Sport: 40 ans et toujours au top!

Avec l'âge, Federer ne perd pas son envie de se faire plaisir... Avec l'âge, Federer ne perd pas son envie de se faire plaisir...

Roger Federer s’apprête à faire son grand retour sur le circuit. Simon Ammann continue à tutoyer les meilleurs en saut à ski et Ibrahimovic à briller avec l’AC Milan. Tous trois auront 40 ans cette année. Comment font-ils? Avis d’experts.

Après treize mois d’absence en raison d’une double opération au genou, Roger Federer va faire son grand retour le 9 mars lors du tournoi de Doha. Sauteur à ski le plus titré au monde avec quatre médailles d’or olympiques, Simon Ammann est encore capable de tutoyer les meilleurs: il a fini 9e du récent concours de Willingen en Allemagne.

PROFITE DU JOUR PRÉSENT

Quant à l’avant-centre Zlatan Ibrahimovic, qui a porté le maillot des plus grands clubs tels Barcelone et la Juventus, c’est grâce à ses buts que l’AC Milan est en train de renouer avec son passé glorieux. Point commun de ces trois légendes: nées en 1981, elles s’apprêtent à fêter leur quarantième anniversaire alors que, dans le sport de haut niveau, la trentaine sonne le début de la fin. Roger Federer a disputé son dernier match le 7 février 2020: un match d’exhibition contre Rafael Nadal au Cap. Après avoir fait l’impasse sur l’Open d’Australie, le Bâlois s’estime suffisamment remis. «J’ai l’impression que mon genou est à nouveau prêt pour la compétition. J’ai encore soif de grandes victoires», déclarait récemment l’homme aux vingt sacres en Grand Chelem qui aura 40 ans le 8 août. Marc Rosset est persuadé qu’on retrouvera le Federer d’avant: «Si le corps va, son jeu sera en place».

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En début d’année, Simon Ammann a été transparent lors de sa 23e Tournée des quatre tremplins consécutive. Affichant toujours le même visage juvénile, le Saint-Gallois a pourtant retrouvé la confiance alors qu’il fêtera ses 40 bougies le 25 juin. Il nous le dit au téléphone de la Pologne avec l’enthousiasme de ses débuts: «J’ai changé quelques détails avec mes combinaisons et mes souliers. Cela a pris du temps, mais ça va beaucoup mieux». Fanfaron, plein d’humour, Zlatan Ibrahimovic s’est toujours distingué aussi bien par son efficacité devant le but que par ses déclarations à sa propre gloire. «A Paris, je suis arrivé comme un roi et je pars comme une légende», lance-t-il lors de ses adieux au PSG en 2016. A bientôt 40 ans (3 octobre), le Suédois continue à semer la pagaille dans les défenses italiennes. Vieux, lui? « Cela fait vingt-cinq ans que je joue et je suis toujours au sommet. Je n’ai pas peur de vieillir, je laisse venir. Carpe diem.»

ILS RESPIRENT LEUR SPORT

Comment ces trois champions se maintiennent-ils à un tel niveau à un âge où on joue déjà chez les vétérans? Profitent-ils d’une constitution hors du commun? «Je ne dirais pas cela, analyse Finn Mahler, médecin du sport à l’hôpital de La Tour à Genève. Sur le plan physiologique, on estime qu’il n’y a aucun déclin jusqu’à 35 ans. Ensuite, la force diminue, mais d’1% seulement par an. Ces trois champions en sont donc à 95% de leur potentiel physique. Chez eux, tout le reste, le sens tactique, la vision du jeu, est intacte.»

Pour durer, il est primordial d’être attentif à plusieurs paramètres comme la nutrition et la récupération, surtout après une blessure comme l’a connue Federer. «On doit savoir évoluer avec son corps.»«On doit savoir évoluer avec son corps. Chez ces trois-là, le plus important est d’avoir gardé la même motivation qu’à 20 ans. Ils sont totalement dans leur élément, ils n’ont jamais décroché mentalement. Federer respire le tennis. Ce sont des passionnés et il n’y a pas d’âge pour cela.»

ASelon Finn Mahler, c’est souvent l’environnement qui pousse prématurément un sportif vers la sortie. «Dans un vestiaire de foot, tu es déjà vieux à 30 ans. On te demande ce que tu vas faire après. Il n’y a cependant aucune raison de prendre sa retraite à cet âge-là. Il ne faut pas se laisser convaincre par les autres. Federer, on lui parlait déjà de retraite voilà dix ans… Or, il est toujours là!» Pour Mélanie Hindi, psychologue du sport, c’est le plaisir de jouer, au-delà des résultats, qui leur permet de se maintenir au plus haut niveau. «En psychologie, on distingue deux types de motivation: la motivation dite extrinsèque, celle qui pousse à obtenir des résultats, des récompenses concrètes; et la motivation intrinsèque, qui vient de l’intérieur et qui fait rechercher le plaisir dans l’activité pratiquée. Je crois que c’est le cas de ces trois champions. Ecoutez les interviews de Federer: plaisir et sensations reviennent très souvent.» C’est exactement ce que répond Simon Ammann lorsqu’on lui demande pourquoi il continue alors qu’il a déjà tout gagné. «J’aime le saut à ski. Rien n’est plus beau que continuer à le pratiquer à mon âge. C’est un sport très technique où même un ‘vieux’ comme moi peut encore rivaliser avec des jeunes. Un joli challenge», rigole-t-il.

Tous trois sont pères de famille. Federer a quatre enfants, Ammann trois, Ibrahimovic deux. S’ils continuent, n’est-ce pas en raison d’une certaine peur du vide, de «la vie d’après»? «Ils ne retrouveront sans doute jamais des sensations aussi fortes qu’en compétition. Il y aura forcément un manque. Mais on peut s’y préparer», souligne Mélanie Hindi.

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LA VIE D’APRÈS

Federer est conscient de la difficulté de ce passage: «Je sais que le circuit va me manquer. J’aimerais jouer au tennis toute ma vie», dit-il en soulignant le plaisir qu’il a eu l’an dernier à se transformer en papa modèle. Simon Ammann ne se fait aucun souci: «J’ai une femme extra, je me réjouis d’aller skier avec mes enfants». Son prochain objectif? Les JO de Pékin en 2022. Le Japonais Noriaki Kasai n’a-t-il pas – à 42 ans – remporté l’argent sur le grand tremplin à Sotchi en 2014?

Le «roi Roger», «le Harry Potter» du saut à ski, «Ibra»: tous trois montrent qu’on peut faire du sport très longtemps. Cela réjouit Souheil Sayegh, médecin du sport à Genève: «Sauf gros problèmes articulaires, il n’y a aucune raison d’arrêter de faire du sport quel que soit son âge». Finn Mahler ajoute une anecdote révélatrice: «L’autre jour, un patient est venu chez moi. Il avait des petites douleurs au genou après une course en montagne de 1’500 mètres de dénivelé. Il a 82 ans».

Bertrand Monnard

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