Été 2021: vacances au pays!

Bus, voiture, avion: tous les moyens de transport sont bons pour enfin retourner voir sa famille. Bus, voiture, avion: tous les moyens de transport sont bons pour enfin retourner voir sa famille.

Olga, Luca et Pamela désirent revoir leurs parents après des mois de relation à distance due à la pandémie: ces trois trentenaires exilés racontent leur grande soif de retrouvailles.

Il y a quelques jours, Luca et Kasia ont pris leur voiture, leur bébé de sept semaines, leur chienne et une pile de valises, et ils sont partis. De leur village situé à une soixantaine de kilomètres de Cracovie, en Pologne, ils ont roulé pendant quatre jours pour rejoindre la Ligurie. Quand on leur fait remarquer qu’ils sont courageux d’avoir entrepris un tel voyage avec un nouveau-né et un chien, Luca secoue la tête: «C’est du désespoir plus que du courage, explique-t-il. Ça fait une année que je ne suis pas rentré chez moi. Je veux voir ma famille».

Cet été, l’Europe bruisse d’histoires de ce genre: qu’importent les désagréments, le prix ou les complications du voyage, beaucoup sont prêts à tout pour revoir leurs proches laissés au pays. «Je n’aurais jamais ima10 giné que ça puisse arriver, explique Olga, une Ukrainienne mariée à un Broyard. La première fois que je suis partie à l’étranger – six mois en France en 2013 – mes parents sont venus me voir deux fois. Puis je suis rentrée en Ukraine parce qu’ils me manquaient trop!»

VACANCES EN UKRAINE

Depuis son déménagement en Valais puis à Chexbres (VD) il y a cinq ans, Olga a pris l’habitude de voir ses parents quatre fois par an. En 2020, elle ne les a vus qu’une fois. Elle leur a ensuite rendu visite en janvier 2021 et se prépare à partir en vacances en Ukraine au mois d’août, si les frontières ne se referment pas d’ici son départ.

«Nous nous parlons tous les deux ou trois jours. Nous gardons le contact, mais je trouve dommage que ma fille perde un peu son intérêt pour mon côté de la famille, regrette Olga. Pour elle, le téléphone, même avec la vidéo, ne suffit pas: elle fait coucou à ses grands-parents et s’en va jouer ailleurs. Pour maintenir le lien, il faut de l’intimité, du toucher, du jeu,…» Pamela, une Chilienne qui vit en Suisse depuis huit ans avec son mari – chilien lui aussi – et leur fille, n’aurait elle non plus jamais pensé se retrouver loin de ses parents pendant si longtemps. «Nous avons beaucoup hésité entre rester ici après nos études et retourner au Chili. Une des raisons qui nous a encouragés à choisir la première option, c’était de savoir qu’on avait les moyens financiers de voir nos familles une fois par an.» Pamela et son mari n’ont pas serré leurs proches dans les bras depuis presque deux ans. Le Chili a fermé ses frontières et ils ne savent pas quand ils pourront y retourner ou quand les membres de leur famille pourront en sortir.

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PARLER DE SES SENTIMENTS

Cependant, la pandémie a renforcé leur relation. «Auparavant, nous nous parlions une fois par semaine, mais maintenant nous nous parlons tous les jours. La situation a été très difficile pour mes parents – au Chili, le confinement était total – et je voulais leur faire sentir que j’étais avec eux. Ce faisant, nous sommes devenus plus proches. J’ai pris conscience que des événements imprévus peuvent survenir et que les moments qu’on passe ensemble sont précieux. J’essaie de parler davantage de mes sentiments, de mieux communiquer. J’ai réalisé que j’avais tendance à taire certaines choses pour ne pas les inquiéter. Plus maintenant; ce sont mes parents, ils sont là pour moi!» Luca, quant à lui, ne perçoit pas de changement dans la qualité de sa relation avec ses parents, «qui a toujours été bonne», mais plutôt dans le volume d’échanges. «Nous communiquons cinq fois plus qu’auparavant: tous les jours, d’une manière ou d’une autre.»

Pour lui comme pour Olga et Pamela, l’inquiétude représente le sentiment dominant de ces 18 mois de pandémie. «La situation était dramatique en Italie, rappelle Luca. J’entendais toutes ces histoires de personnes âgées qui mouraient seules à l’hôpital et je pensais à ma mère et mon père; c’était une angoisse constante. Je m’en voulais d’être loin, de ne pas pouvoir être présent pour eux. J’ai eu l’impression que le monde s’agrandissait, qu’on revenait à l’époque de Marco Polo.»

Chez Olga, l’anxiété sanitaire s’est immédiatement mêlée aux préoccupations financières. «J’ai une formation d’économiste et j’ai tout de suite envisagé les conséquences d’une telle crise sur un pays comme l’Ukraine. La situation économique de mes parents s’est beaucoup dégradée. En plus, ils ont continué à économiser sur tout ce qu’ils pouvaient afin de mettre de l’argent de côté pour venir nous rendre visite. Cela m’a fait culpabiliser: ils se sont privés de tout plaisir à cause de nous.» En outre, en raison de l’absence de reconnaissance de certains vaccins par l’Union européenne, les parents d’Olga ont retardé leur vaccination afin d’obtenir le Pfizer, sésame leur garantissant de franchir les frontières européennes sans encombre.

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PAS DE L’AMOUR?

«J’éprouve un sentiment d’injustice, commente Olga. Ma mère et mon père doivent mettre leur vie en danger pour remplir des critères administratifs. De même, je ne comprends pas certaines restrictions: pourquoi, lors de la fermeture des frontières, a-t-on autorisé les amoureux à se rendre visite mais pas les parents et les enfants? ‘L’amour n’est pas du tourisme’, disait-on alors. Mais l’amour des parents pour leurs enfants, ce n’est pas de l’amour?»

Malgré toutes les émotions qu’a provoquées la pandémie, ni Olga, ni Luca, ni Pamela n’envisagent sérieusement de retourner vivre auprès de leurs familles. «Cela dépend du travail, explique Luca. Dans l’idéal, nous aimerions bien entendu trouver un emploi moins loin de l’Italie. Mais c’est difficile.» Quant à Pamela, elle ne regrette pas de s’être installée au bord du Léman. «En revanche, je regrette de ne pas avoir été plus affectueuse avec mes parents quand j’en avais l’occasion. Et de ne pas leur avoir dit plus souvent que je les aimais.»

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