Prix Good News: Capter la lueur de la vie

Originaire de la région de Martigny, Gaëlle May s’est formée en cinéma au SAE Institute à Genève. Originaire de la région de Martigny, Gaëlle May s’est formée en cinéma au SAE Institute à Genève.

A 29 ans, Gaëlle May donne tout pour vivre de sa passion: le documentaire visuel. La réalisatrice indépendante valaisanne vient de recevoir le prix Good News pour des vidéos réalisées avec les paroisses du Val de Bagnes.

Jeune catholique bourrée de créativité, Gaëlle May est doublement mise en avant ce mois de juin: son premier long-métrage, consacré au peintre Arcabas, vient de sortir (voir encadré); elle a reçu avec les paroisses de Bagnes, Vollèges et Verbier le prix Good News pour des directs réalisés lors de la Semaine sainte. Décerné dans le cadre de la campagne du Dimanche des médias de l’Eglise catholique, ce prix distingue une personne ou un projet journalistique ayant spécialement contribué à diffuser la Bonne Nouvelle par de bonnes nouvelles dans les médias. La jeune femme nous accueille à Martigny (VS) dans son appartement qui est aussi son bureau.

D’où vient votre passion pour la vidéo?

Gaëlle May: – Je suis venue à la vidéo par hasard. Durant mon adolescence, je montais l’été à l’hospice du Grand- Saint-Bernard pour me mettre au service des hôtes et participer à la vie de la maisonnée. Pour une animation du 1er août, j’ai tourné une vidéo qui racontait notre quotidien avec humour. Ça a été ma première réalisation (rires)! Quelques années plus tard, j’ai fait un test d’orientation professionnelle qui a révélé mon goût pour le cinéma. Me souvenant de l’expérience du 1er août, j’ai décidé de me former dans ce domaine.

Depuis vous avez donné vie à plusieurs documentaires, reportages et courts-métrages de fiction. En 2017, vous avez créé votre propre société, Lueurs Productions. Quelles sont ces lueurs?

– Lorsque je tourne, je cherche la lueur de la vie dans la nature et dans le regard des personnes. L’être humain, la nature et l’art me tiennent particulièrement à coeur.

Et la spiritualité?

– Elle transparaît dans certains de mes films. J’aime l’évoquer, mais je ne veux pas être une réalisatrice avec une casquette catho. Je veux m’ouvrir à d’autres réalités. Ce que j’aime, c’est partir à la rencontre des gens là où ils sont, transcrire quelque chose de leur réalité et le transmettre plus loin. Un autre élément qui m’a motivée à choisir la réalisation est le fait de pouvoir l’utiliser comme un outil pour travailler avec les jeunes. J’ai accompagné des camps: la dimension créative de l’audiovisuel permet de motiver les ados, elle leur donne la possibilité de se donner et d’élaborer un projet.

En janvier 2020, vous avez été engagée à temps partiel par les paroisses du Val de Bagnes. Une aubaine avant la pandémie...

– J’ai eu beaucoup de chance. Avec la première vague, tous mes mandats se sont arrêtés. En même temps, les paroisses demandaient plus de vidéos. J’ai rejoint une équipe audiovisuelle composée de trois personnes dont le chanoine José Mittaz (voir encadré).

C’est dans ce cadre que vous avez réalisé les vidéos primées?

– Oui. On m’a demandé de filmer et de diffuser en direct les célébrations de Pâques. J’étais partante, mais je voulais faire autre chose qu’un simple enregistrement. On m’a dit: ‘Vasy, Gaëlle!’. J’ai découpé en séquences les lectures de la Semaine sainte et préparé la mise en scène pour le tournage avec les confirmands. Ces séquences ont été diffusées à la place de la lecture de l’Evangile dans les célébrations retransmises de l’église du Châble. Nous avions un mois pour tout réaliser!

Un sacré défi pour vous et ces adolescents!

– C’était complètement fou. On peut dire que nous avons été guidés. Les jeunes étaient tous présents ou s’arrangeaient entre eux pour se remplacer. Nous avons aussi subi les caprices de la météo: certains tournages ont été réalisés sous la neige ou par 5°C! Les confirmands ont été courageux. Je crois que c’est la période qui nous a permis de concrétiser ce projet dans un délai aussi court: les jeunes avaient moins d’activités et étaient disponibles. Les tournages ont suscité de beaux échanges. Je me souviens de Mattéo: dans le rôle de Jésus, il a ressenti un élan de tendresse en lavant les pieds des autres confirmands lors de la messe du Jeudi-Saint.

Cette expérience a rejoint votre désir d’utiliser la vidéo pour travailler avec les jeunes...

– Oui. Et le prix Good News est venu encourager ce désir. J’en suis honorée et reconnaissante. D’autant plus qu’on est venu nous chercher! Parmi les trois nominés choisis par cath.ch, nous avons obtenu un joli score grâce au vote des internautes. C’était aussi une belle récompense pour les efforts réalisés durant dix-huit mois dans une situation compliquée en raison de la pandémie. Et puis, ce projet a mobilisé toutes les générations: une trentaine de confirmands, l’Equipe pastorale, le propriétaire de l’âne, le secrétariat paroissial... La communauté s’est mise en mouvement.

Que pensez-vous de la pastorale par l’image?

– L’Eglise est aussi appelée à être présente en ligne. La vidéo peut amener des messages, des témoignages complémentaires à ce qui se fait en paroisse sans que cela ne diminue l’importance de se rassembler en communauté. C’est un nouveau chemin à vivre, à exploiter.

Certains paroissiens sont restés devant leur poste de télévision ou leur ordinateur et n’ont pas remis les pieds dans une église depuis le début de la pandémie...

– On a filmé beaucoup de célébrations durant le premier confinement. Il est vrai que les messes sur écran ne conviennent pas à tout le monde. En même temps, elles nous ont permis de rejoindre un cercle plus large que celui des pratiquants habituels. Notre secteur pastoral a estimé que l’Eglise devait être présente dans le numérique et il a engagé des moyens pour cela. La paroisse de Savièse mène aussi cette réflexion. Le diocèse de Sion, lui, envoie chaque mois une vidéo avec sa lettre d’information. Je vois plusieurs paroisses évoluer dans ce sens.

Parlez-nous de votre parcours de foi...

– Je viens d’une famille catholique, je suis baptisée et confirmée. Je ne fréquente pas toutes les messes dominicales, mais les solennités principales. J’ai beaucoup nourri ma foi en participant à des camps de la paroisse de Martigny et des groupes de jeunes, puis comme aide monitrice. C’est depuis 2010, en me rendant chaque été à l’hospice du Grand-Saint-Bernard, que ma foi est devenue plus personnelle. Le fait d’adopter le rythme d’une communauté en prière toute la journée m’a ouvert les yeux sur d’autres moyens de vivre la foi et le service. J’ai fait une expérience semblable en partant un an en mission humanitaire à Buenos Aires avec l’oeuvre Points-Coeur. Mais là, c’était plus intense: une heure d’adoration, deux temps de prière, le chapelet et la messe chaque jour! Intéressant à expérimenter, mais très exigeant au quotidien.

Quel regard portez-vous sur l’Eglise?

– Pour moi, l’Eglise, ce sont des visages. Des visages que j’ai rencontrés, qui m’ont touchée. C’est le partage et la communauté. Comme dans chaque famille, il y a des difficultés. Il y a certainement des choses à changer dans l’Eglise.

Comment voudriez-vous la voir changer?

– Le mot joie me vient à l’esprit. Et Arcabas. Après avoir peint trois tableaux suite au décès de sa femme, le peintre confie lors de l’interview réalisée par José Mittaz: «On n’est plus dans le deuil, mais dans une joie purifiée ». Retrouver cette joie, c’est quelque chose à espérer pour l’Eglise.

 

Dans l’atelier d’Arcabas

33A EM25C’est son film de diplôme qui va conduire Gaëlle May à toquer à la porte du peintre et sculpteur nonagénaire en 2017. Dans Brisure, la Valaisanne voulait mêler les peintures de l’artiste français et des images d’une fiction qui évoque le chemin du retour à la vie de Christelle, abusée sexuellement dans son enfance. La réalisatrice a besoin de l’accord de Jean-Marie Pirot, alias Arcabas, pour inclure ses oeuvres dans le film. Elle est reçue chez lui en compagnie du chanoine du Grand-Saint-Bernard José Mittaz qui a favorisé la rencontre. «Le courant a tout de suite passé entre nous», raconte Gaëlle. Si bien qu’Arcabas, endeuillé par la perte de son épouse, accepte sa demande. C’est alors qu’une nouvelle idée germe autour de la table: le peintre participera à un documentaire sur sa vie réalisé par son hôte. L’artiste avait «passé sa vie à se dérober avec gentillesse aux demandes d’explications», selon les mots de sa fille. Cette fois, il y consent. En novembre 2017, durant deux jours, Gaëlle May capture les échanges entre Arcabas et José Mittaz dans l’atelier du peintre à Saint-Pierre-de-Chartreuse. «Ce qui m’intéressait, ce n’était pas d’amener des questions préparées, mais de voir ce qui naîtrait de leur rencontre», explique la réalisatrice.

33B EM25C’est le coeur de son premier long-métrage, en hommage à l’artiste décédé en août 2018, Arcabas. Rencontre au soir de sa vie, sorti le 16 juin en librairie. Gaëlle May y donne la parole aux enfants de l’artiste et au maître verrier qui a collaboré à son oeuvre. On peut l’admirer au Musée Arcabas en Chartreuse, au sanctuaire Notre-Dame de La Salette ou encore à la basilique du Sacré-Coeur de Grenoble. Une contemplation sur un fond musical de Thierry Epiney, compositeur de Sierre, et huit musiciens engagés par la réalisatrice.

Quel souvenir garde-t-elle de l’artiste? «Son regard de tendresse et de bienveillance. Arcabas était reconnaissant de la chance qu’on lui avait donnée, à 25 ans, de refaire tout l’intérieur d’une église. J’avais aussi 25 ans quand il m’a accordé sa confiance pour le filmer. »

PrC

Plusieurs réalisations de Gaëlle May sont à découvrir sur www.lueursproductions.ch.

 

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