Primes maladie: le Jura s’autopsie

Le conseiller fédéral Alain Berset et le ministre jurassien de la santé Jacques Gerber en discussion avec le personnel soignant de l’Hôpital du Jura. Avec les députés jurassiens, Jacques Gerber réclame une réduction des réserves des assureurs. Le conseiller fédéral Alain Berset et le ministre jurassien de la santé Jacques Gerber en discussion avec le personnel soignant de l’Hôpital du Jura. Avec les députés jurassiens, Jacques Gerber réclame une réduction des réserves des assureurs.

Le canton du Jura scanne la santé de sa population alors que les primes maladie grimperont l’an prochain de 2%. Un pic en Romandie.

Excédée par des hausses qui délestent année après année les porte-monnaie des bas et des moyens revenus du canton, la classe politique jurassienne s’est révoltée à la fin du mois de septembre. Une semaine tout juste après avoir pris connaissance avec stupeur de la fixation des primes 2021 et de l’augmentation des primes jurassiennes de 2%, les députés du Parlement jurassien ont adressé une résolution aux Chambres fédérales pour qu’elles fassent en sorte que les réserves des caisses soient utilisées pour geler les primes 2021 et 2022. Des sommes qui, selon ce texte, devraient être utilisées pour financer aussi en partie les surcoûts liés à la crise sanitaire actuelle. D’autant que cette dernière met à mal un Hôpital du Jura surchargé et contraint parfois de transférer des patients dans d’autres cantons.

ACHARNEMENT THÉRAPEUTIQUE

La hausse des primes «est un renouvellement sans fin», s’indigne-t-on année après année dans les foyers jurassiens. La pilule est encore une fois difficile à avaler, car l’augmentation ne sera, en moyenne suisse, que de 0,5% l’an prochain. Si, dans le Jura, la hausse est restée plutôt modérée en 2020 (+0,5% contre +0,2% en Suisse), les primes avaient déjà pris l’ascenseur en 2019 (+2,4%) et frisé 5% d’augmentation en 2018. Pour l’an prochain, seul le Valais (+1,6%) talonne le Jura parmi les cantons romands. A Delémont, on se sent donc légitimement victime d’acharnement thérapeutique. Ces mauvaises nouvelles récurrentes suscitent l’ire de Jacques Gerber, ministre chargé autant de la santé que de l’économie. Très actif sur le front de la pandémie, ce libéral-radical réclame aussi une réduction des réserves des assureurs.

Il évoque des augmentations de primes «non justifiées» alors que son canton aurait fourni des efforts importants pour contenir la hausse des coûts de la santé. De plus, «les effets de la pandémie n’ont pu être réellement pris en compte dans la fixation des primes», dit-il. «Qu’on nous explique ce qu’est une situation exceptionnelle, alors», a-t-il encore lancé cet automne en lien avec la crise actuelle, regrettant par la même occasion que l’Office fédéral de la santé publique soit incapable de justifier ces hausses.

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UNE CAISSE UNIQUE?

Les partis de gauche dans le Jura veulent aller plus loin en instaurant une caisse maladie cantonale unique ou suprarégionale pour l’ensemble de l’Arc jurassien. «Mais je crains que notre gouvernement ne soit pas convaincu par cette idée», croit savoir Suzanne Maître-Schindelholz, du Parti chrétien-social indépendant (PCSI, centre gauche). «Une caisse supracantonale serait idoine, car le Jura est trop petit pour avoir sa propre caisse», relève-t-elle. Présidente de la Commission de la santé et députée au Parlement jurassien, elle a personnellement senti l’inquiétude monter en Ajoie, à Delémont ou encore dans les Franches-Montagnes ces derniers temps. Active au sein de la Fédération romande des consommateurs (FRC), elle a recueilli moult doléances en novembre.

«Beaucoup de Jurassiennes et de Jurassiens veulent changer de caisse, comme chaque année.» Et Suzanne Maître-Schindelholz de citer son propre exemple: «Ma prime va augmenter au total de 10% l’an prochain, celle de mon mari de 12%». Inutile de dire que le couple songe à aller voir ailleurs. Changer de caisse est d’ailleurs presque devenu un réflexe dans le Jura.

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Signataire de la résolution adressée aux autorités fédérales fin septembre, la députée jurassienne attend que ce texte soit traité avec toute la diligence voulue par la Commission de la santé du Parlement à Berne. «Mais je ne me fais guère d’illusions pour les primes 2021. Nous allons devoir y passer», concède-t-elle. Toujours est-il que «face à l’opacité des calculs, nous ne pouvons pas rester sans réagir ». Les signataires du texte ont cité à dessein les 11 milliards de francs de réserves des caisses. Des mesures transitoires sont demandées au Conseil fédéral. «Unique solution pour faire bouger les choses», estime Suzanne Maître-Schindelholz.

SANTÉ PLUS PRÉCAIRE

«Ma prime va augmenter au total de 10% l’an prochain, celle de mon mari de 12%.»En attendant des réformes structurelles, voire une refonte de la loi fédérale sur l’assurance maladie (LAMal), le Jura sonde la santé de ses habitants. Serait-elle plus précaire qu’ailleurs? Le Quotidien jurassien a enquêté le mois dernier sur cette anomalie jurassienne. Dans le canton, le taux d’hospitalisation serait l’un des plus élevés de Suisse avec 162 cas pour mille habitants contre 145,6 au niveau national. Autre élément qui justifierait la hausse des primes: la population y est plus âgée de deux ans que la moyenne suisse et les habitants consulteraient davantage le médecin.

Dans cette enquête, la présidente jurassienne des médecins de famille, Odile Philippin, avançait comme explication la ruralité propre au Jura: une proportion plus élevée de personnes sans formation post-obligatoire, un secteur tertiaire moins développé qu’à Neuchâtel ou dans l’Arc lémanique, une précarité socio-économique plus grande. Conséquence: davantage de malbouffe, de problèmes dentaires, de maux de dos, une tendance à abuser des substances,...

Au niveau psychique aussi, le Jura serait plus frappé que les autres cantons: un Jurassien sur cinq environ souffrirait de troubles nerveux, de cafard, de phases d’abattement. Des symptômes plus profonds, de type dépressif, toucheraient en outre près de 15% des habitants de cette région contre 8,6 % en Suisse.

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Par ailleurs, la solitude y serait moins bien vécue avec un taux de suicide restant l’un des plus élevés du pays, à peine dépassé par celui enregistré à Appenzell Rhodes-Intérieures, un autre canton rural. Enfin, selon les données de l’enquête suisse sur la santé (ESS), le taux d’incidence des accidents vasculaires cérébraux (AVC) est aussi plus fort dans le Jura.

Alain Meyer

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