Un tapis si fragile

Le vent souffle en ce matin du 6 mars dans la plaine d’Ur, lieu de naissance d’Abraham, père des croyants, et le regard porte à l’infini. Quelques tapis, des chaises en nombre limité, une estrade pour accueillir le pape François et les chefs religieux irakiens – chrétiens, musulmans, mandéens, Yézidis – venus ici se reconnaître fils du même père et s’unir dans une prière commune.

Image forte du voyage du pape François en Irak: moment historique en un lieu historique cher aux trois monothéismes. Image emblématique aussi de ces trois jours durant lesquels le pape, «pèlerin de paix», n’a cessé d’appeler à la réconciliation et à la collaboration de tous pour redonner un avenir digne à ce pays éprouvé par le terrorisme, la guerre et la violence.

Une «visite longtemps attendue et désirée» à des chrétiens qui sont restés sur cette terre au prix d’innombrables souffrances et qui aujourd’hui sont confrontés à un immense travail de reconstruction. Ils appartiennent à des Eglises au «patrimoine historique, liturgique et spirituel séculaire» dessinant «autant de fils colorés qui, entrelacés, forment un unique très beau tapis». Ce tapis «atteste notre fraternité, mais renvoie également à sa source», a affirmé le pape. Belle image, appel à témoigner d’une fraternité en actes, si importante «dans un monde souvent fragmenté et déchiré par des divisions!». Invitation à «construire des ponts», «geste prophétique de l’Eglise en Irak».

Contre le terrorisme et la violence, François n’est pas venu donner des recettes miracles, mais délivrer à tous un message de paix et de fraternité. Entre chrétiens et avec toutes les composantes de la société sur un pied d’égalité – le chef d’Etat qu’il est n’a pas manqué de le rappeler à son homologue irakien.«Le pasteur s’est fait proche des plus faibles et des plus exposés de son troupeau.» Fidèle à lui-même, François est allé aux périphéries, le pasteur s’est fait proche des plus faibles et des plus exposés de son troupeau. Pour leur dire que, même peu nombreux, ils sont importants à ses yeux comme aux yeux de Dieu et signes de l’essentiel. Et leur rappeler combien «un tissu culturel et religieux aussi riche de diversité est affaibli par la perte de n’importe lequel de ses membres, aussi petit soit-il. Comme dans un de vos tapis artistiques, un petit fil arraché peut endommager l’ensemble».

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!



En Irak, François est allé réconforter, affermir, encourager, proposer «un vaccin efficace» contre le «virus du découragement»: l’espérance. Première condition, en vérité, pour rester dans un pays marqué par «la présence ininterrompue de l’Eglise», un héritage à conserver vivant pour les générations futures. Espérer de toutes ses forces pour assurer, malgré les blessures du passé, une présence essentielle. Cela passe par des gestes de paix, des mains tendues, une fraternité au quotidien. C’est tout le sens des paroles du pape. 

Articles en relation


Irak: reconstruire et espérer

C’est en pèlerin de paix et de fraternité que le pape François s’est rendu en Irak du 5 au 8 mars, réconfortant des chrétiens éprouvés et exhortant chacun à participer à la reconstruction du pays. Un voyage hautement symbolique aux racines de la foi.


Irak: Ils attendent le pape

«Signe» et «bénédiction», le voyage de François en Irak est très attendu, à commencer par les chrétiens qui y vivent. De moins en moins nombreux dans le pays, ils sont «menacés d’éradication».


Les Covid du Pape François

Son titre est tout un programme. Si Un temps pour changer livre les réflexions inspirées au pape François par la Covid-19, il est surtout un puissant appel à vivre l’aujourd’hui, tragique et incertain, comme une occasion de se convertir pour bâtir un monde fraternel.

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à la newsletter de l'Echo et recevez
nos contenus et promotions en exclusivité!