Libres de quoi?

Interdire de parler et donc de téléphoner dans les transports en commun. C’est ce que recommande désormais l’Académie française de médecine pour combattre la pandémie.

Cette mesure radicale, commentait récemment dans la presse Antoine Flahaut, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, «a probablement un intérêt». Car lorsque nous parlons, «nous émettons dix fois plus d’aérosols que lorsque nous respirons». Nous risquons ainsi de répandre le coronavirus plus vite.

Cette règle, si elle venait à être imposée un jour en Suisse, viserait uniquement les personnes voyageant à bord d’un transport public – comme c’est déjà le cas au Japon. Imaginez les réactions si les CFF annonçaient qu’il est «désormais interdit de parler au téléphone» dans les trains. Surtout en cette période de restriction inédite de nos libertés.

Au-delà des manques réels et graves entraînés par le semi-confinement, au-delà de l’incohérence qui consiste à laisser par exemple certains espaces ouverts et pas d’autres – les salles de cinéma restent closes en Suisse alors qu’aucun cas de coronavirus n’y a été détecté –, cette idée nous interroge sur le sens du mot liberté. Sur son importance. Mais aussi sur ses limites.

Si tout le monde est libre de faire ce qu’il veut, alors personne ne peut l’être vraiment.Les Japonais n’ont pas attendu l’arrivée du virus pour interdire aux voyageurs de téléphoner dans les trains. C’est le respect du prochain, de sa liberté, qui explique cette décision. Mettez votre portable sur silencieux; ne répondez pas à vos appels ou alors seulement après vous être rendu dans l’espace prévu à cet effet; utilisez des écouteurs pour ne pas déranger vos voisins, etc. Un cadre a été fixé. Des limites ont été posées aux libertés individuelles. Pour le bien commun. Sachant que si tout le monde est libre de faire ce qu’il veut, alors personne ne peut l’être vraiment.

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C’est le paradoxe de la liberté – en particulier à une époque où de nouvelles technologies s’immiscent dans notre quotidien et le bouleversent sans que l’on en mesure encore bien l’impact. Pour éviter qu’elle ne dérive en une cacophonie purement individualiste et consumériste, il faut lui imposer des limites.

Et nous interroger aussi sur ce qui rend libre, réellement. Au-delà de la question du savoir-vivre, qui devrait nous inciter à utiliser avec parcimonie nos Smartphones dans les lieux publics, on peut légitimement se demander en quoi l’existence de trams, bus et trains garnis de passagers à la nuque courbée et au visage penché sur un écran, petit ou grand, est une preuve de l’émancipation de l’humanité. Que le silence règne ou non dans les wagons, que le virus soit vaincu ou non, la question demeure.

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