JO de Tokyo 2020 à huis clos

Les JO ne font pas l’unanimité au Japon. Bien qu’ils se déroulent cet été, la dénomination officielle reste «Tokyo 2020». Ainsi, les 3500 produits dérivés déjà en vente n’ont pas dû être modifiés... Les JO ne font pas l’unanimité au Japon. Bien qu’ils se déroulent cet été, la dénomination officielle reste «Tokyo 2020». Ainsi, les 3500 produits dérivés déjà en vente n’ont pas dû être modifiés...

Reportée, à huis clos et sans soutien de la population locale: la prochaine édition des JO d’été, du 23 juillet au 8 août à Tokyo, s’annonce comme la plus étrange de l’histoire. A cinq semaines du coup d’envoi, le point avec l’économiste français Matthieu Llorca qui a suivi les préparatifs de près.

11B EM24Maître de conférences en économie à l’Université de Bourgogne (Dijon) et expert en finance, Matthieu Llorca vit entre la France et le Japon. A Tokyo, il habite le quartier de Shinjuku, qui abrite le stade olympique. Bâti pour les Jeux Olympiques (JO) de 1964 afin de marquer la renaissance du Japon après la Deuxième Guerre mondiale, l’hémicycle accueillera à nouveau les athlètes du monde entier dans un mois. Tout un symbole, dit l’expert, qui a étudié l’impact économique du report des JO de Tokyo 2020: après la catastrophe de Fukushima en 2011 et surtout la longue période de blocage économique due au coronavirus, les autorités nippones veulent prouver au rival chinois et au reste du monde que leur nation est toujours aussi résiliente.

Première question, que certains se posent encore: les JO auront-ils vraiment lieu?

Matthieu Llorca: – Oui. Beaucoup d’athlètes sont déjà présents sur place. Les intérêts économiques en jeu tant pour le Japon que pour le Comité international olympique (CIO) sont si importants qu’il faudrait un vrai séisme, une nouvelle flambée mondiale du virus, pour que les JO soient remis en question. Sans compter que d’autres grandes compétitions importantes ont pu se tenir cette année.

A savoir?

– L’Euro foot, qui vient de débuter. Ou Roland-Garros, qui s’est terminé il y a quelques jours. Lors de la finale de la Coupe d’Angleterre de football, le 18 mai, 21’000 spectateurs étaient présents dans le stade deWembley, à Londres, et aucun cas de Covid n’a été recensé. Des rencontres aussi courues ont lieu aux Etats-Unis depuis des mois pour le championnat de basketball de la NBA, mais également en boxe: il y a peu, le Mexicain Saul «Canelo» Alvarez a triomphé devant 70’000 personnes... Bien avant cela, en mars, s’est tenu le Tournoi de rugby des VI nations. Non sans quelques problèmes, il est vrai, puisque le XV de France a été touché par le virus.

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Plusieurs régions du Japon se trouvent encore en état d’urgence sanitaire. Depuis des semaines, les habitants demandent l’annulation des Jeux et des milliers de bénévoles ont quitté l’organisation par peur du coronavirus...

– Jamais une différence aussi nette n’a été constatée entre le moment de l’attribution et la tenue d’une édition: en 2013, 85% des Japonais soutenaient la candidature de Tokyo, mais cette tendance s’est inversée avec la pandémie. Même si le mécontentement semble s’estomper, ce retournement de l’opinion publique est une première.

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Concernant le coronavirus, pourquoi le taux de vaccination de la population au Japon est-il si bas (autour de 3%)?

– Il s’agit d’une île. L’accès y est plus difficile qu’ailleurs et les températures, qui peuvent être très élevées, ne facilitent pas la conservation du vaccin. Mais la raison principale du retard est plutôt d’ordre culturel. Les Asiatiques ont tendance à préférer la médecine douce à la prise de composés chimiques. Avant la pandémie, l’utilisation du masque était courante au Japon, notamment en raison du rhume des foins du cèdre, très répandu là-bas. Le fait que l’on se salue sans se toucher (ni bise ni poignée de main) et l’attention portée à l’hygiène en général ont aussi pu faire croire aux Japonais qu’ils n’avaient pas besoin de vaccin.

Est-ce la première fois que les JO se dérouleront à huis clos ou devant un public réduit?

– Oui. Ces Jeux sont d’ailleurs ceux des «premières fois». Par exemple, jusque-là aucune édition n’avait été repoussée en temps de paix. Celles de 1916 à Berlin, de 1940 à Tokyo et de 1948 à Londres avaient toutes été annulées en raison de la Première et de la Seconde Guerre mondiale.

D’autres «premières» à signaler?

– Sur le plan sportif, cinq nouvelles disciplines feront leur apparition: le base-ball (ou softball), l’escalade, le surf et le skateboard. Sans oublier le karaté, que toute l’Asie va suivre avec beaucoup d’intérêt (voir encadré).

Ce qui ne change pas, en revanche, c’est le dépassement des coûts de l’organisation des Jeux...

«Tokyo 2020 sont les Jeux d’été les plus chers de l’histoire.»– Effectivement. La facture s’annonce salée pour les Japonais! Alors que le budget initial de Tokyo 2020 était de 5 milliards, il est passé à 10, puis à 16 milliards de francs, ce qui en fait les Jeux d’été les plus chers de l’histoire (encore une première!). Comme l’immense majorité des éditions d’hiver et d’été de ces cinquante dernières années, celle-ci a été victime de la «malédiction du vainqueur de l’enchère». Comme l’a démontré le professeur d’économie du sport Wladimir Andreff, la méthode d’attribution des JO choisie par le CIO pousse les villes candidates à sous-estimer leurs dépenses tout en surestimant les retombées positives. Les choses changent un peu, notamment en raison du désamour grandissant pour les Jeux: si les coûts pour Paris 2024 sont déjà dépassés, les autorités et les responsables sont désormais plus attentifs.

A ce dépassement du budget s’ajoutent, à Tokyo, les coûts supplémentaires liés à la pandémie...

– C’est exact. Le report d’un an, les pertes liées à la billetterie, le financement des mesures sanitaires, des tests PCR, des vaccins (ndlr: au Rwanda et au Qatar, le Japon a mis des centres à disposition des participants qui n’ont pas eu accès au vaccin), tout cela va encore augmenter la note. Heureusement, en termes d’audience, les JO d’été restent, de par le nombre de nations et d’athlètes représentés, l’évènement sportif numéro 1.Tant que les droits TV rapportent à travers l’argent versé par les sponsors, Tokyo et le CIO peuvent limiter la casse.

Si le budget explose et que les recettes fondent, pourquoi le gouvernement japonais tient-il à organiser ces Jeux malgré le rejet populaire?

– En cas d’annulation, les pertes financières seraient encore plus importantes. Cela dit, l’argent n’est pas seul en jeu. Il ne faut pas sous-estimer la toile de fond géopolitique dans laquelle s’inscrit cet évènement.

Laquelle?

– Six mois après Tokyo, ce sera au tour de Pékin, qui a déjà accueilli les JO d’été de 2008, de recevoir les olympiades. La capitale chinoise deviendra ainsi la première ville de l’histoire à avoir hébergé les JO d’été et d’hiver. Dépassé économiquement par son rival, le pays du soleil levant ne peut pas se permettre de jeter l’éponge cet été. N’oublions pas que le Japon, dont le sport le plus populaire est le base-ball, est soutenu militairement par les Etats-Unis: d’un point de vue géopolitique, c’est l’Occident qui organise ces Jeux. Avant la Chine en 2022...

Le Japon ne peut donc pas perdre la face.

– C’est un pays vieillissant et surendetté qui, après le traumatisme du tsunami de 2011 et la pandémie, a besoin de s’affirmer à nouveau. Ses athlètes s’entraînent très dur depuis des années, ils devraient donc décrocher de nombreuses médailles.

Ce qui nous ramène finalement au sport...

– Oui, et c’est une première de plus dans l’histoire des olympiades: jamais les athlètes n’ont été relégués au second plan! A force de parler de la crise sanitaire et du report des JO de Tokyo 2020, nous avons fini par oublier l’essentiel: le sport. Comment les athlètes vont-ils réagir au taux d’humidité très élevé dans certaines régions du pays?Qui seront les grandes stars de cette édition après le nageur Michael Phelps à Rio (2016), le sprinteur Usain Bolt à Pékin (2008) et la DreamTeam américaine de basketball à Barcelone (1992)? Peut-être un judoka japonais? Espérons que les athlètes reprendront leur place. Et que les médailles olympiques apaiseront les Japonais.

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Le karaté, première olympique!

12A EM24«Les Japonais sont des fanatiques de sport. De tous les sports! Même ceux qu’ils ne connaissent pas les intéressent», relève Matthieu Llorca en songeant à l’engouement extraordinaire provoqué par la Coupe du monde de rugby au Japon en 2019. Pour ce qui est du karaté, qui serait né sur l’archipel tropical d’Okinawa, il passionne non seulement le pays du soleil levant, mais toute l’Asie. Autant dire que cet art martial millénaire, qui deviendra pour la première fois olympique à Tokyo, va faire vibrer le public nippon! Et avec lui des millions de téléspectateurs chinois, thaïlandais, vietnamiens... Le karaté rejoindra ainsi le judo, également japonais, et le taekwondo, originaire de Corée du Sud, les trois arts martiaux représentés parmi les 33 disciplines en compétition du 23 juillet au 8 août à Tokyo. En plus du karaté, le base-ball, premier sport au Japon, l’escalade, le surf et le skateboard seront olympiques pour la première fois. Victime d’un certain désamour – les villes candidates ne se bousculent plus au portillon pour décrocher les Jeux –, le CIO cherche à reconquérir les foules à travers une sélection de sports plus «jeunes». Aux Jeux olympiques de Paris de 2024, l’escalade, le skateboard et le surf seront à nouveau de la partie. Mais pas le karaté qui, après sa première à Tokyo, sera remplacé par... la breakdance

CeR

 

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