Les Alpes en train: le MOB

Le Belle Epoque en route pour le Gessenay Le Belle Epoque en route pour le Gessenay

Gstaad est à deux pas – ou presque – du lac Léman grâce au MOB (Montreux-Oberland bernois). En moins de deux heures d’une montée tranquille dans un paysage vallonné coupé d’à-pic vertigineux, les premiers contreforts de l’Oberland bernois s’offrent au regard émerveillé. Dépaysement garanti!

ll est à peine 10h en ce matin de début juillet et le GoldenPass MOB (Montreux-Oberland bernois) Belle Epoque est loin d’être pris d’assaut par les touristes. Pas de valises qui vous roulent sur les pieds, pas d’appareils photo ou de Smartphones qui vous cachent les montagnes environnantes, à commencer par la Dent de Jaman, passage stratégique entre les cantons de Vaud et de Fribourg. Et pas de groupes de visiteurs étrangers pressés. L’effervescence estivale n’est pas de mise, le quai de la gare de Montreux conserve son calme.

Etonnant? «Avec la Covid, l’année 2020 a été catastrophique: nous avons transporté 1,6 million de voyageurs contre 2,5 en temps normal, avec 80% de touristes dont beaucoup d’Asiatiques. Les restrictions ont retenu les gens chez eux. Mais nos trains ont toujours circulé, même lors du premier confinement, pour transporter les employés et le personnel soignant», relève Jérôme Gachet, responsable communication du MOB, que nous rencontrons avant le départ. Mais l’homme est confiant: «Les Européens reviennent et les Suisses ne nous boudent pas».

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Le MOB, dont l’actionnaire principal est la Confédération avec 43% du capital, ce sont quelque 420 collaborateurs sur une dizaine de sites. Et 120 ans au compteur: la ligne Montreux-Zweisimmen, dans le Simmental, est construite de 1900 à 1905 et avec ses 75 km, elle est la plus longue ligne électrique de montagne de Suisse; celle conduisant à Lenk est achevée en 1912.

MANNE TOURISTIQUE

Pas question de traîner pour les quelque 2’000 ouvriers: sur les hauts de Montreux et à Château-d’Œx, le tourisme est en plein essor, attirant une clientèle internationale, et les autorités du Gessenay (Saanenland en allemand) et du Simmental cherchent à désenclaver leurs régions pour profiter de cette manne. Eté comme hiver. Si au début les convois transportent, en plus des indigènes, du bois et du bétail, le nombre de visiteurs étrangers croît. Et pour répondre à ses exigences, un service de wagon-restaurant est mis en service en 1906 déjà et deux voitures de luxe installées en 1910. Mais les deux guerres mondiales et la Grande Dépression des années trente freinent le développement du MOB.

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La reprise se dessine dans les années soixante. La décennie suivante voit la mise en service des premiers trains panoramiques – nous prendrons le GoldenPass Panoramic pour redescendre à Montreux le lendemain. Prochaine étape, en automne 2022: le GoldenPass Express, qui conduira les passagers à Interlaken. Un investissement de 76 millions de francs.

LE CONTOUR DE REICHENBACH

Installés dans les confortables fauteuils en velours du GoldenPass Belle Epoque, dans l’esprit de l’Orient-Express, nous regardons défiler le paysage: pâturages, collines, sommets se découpant sur un ciel clément. Après la Riviera – vue imprenable sur le Léman –, nous traversons la Gruyère, l’Intyamon (Montbovon) et le Pays d’Enhaut (Château-d’Oex) pour arriver dans le Gessenay: près de 600 mètres de dénivelé pour 70 km. Et nous arrêtons à Gstaad. Si ce qui n’était qu’un hameau au début du 20e siècle a acquis une réputation internationale, c’est notamment grâce au MOB et à l’obstination du conseiller d’Etat Karl Reichenbach: il a convaincu les dirigeants de modifier le tracé de la ligne, qui devait grimper tout droit vers le col de Sanenmöser. Ouf!

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14B EM28Nos bagages déposés à l’hôtel (voir encadré), nous regagnons la gare par l’ancienne route du village devenue la Promenade. Rue principale qui traverse toute la localité, elle est piétonne – Gstaad a été la première station de Suisse sans voitures –, bordée de magasins de luxe, de banques et d’hôtels construits en style chalet, la norme, ici. Pas le temps d’admirer maisons et vitrines: Bethli Küng, de l’association des guides Gstaad-Saanenland, est déjà dans le train qui doit nous emmener à Zweisimmen.

La voilà qui nous fait de grands signes de la main, debout dans le wagon! A peine installés dans le GoldenPass Panoramic, nous remontons l’histoire. «Au 11e siècle, le Gessenay, où se trouvait Gstaad, faisait partie du comté de Gruyère. Passé sous la souveraineté de Pierre II de Savoie au 13e siècle, il est revenu au comte de Gruyère en 1407. En 1554, la faillite du comte Michel, dernier comte de Gruyère, fut prononcée et le comté vendu. Le Gessenay (Saanenland) et le Pays-d’Enhaut revinrent à Berne», nous raconte Bethli. La langue française le cède à l’allemand et la région passe au protestantisme. Mais la Gruyère n’est pas loin et si vous parlez français à Gstaad, on vous comprendra.

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DEUX VISAGES

Gstaad, c’est le palace qui domine la station, construit en 1913 à l’initiative de l’enseignant Robert Steffen – 9 hôtels sont bâtis entre 1904 et 1913. L’aérodrome de Saanen, militaire jusqu’en 1946 – «lorsqu’un avion décollait ou se posait, nous nous levions pour aller regarder par la fenêtre de la classe», se souvient Bethli. Des têtes couronnées, des célébrités de l’économie, du sport, du cinéma, et de l’art – en témoignent les sculptures qui jalonnent la Promenade. Et des écoles privées internationales. «Gstaad ne serait pas ce qu’elle est sans elles, et d’abord, depuis 1916, l’Institut Le Rosey, ajoute Bethli d’un air entendu. Leur présence a attiré des générations d’élèves, de professeurs, de parents et d’amis. Ils ont lié connaissance avec les gens d’ici et reviennent chaque année. Moi-même, j’ai donné des cours de ski à une Grecque durant vingt ans! Un excellent souvenir!» Ici, deux mondes vivent en bonne entente, car les chasseurs, paysans et bûcherons sont devenus professeurs de ski, hôteliers et entrepreneurs. Bethli, il est vrai, n’a rien à envier aux célébrités qui fréquentent la station. Elle est un personnage ici, surtout à Saanen, son village d’origine et chef-lieu du Gessenay. Elle est née dans la plus ancienne maison, de 1555, épargnée par l’incendie du 10 octobre 1575 qui n’a laissé intactes que l’église Saint-Maurice, la cure et cinq maisons. Championne suisse de slalom et de combiné en 1965, elle est sélectionnée pour les Jeux olympiques de Grenoble en 1968... mais se casse la jambe lors du premier entraînement l’été précédent. Jambe et rêve brisés: «C’était dur!», soupire-t-elle.

Devenue institutrice, elle a instruit dans la même classe des enfants de 7 à 16 ans! A vingt ans, en 1966, Bethli a même été fille au pair à New York quinze semaines, le temps d’apprendre l’anglais. Et elle a siégé au Grand Conseil bernois dans les rangs de l’UDC de 1998 à 2014.

LA CHÈVRE DE GESSENAY

«Le Gessenay compte autant de vaches que d’habitants, soit environ 7’000.»Le Gessenay compte aussi 200 exploitations agricoles, 80 alpages et... «autant de vaches que d’habitants, soit environ 7’000», affirme Bethli. Qui en sait quelque chose: «Lorsque j’étais à l’école primaire, je trayais les vaches matin et soir. Mon père vendait le lait à Nestlé». Et les vaches du Simmental? «Elles sont à l’alpage de juin à octobre. Mais vous connaissez la chèvre de Gessenay? Blanche, domestique, à poil ras, le plus souvent sans cornes. Au 19e siècle, on l’exportait dans de nombreux pays pour son lait.» Ici, on est paysan de père en fils: «Mon frère a repris la ferme familiale et il fabrique du fromage d’alpage». Plus haut, à Lenk, terminus de la ligne les amoureux de randonnée peuvent parcourir les sentiers des fermes du Simmental dont certaines remontent au 15e siècle.

DES LIENS DURABLES

15A EM28Direction Saanen: Bethli a hâte de nous montrer son village. Et de nous conduire au musée régional qui, dans une maison en bois de trois étages de 1575, nous offre une plongée dans la vie et les traditions de la région. Accompagnés par Elsi Frautschi, nous découvrons la vie quotidienne – toutes les pièces de la maison sont reconstituées avec quantité d’ustensiles courants –, les vêtements, l’école, le travail des artisans, l’exploitation des alpages, l’économie du tourisme, l’art, la culture et une exposition de cloches Schopfer/von Siebenthal de 1819 à 1922, sorties de la fonderie installée non loin de là et devenue un restaurant. Il y a tant à voir dans cet espace fort bien aménagé (site: www.museum-saanen.ch)!

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Que reste-t-il de ces traditions? Ici, elles s’incarnent dans les habitants qui ont su accueillir les touristes tout en conservant leur mode de vie. Le Gessenay du 21e siècle – Gstaad accueille 20’000 touristes en hiver grâce notamment au MOB – n’a pas trahi ses racines. Et il a su tisser entre les indigènes et les étrangers des liens durables.

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Le plus célèbre

14C EM28Gstaad ne serait pas Gstaad sans Yehudi Menuhin (1916-1999) et le festival de musique classique auquel il a donné son nom. Chaque été depuis 1957, une cinquantaine de concerts sont donnés par des solistes et des ensembles renommés. Il aura lieu cette année du 16 juillet au 4 septembre sur le thème London. Et Saanen conserve l’héritage artistique et intellectuel du musicien dans le Centre Menuhin. Pour découvrir le violoniste, pédagogue et humaniste Menuhin, bourgeois d’honneur de la commune de Saanen, vous pouvez aussi parcourir le sentier philosophique du centre de Gstaad à l’église Saint-Maurice de Saanen, où a été fondé le festival, en longeant la Sarine. Des réflexions et des pensées du célèbre violoniste vous guideront, comme celle-ci: «Faire de notre mieux et partager le bien et le beau au sein de notre entourage devrait être le but ultime de notre vie». De multiples propositions de découvertes, de randonnées et de loisirs vous sont offertes dans la région. Office du tourisme, Promenade 41, 3780 Gstaad. Site: www.gstaad.ch. Courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

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Le plus ancien

16A EM28En juillet 1898, un incendie ravage la moitié du village de Gstaad. Mais épargne le «Posthôtel Rössli» (Auberge de la poste). Ce bâtiment en bois construit en 1823 est devenu une auberge en 1845 et a accueilli la poste en 1855. L’hôtel le plus ancien de Gstaad, situé dans le centre piéton de la station, est tenu aujourd’hui par Nadja Widmer, de la quatrième génération. Il offre un confort moderne et une cuisine traditionnelle dans ses deux restaurants. A ne pas manquer lors de votre passage à Gstaad. 

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