Zermatt 2.0

Le ski, la neige, le Cervin: une vision idyllique de Zermatt dans laquelle le numérique s’est désormais immiscé. Le ski, la neige, le Cervin: une vision idyllique de Zermatt dans laquelle le numérique s’est désormais immiscé.

Zermatt fait rimer «Glissons!» avec digitalisation. Ses efforts en la matière facilitent la vie des touristes et ont déjà valu à la station valaisanne plusieurs récompenses. Elle vient d’être élue n°1 du Best Ski Resort des Alpes. Efficace quoiqu’un brin agaçant.

Zermatt est la station de ski 2.0 par excellence! Tout y est fait pour faciliter la vie des touristes en s’appuyant sur la digitalisation. Fin 2019, ces efforts ont valu à la station le Milestone, le prix le plus important du tourisme suisse. Sur le papier, toute cette technologie semble ludique et pratique. Mais ne risque-t-elle pas d’occulter l’essentiel? Baptisé Bonfire, le projet de numérisation tous azimuts de Zermatt a déjà coûté plusieurs centaines de milliers de francs à la station haut-valaisanne. Qui tire bénéfice de ses investissements: en novembre 2020, elle s’est classée pour la troisième fois n°1 du Best Ski Resorts, classement de référence hiérarchisant les meilleures stations des Alpes. L’omniprésente numérisation commence en gare de Täsch. En y attendant le train menant à Zermatt, on peut déjà tapoter sur un énorme écran tactile. On apprend comment jouir du célèbre petit train du Gornergrat, qui part de Zermatt pour s’arrêter à 3’089 mètres. Mais ces informations sont disponibles seulement en allemand et en anglais. C’est un peu agaçant pour celui qui ne maîtrise pas le sabir anglo-américain, la norme ici…

MATTERHORN APP

Au pied, et parfois au sommet des principales remontées permettant d’accéder aux 360 kilomètres de piste se trouvent des dépôts à skis. Ils sont gratuits, s’ouvrent et se ferment avec un forfait. Concret et appréciable pour ne pas transbahuter ses skis jusqu’à son logement en fin de journée! Ce forfait s’achète en ligne, sans file d’attente, et se stocke sur son Swisspass CFF ou sur une Keycard RFID gardée à l’issue d’une précédente journée de ski. On peut aussi acquérir ce sésame via Matterhorn App. Cette application a succédé à l’excellente Skiguide Zermatt, double lauréate des Best of Swiss Apps Awards en 2016. C’est une «appli» gratuite, intuitive, complète et facile à utiliser. Elle permet d’accéder aux 17 webcams donnant une bonne idée de l’état de la station et du domaine, de se localiser, de trouver un restaurant, un hôtel, un magasin ou un évènement sympa. On y trouve aussi les horaires de bus et de train, le bulletin d’enneigement, le danger d’avalanche, les pistes ouvertes… Autre caractéristique, sur laquelle tout le reste prend appui, et qui effarera les personnes électrosensibles – surtout à l’heure où la déconnexion apparaît comme un luxe –, mais ravira les geeks: à Zermatt, le Wi-Fi est accessible partout gratuitement. Rien que sur le domaine skiable, plus de 40 points d’accès sont répertoriés! Au pied de nombreuses remontées mécaniques, des écrans géants high-tech parfaitement lisibles même au soleil informent les touristes sur les conditions météo et d’ouverture des pistes.

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PUBLICITÉS OPPRESSANTES

Zermatt BOn est ici au coeur d’une des «usines à ski» les plus efficaces du monde! Le tout dans un univers de haute montagne où les sommets de plus de 4’000 mètres formant la célèbre «couronne impériale» – le Cervin, la Dent Blanche, le Gabelhorn, le Weisshorn et le Zinalrothorn – offrent un contraste saisissant avec cette ultramodernité technologique. En de nombreux endroits, des affiches publicitaires géantes achèvent de générer un malaise. Sur l’une d’elles, un slogan enjoint le touriste: The New Matterhorn App, Download Now!, soit: «La nouvelle application du Cervin, téléchargez- la maintenant!». Sur une autre, Roger Federer, tout sourire et natel hors de la poche, indique la direction à suivre: numérique. Un peu partout, des sigles WLAN rappellent qu’ici le Wi-Fi est roi. Autour de nous, nombre de skieurs dégainent leur natel. Heart in Switzerland, Eyes on the World, «Le coeur en Suisse, les yeux sur le monde», commente plus loin un autre slogan publicitaire. Sur la piste 65, rebaptisée Skimovie, un slalom chronométré propose de se glisser dans la peau d’un champion le temps d’une dizaine de portes. La «perf» est filmée. Chaque participant est ensuite invité à télécharger sa vidéo pour la partager sur les réseaux sociaux. Même principe au Gornergrat, où chaque montée est filmée dans l’idée d’être partagée. En plusieurs endroits panoramiques, on peut prendre la pose, puis récupérer la photo sur internet via son forfait. Les travers nombrilistes de la plaine sont arrivés en montagne, se dit-on. Etre vu est devenu plus important que voir. Faire savoir plus important que faire. Et le plaisir de skier? On se (sur)prend alors à regretter le ski d’antan où la mécanique étaient moins bien huilée et les journées plus denses. Paradoxalement, nous voici ravi d’apprendre qu’on a descendu 59 kilomètres pour 7’240 mètres de dénivelé grâce à notre forfait hightech et à l’application Skiline.

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Laurent Grabet

 

La digitalisation des stations

Laurent Vanat, consultant romand spécialisé dans l’industrie du ski, donne son avis sur les stations 2.0: «La digitalisation peut coûter cher. Même des petites stations gagneraient à mettre sur pied des choses simples comme des spots photo avec Wi-Fi. Les skieurs adorent s’y photographier et partager ces clichés sur les réseaux sociaux. Quelle pub gratuite formidable!». Zermatt a plusieurs longueurs d’avance dans la numérisation. «C’est déjà la meilleure station du monde, estime le consultant. Même un concurrent important comme Flaine, en Haute-Savoie, pourtant géré par la puissante Compagnie des Alpes, ne dispose pas d’un accès Wi-Fi généralisé sur les pistes. Beaucoup de stations disposent de leur propre application, mais elles relèvent parfois du gadget.» «La digitalisation ne doit pas devenir un but en soi», tempère Laurent Vanat. Vraiment? «L’objectif doit être de simplifier la vie des skieurs. Réserver son séjour en ligne devrait déjà être la norme. On en est loin! Or, la technologie le permet. C’était déjà le cas à Whistler, au Canada, voilà quinze ans.» Et le futur du ski à l’ère numérique? «Il réside dans la vente en ligne de forfaits selon une tarification dynamique dépendant de facteurs comme l’enneigement, la fréquentation et la date de réservation.»

LG

 

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