Déprime caucasienne

Tristes journées dans le Caucase. Après six semaines de combats et 4000 morts, un «accord de paix» a été trouvé au Haut-Karabakh. Sous pression russe, les Arméniens cèdent sept districts de leur République autoproclamée d’Artsakh ainsi que plusieurs régions avoisinantes dont ils avaient pris le contrôle au début des années 1990.

L’Azerbaïdjan sort gagnant de cette guerre rapidement emportée mais longuement fomentée. En effet, chaque peuple suit, depuis trente ans, son propre chemin sans égards pour l’autre. L’Arménie en intégrant toujours plus le Haut-Karabakh à son territoire; l’Azerbaïdjan, devenu riche grâce au pétrole, en développant silencieusement sa puissance militaire afin de prendre sa revanche.

Aujourd’hui perdants, les Arméniens brûlent leurs maisons, les infrastructures et ce qu’ils ne peuvent emporter avec eux. Ils vident leurs églises, certaines vieilles de 800 ans, pour ne rien laisser à l’ennemi. Comment conjuguer le droit d’un peuple, arménien en l’occurrence, à l’autodétermination avec le droit d’un Etat, ici l’Azerbaïdjan, à l’intégrité territoriale? La question se pose depuis la création de l’Azerbaïdjan et l’intégration dans ses frontières du Haut-Karabakh en 1921. En cent ans, malgré toutes les discussions et négociations mises en place, elle n’a pas trouvé de réponse. Il est désespérant de voir comment, en un siècle, les discours et les attitudes n’ont guère évolué. Ainsi, du Bosphore à la Caspienne vibrent les cordes du nationalisme ethnico-religieux.Pour les Arméniens, toujours traumatisés par le génocide de 1915, les Azerbaïdjanais sont les «Turcs», c’est-à dire la menace existentielle fondatrice de leur psyché contemporaine. Les Azerbaïdjanais, encore choqués par le déplacement forcé de centaines de milliers de Kurdes et d’Azéris lors de la prise de contrôle par l’Arménie des régions entourant le Haut-Karabakh, s’appuient quant à eux sur un discours nationaliste et pan-turquiste. La Turquie d’Erdogan se fait d’ailleurs une joie d’y contribuer. Et en profite, en faisant miroiter la grandeur passée de l’Empire ottoman, pour unir sa population contre l’ennemi arménien – et chrétien – et s’imposer sur la scène internationale. 

Ainsi, du Bosphore à la Caspienne, dans ces régions riches de peuples et d’histoires, vibrent aujourd’hui toutes les cordes du populisme et du nationalisme ethnico-religieux. Pendant ce temps, le monde occidental reste coi et la Russie place ses pions. Comme si l’histoire du 20e siècle n’avait apporté aucune leçon, une vérité demeure: le vivre-ensemble est le plus difficile des arts.

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