisent le sport. Que l’on songe aussi à tous ces travailleurs étrangers qui, en vue de la Coupe du monde de football au Qatar en 2022, sont exploités dans des conditions proches de l’esclavage sans que la FIFA estime devoir intervenir. Sans oublier les scandales de corruption et les matchs truqués dans de nombreux pays.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



Le sport a besoin d’une conversion qui porte avant tout sur la dimension spirituelle de l’humain. Pour les chrétiens, il peut être un élément important d’une démarche spirituelle qui englobe tous les aspects de la personne et de ses activités. Il peut ainsi devenir une louange à la gloire de Dieu.

 

Le Vatican précurseur

De 1905 à 1908, des championnats internationaux organisés au Vatican en présence du pape Pie X incluaient des athlètes avec handicap, marquant ainsi les prémices du handisport. Une aventure racontée dans L’Osservatore Romano. En 1908, on y trouve un homme amputé, des athlètes sourds et même neuf jeunes aveugles qui participent au concours de saut en hauteur. Ces compétitions mêlant des athlètes valides et des jeunes atteints de handicap impliquaient près de 2000 participants. Elles bénéficiaient du concours de la Gendarmerie vaticane et de la Garde suisse pour l’encadrement sécuritaire et protocolaire. Comme les Jeux paralympiques actuels, ces compétitions créaient une dynamique d’inclusion pour ces personnes souvent acculées au chômage et à la misère, avec de nombreux cas d’abandon d’enfants handicapés par leurs parents.

Les Jeux paralympiques, combinaison de «paraplégique» et «olympique», trouvent leur origine dans les Jeux de Stoke Mandeville, un hôpital proche de Londres. Le docteur Ludwig Guttmann, neurologue qui exerçait dans l’établissement, eut l’idée d’organiser dès 1948, sur le terrain de l’hôpital, les premiers «Jeux mondiaux des chaises roulantes et des amputés». Ainsi naquirent les Jeux de Stoke Mandeville dont la 9e édition suivit, en 1960, les Jeux olympiques d’été de Rome. 400 sportifs de 23 pays s’y sont disputé les médailles de ce que l’on considère comme les premiers Jeux paralympiques.

cath.ch

 

Articles en relation


Basket: où sont les Alémaniques?

Le championnat de basket, qui reprend le 9 octobre, manque de suspense, d’argent et d’écho médiatique. Contrairement au foot et au hockey qui brassent des millions, il est dominé par des Latins qui n’attendent qu’une chose: le réveil des Alémaniques.


Les jumelles Gehrig en VTT enduro

Les «inarrêtables jumelles» évoluent au sommet de la hiérarchie mondiale du VTT enduro. A l’occasion de la manche suisse de l’Enduro World Series, du 7 au 12 septembre à Crans-Montana (VS), rencontre avec deux femmes fortes au grand coeur qui doivent beaucoup à un aîné trop tôt disparu.


Athletissima: un entraîneur en or

Si Ajla Del Ponte et Lea Sprunger ont obtenu des résultats exceptionnels dans les stades du monde entier, elles le doivent au même entraîneur, le Fribourgeois Laurent Meuwly. Un travailleur acharné, perfectionniste, sans concession. Portrait avant le meeting Athletissima de ce jeudi.

Téléchargez gratuitement
l'Echo de cette semaine!

Cette semaine, l'Echo Magazine vous
est offert au format PDF en inscrivant
votre adresse email ci-dessous.


NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



concours echo