Tokyo 2020: un rêve de gosse

Rachel Moret est la première Suissesse qualifiée pour les JO en tennis de table. Rachel Moret est la première Suissesse qualifiée pour les JO en tennis de table.

Quatre sportifs romands participeront à leurs premiers Jeux olympiques cet été à Tokyo. Même dans le contexte actuel, ils se réjouissent de cet aboutissement, le but de leur carrière.

Révélation de la natation suisse, le nageur genevois Roman Mityukov (20 ans) a décroché une très belle médaille de bronze en mai sur 200 mètres dos aux Européens de Budapest. L’athlète valaisanne Lore Hoffmann (25 ans) a récemment pris la 3e place du 800 mètres au meeting d’Oslo. Valaisan lui aussi, Lucas Malcotti (26 ans) a été champion du monde d’épée par équipe en 2018. Quant à la Vaudoise Rachel Moret (31 ans), elle enchaîne depuis des années les titres de championne suisse de tennis de table.

Point commun entre ces quatre athlètes romands: d’ici quelques jours, ils vont vivre leurs premiers Jeux olympiques (JO) à Tokyo et, malgré le contexte, réaliser un rêve de gosse. Tous ont gardé un souvenir très fort lié à de précédentes olympiades. «Nager pour la Suisse, ce sera une immense fierté pour moi. Je me souviens des huit médailles d’or de Michael Phelps à Rio. C’était fou», nous glisse Roman Mityukov. «J’avais 13 ans quand j’ai vu les JO de Pékin en 2008 et les exploits de Bolt. J’ai eu très envie d’y aller. A l’époque, je faisais un peu de tout en athlétisme», enchaîne Lore Hoffmann. Et Lucas Malcotti d’ajouter: «L’escrime, on n’en voit que tous les quatre ans à la télé. Pour moi, c’est le but ultime. Je veux profiter de chaque moment».

DES BANQUETTES VIDES

Le huis clos? Ils le regrettent, bien sûr, mais ils vont s’en accommoder, car ils s’y attendaient un peu. «En compétition, on vit dans une bulle, et là, ce sera une bulle dans la bulle. Je vais essayer d’en faire abstraction et de nager le plus vite possible», relève Mityukov. «Depuis une année, on s’est habitué à courir devant des banquettes presque vides. C’est comme ça», relève de son côté Lore Hoffmann. Et Rachel Moret d’ajouter, philosophe: «Ce ne sera pas pareil aux autres JO, évidemment, mais ils auront lieu et c’est déjà une bonne chose».

Elle a eu le déclic lorsqu’à 13 ans, elle a remporté le tournoi de la piscine de Morges.Le billet qu’elle avait raté d’un rien pour Rio en 2016, la Morgienne l’a arraché à l’ultime moment pour Tokyo: «Je n’ai jamais lâché». A 31 ans, première Suissesse qualifiée pour les JO en tennis de table, elle veut «relancer cette discipline chez les filles dans notre pays». 87e joueuse mondiale, la Vaudoise espère simplement faire bonne figure dans ce sport toujours dominé par les Chinoises, les Coréennes et les Japonaises. Une fois son diplôme d’enseignante obtenu, voilà six ans, Rachel s’est exilée à Nîmes pour profiter d’infrastructures inexistantes en Suisse: entraîneurs professionnels, préparateur physique, collègues de son niveau. «Financièrement, le tennis de table n’est pas le tennis, mais je m’en sors avec le minimum. Je vis de ma passion, je voyage.» Elle a eu le déclic lorsqu’à 13 ans, elle a remporté le¨ tournoi de la piscine de Morges. «Le prix consistait en une inscription d’un an au club de la ville. Depuis, je n’ai jamais arrêté.» Ce qu’elle aime dans ce sport? «Sa variété: il n’y a jamais deux coups pareils.»

Des quatre, l’épéiste Lucas Malcotti est celui qui a le plus de chances de médaille, comme le prouve le titre mondial qu’il a obtenu en Russie en 2018 contre la Corée. «J’avais tiré en premier et cela avait lancé ma carrière internationale», explique le Valaisan. Il avait découvert ce sport par hasard à huit ans en se promenant dans le centre-ville de Sion avec sa maman. «On voyait les escrimeurs s’entraîner dans la salle de Sion à travers une grande baie vitrée. ‘Je veux essayer’, ai-je dit à ma maman.» L’épée est un sport de combat et c’est ce qui le motive. «On doit prendre l’ascendant mental sur son adversaire. Je suis un attaquant, un guerrier, un passionné. L’escrime est aussi un sport très complet: il faut à la fois avoir de la puissance dans les jambes et être souple et très relâché avec le haut du corps, se montrer explosif et coordonné», relève ce dessinateur géomètre qui, après Tokyo, vise déjà les JO de 2024 et 2028.

15A EM29

NATATION ET DROIT

Le jeune Roman Mityukov, 21 ans le 30 juillet, pendant les JO, est l’incontestable étoile montante de la natation suisse. Polyvalent, le Genevois a cartonné lors des Européens de Budapest en mai en pulvérisant le record suisse du 100 mètres nage libre, la discipline reine, en 48,20 secondes. Surtout, il s’est hissé sur la troisième marche du podium du 200 mètres dos alors qu’il ne possédait que le douzième chrono. «Quand j’ai vu le trois s’allumer en touchant le mur, je n’en revenais pas. C’était incroyable», raconte-t-il.

En deuxième année de droit, Roman s’entraîne pas moins de 35 heures par semaine: neuf séances de natation, trois de musculation. «Je me lève à 6 h et je suis dans l’eau à 7h15. J’étudie entre deux entraînements.» Mais pas question de se plaindre: «Tout est une question d’organisation». Il avait sept ans quand ses parents l’ont inscrit au Genève Natation «pour que je pratique un sport, rien de plus». Et d’ajouter: «Je crois que j’aurais pu réussir dans d’autres disciplines, car je suis un compétiteur avant tout».

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



Ces derniers mois, la Sierroise Lore Hoffmann est descendue deux fois sous la barre des deux minutes sur 800 mètres, notamment lorsqu’elle a terminé 3e au meeting Diamond League d’Oslo début juillet, une première pour elle à ce niveau. Depuis six mois, elle a mis entre parenthèses ses études en biomécanique à l’EPFL afin de mieux se préparer pour Tokyo. Si elle aime tant le 800 mètres, c’est parce que «c’est une course très tactique, la plus à suspense de l’athlétisme. On court à haute vitesse, mais sans être à fond pendant deux minutes sous peine de se griller. Il faut être toujours bien placé dans le peloton et garder de l’énergie pour le sprint final. Il peut y avoir de grosses surprises: une favorite peut se faire sortir en série, contrairement à un 10’000 mètres par exemple. Tout se joue sur des détails». Elle considère l’Américaine Athing Mu comme la favorite de ces JO et espère passer au moins un ou deux tours. Pour elle, participer aux JO est déjà une réussite en soi. Comme pour ses trois collègues de la délégation suisse, impatients de transformer leur rêve en réalité.

Bertrand Monnard

Articles en relation


Athletissima: un entraîneur en or

Si Ajla Del Ponte et Lea Sprunger ont obtenu des résultats exceptionnels dans les stades du monde entier, elles le doivent au même entraîneur, le Fribourgeois Laurent Meuwly. Un travailleur acharné, perfectionniste, sans concession. Portrait avant le meeting Athletissima de ce jeudi.


JO: une cuvée d’exception

«Bien joué», applaudit Le Quotidien jurassien au lendemain de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d’été de 2020 qui se sont déroulés à Tokyo «après dix ans de préparation, un report d’un an et des mois d’incertitudes», ajoute 24 Heures en saluant l’organisation japonaise. Le Temps estime néanmoins que «la magie» des JO n’était intacte qu’«en surface»: «Cela aurait pu être partout ailleurs, et même dans différents endroits, que l’on n’aurait pas vu la différence». Qui, à part les athlètes et leurs entraîneurs, a totalement vibré?


Des yeux qui brillent

«Un air de Fête nationale à Tokyo», titre ArcInfo au lendemain du 1er Août alors que Le Quotidien jurassien clame que «les athlètes suisses n’en finissent pas d’épater et de ravir aux Jeux olympiques». Et c’est vrai: à l’heure de mettre sous presse, la délégation helvétique a remporté 12 médailles – l’objectif de Swiss Olympic était d’en ramener «au moins sept». Du triplé en cross-country aux podiums des nageurs en passant par l’or et le bronze de Nina Christen à la carabine, toutes sont belles de surcroît.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!