L'émotion et le sacré

Yvan Mudry Yvan Mudry

La Clarté Notre-Dame. Le titre du petit livre du poète Philippe Jaccottet, publié peu après sa mort en février, avait de quoi susciter la curiosité. Que pouvait bien cacher cette expression, désignant en réalité un lieu?

Avait-elle été choisie pour sa seule beauté énigmatique? Le début du texte le laissait penser, le poète évoquant le son d’une petite cloche «d’une incroyable limpidité dans le grand paysage gris et silencieux». Jaccottet allait décrire avec une rare précision un plaisir d’esthète, plaisir d’un instant.

A quoi d’autre pouvait-on s’attendre? Jaccottet fait en effet partie d’une génération de lettrés qui a résolument tourné le dos au monde religieux. Certes, il a lu de grands auteurs spirituels. Mais il n’a rien trouvé dans le protestantisme de son enfance qui soit digne d’intérêt à ses yeux. C’est sans doute la raison pour laquelle il semble rester en permanence en deçà d’une frontière.

Et voilà qu’à la fin du texte, il fait une confession: pour décrire l’effet provoqué sur lui par le son de la cloche, il évoque une «rencontre, inattendue souvent, inespérée, et pourtant... peut-être poursuivie en le cherchant, du sacré». «Sacré», le mot est lâché. Jaccottet reconnaît donc la pertinence du vocabulaire de la croyance. Quelle surprise! Pour le poète, le religieux de référence est celui de la Grèce antique, mais peu importe. Ce qui compte à ses yeux est ailleurs: certaines émotions ne s’expliquent que par la présence d’un je-ne-sais-quoi sortant de l’ordinaire. Oui, il nous arrive de faire des expériences dont les circonstances du moment, l’état d’esprit ou le sens du beau ne permettent pas de rendre entièrement compte.

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S’il n’est pas lié à une expérience personnelle forte, inoubliable, le religieux n’a pas d’assise.Certaines émotions ont partie liée avec le sacré. Cette affirmation permet de mieux comprendre la nature profonde du religieux. Celui-ci n’est pas d’abord affaire de rites, de dogmes, de morale ou de communauté. Il tient de l’événement, de l’inscription de quelque chose d’énigmatique dans la vie, parfois dans un certain lieu, un certain jour. Ce qui arrive ainsi fait du monde une demeure accueillante; c’en est fini du sentiment de solitude; l’heure est à la joie. En même temps, il y a là «comme une espèce de parole, d’appel ou de rappel».

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Sans le dire, le poète délivre ainsi cette leçon: s’il n’est pas lié à une expérience personnelle forte, inoubliable, le religieux n’a pas d’assise. C’est sans doute parce qu’il ignore cette vérité que, pour beaucoup, le christianisme institutionnel a désormais perdu tout attrait.

Yvan Mudry

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