Les jumelles Gehrig en VTT enduro

Le VTT a conduit les Suissesses sur toute la planète tant pour des compétitions que pour des voyages. Le VTT a conduit les Suissesses sur toute la planète tant pour des compétitions que pour des voyages.

Les «inarrêtables jumelles» évoluent au sommet de la hiérarchie mondiale du VTT enduro. A l’occasion de la manche suisse de l’Enduro World Series, du 7 au 12 septembre à Crans-Montana (VS), rencontre avec deux femmes fortes au grand coeur qui doivent beaucoup à un aîné trop tôt disparu.

C’est l’histoire de deux jumelles qui sont parmi les meilleures vététistes enduro du monde. Carolin et Anita Gehrig sont belles et fortes. Belles car vraiment fortes, suffisamment pour dépasser la peur et la souffrance des muscles endoloris et du coeur qui bat dans les descentes les plus vertigineuses, mais aussi pour laisser couler les larmes lorsqu’elles montent.

Derrière le succès de ces Suissesses se cache un jeune homme. Il fut leur modèle et demeure leur ange gardien. Sans lui rien de tout cela n’aurait jamais eu lieu. «Notre frère aîné Adrian était déjà semi-professionnel en cross-country et avait couru contre Nino Schurter quand on a appris qu’un cancer grossissait dans son ventre. Il en est mort un an plus tard, à 19 ans», raconte Carolin. Et la championne, qui s’est classée deux fois 5e du prestigieux circuit Enduro world series, de résumer la leçon que le disparu leur a léguée: «Nos vies sont courtes et fragiles. Il nous faut cultiver la joie et le bonheur en nous donnant à fond dans ce qui nous plaît. La mort d’Adrian nous a ouvert les yeux». Un ange passe et des larmes pudiques avec lui, puis la Thurgovienne de presque 34 ans évoque sa trajectoire.

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L’ADRÉNALINE DE LA DESCENTE

«On a tout de suite accroché à ces shoots d’adrénaline que sont les descentes VTT.»Elle et sa soeur, désormais basées dans la région de Flims, dans les Grisons, ont été séduites par le VTT dès 2003. «On était allées supporter Adrian qui s’alignait sur l’épreuve junior de cross-country aux Mondiaux de Lugano, mais c’est la compétition de descente qui nous avait soufflées...». Les jumelles Gehrig, à l’époque férues d’équitation, ne troquent leurs montures pour un VTT que cinq ans plus tard. Entre-temps, elles terminent une formation dans l’hôtellerie. C’est ce qui les amène dans la station de Flims, où le VTT les happera vraiment.

«La région s’y prêtait. Anita m’a payé mon premier vélo, car je n’avais pas les moyens de m’en acheter un avec mon salaire d’apprentie», se souvient Caro. Une poignée de semaines plus tard, c’est déjà la première course, grâce à Adrian... «Le voir courir si souvent avait semé en nous l’idée que faire de la compétition était normal. Du coup, nous n’avons eu aucun complexe à franchir le pas.» Si les résultats ne sont pas immédiatement au rendez-vous, le plaisir si. «On a tout de suite accroché à ces shoots d’adrénaline que sont les descentes VTT. On avait aussi peu de compétences que de peurs et on a vite progressé malgré les inévitables blessures », résume Anita qui s’est fracturé le fémur en 2007 avant de remporter, dix ans plus tard, la célèbre Trans-Provence. Les soeurs ont déjà 28 ans lorsqu’elles passent professionnelles. A les entendre, cela s’est fait tout naturellement.

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INDÉCROTTABLES OPTIMISTES

Elles s’illustrent dans l’enduro, une discipline mêlant descentes et portions de cross-country sur des parcours pouvant aller jusqu’à 60 km. «En selle, nous sommes pleinement immergées dans cette zone mentale d’ultravigilance. Rien d’autre n’a d’importance avec en plus cette décharge d’adrénaline à laquelle on est devenues accros», confie Carolin. «Le vélo nous a permis de découvrir l’Afrique du Sud, l’Argentine, le Chili, la Colombie, le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui que la Covid a cantonné l’Enduro world Series 2021 à l’Europe, on mesure la chance qu’on a eue», reprend Anita.

Les Gehrig n’ont pas de manager. Elles gèrent leur «petite entreprise» elles-mêmes de la recherche de sponsors au marketing en passant par l’organisation des voyages. Seul leur plan d’entraînement est établi par un professionnel. Il inclut de gros volumes de ski de randonnée, de ski de fond et de musculation, car enchaîner les heures de home-trainer devant un écran n’est vraiment pas leur truc. «La plupart des autres athlètes n’ont qu’à s’entraîner, courir et récupérer. Tout gérer de A à Z est grisant, car on apprend beaucoup, même si confier le nettoyage des vélos à un stagiaire une fois de temps en temps serait un luxe appréciable», confie Anita en riant. Les jumelles vivent de leur sport sans rouler sur l’or: «En Suisse, on ferait presque figure de travailleuses pauvres». Mais pour elles, vivre de leur passion n’a pas de prix. Bien conscientes qu’à leur âge il ne leur reste qu’une poignée de saisons, elles entendent en tirer le meilleur. Leur objectif est de s’imposer à nouveau dans le top 5, voire le top 3 mondial, mais elles rêvent surtout de monter un jour toutes les deux sur les premières marches du même podium.

GÉMELLITÉ ET FRANCHISE

Depuis 2013, les Gehrig organisent chaque année des camps d’entraînements réservés aux filles: «On a remarqué qu’elles progressent plus vite ainsi qu’en essayant de suivre les garçons ». Leur profil a tout pour plaire aux néo-féministes sauf que cette étiquette si souvent galvaudée ne convient guère aux jumelles. «On est pour l’égalité des sexes. Qui ne le serait pas? Mais on n’est pas du genre à prendre notre nature de femme pour une excuse», assène Carolin. Cette franchise sans détour est un des ciments de la relation qui unit les deux soeurs. «On se dit tout immédiatement et directement. Du coup, on s’engueule souvent, mais jamais longtemps, et on repart sur des bases saines.»

Leur gémellité est un atout tant du point de vue des sponsors, qui y voient une originalité «bancable», que sur le plan sportif. «Beaucoup d’athlètes professionnels ont du mal à trouver des partenaires d’entraînement à leur niveau. Nous pas. On se motive l’une l’autre et si nécessaire on se soutient ou on se botte les fesses. C’est assez efficace!», constatent-elles amusées.

Laurent Grabet

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