Les ambitions de Joe

Et si Joe Biden n’était pas juste un antidote à Donald Trump? Vue de Suisse, la campagne électorale américaine a fait l’effet d’un one-man-show burlesque avec un Donald Trump ramenant sur lui tous les projecteurs, jouant au coq et twittant à un rythme effréné et un Joe Biden effacé, masqué, retranché dans son sous-sol tel un antihéros sans caractère.

Face à un président ubuesque, Joe Biden a généralement été présenté comme l’alternative raisonnable. Mais presque rien n’a été dit ou écrit à son sujet. Son programme? A part sortir les Etats-Unis de quatre ans de trumpisme, nul n’en avait grande idée. Ses convictions? Si ce n’est son opposition à Trump, bien malin qui pouvait en parler. Son parcours? On savait qu’il avait été sénateur pendant 36 ans et vice-président de Barack Obama, mais qui s’en souvenait vraiment?

«Joe Biden a proposé l’administration la plus progressiste de l’histoire américaine.»Pourtant, maintenant qu’il est élu, l’homme affiche bien d’autres ambitions: réforme de la police, lutte contre le racisme, réforme complète de l’immigration, hausse du salaire minimum à 15 dollars de l’heure, politique d’investissements publics – il souhaite consacrer notamment 2 trillions de dollars à la transition énergétique et au combat contre le changement climatique, soit vingt fois plus que Barack Obama, et créer un million d’emplois syndiqués... Selon une étude de l’Université Columbia, le programme de Joe Biden permettrait de sortir 20 millions d’Américains de la pauvreté. Et de changer le visage du pays... pour autant que la composition du Sénat lui permette d’aller de l’avant. «Sur le papier, Joe Biden a proposé l’administration la plus progressiste de l’histoire américaine», note le journaliste Franklin Foer dans le mensuel américain The Atlantic.

Quelles que soient ses ambitions, Joe Biden va d’abord devoir affronter le plus grand des défis: devenir, comme il l’a annoncé, «un président qui rassemble et non qui divise» dans un pays plus polarisé que jamais où la haine et le mépris sont devenus langage politique.

Durant les deux mois qui lui restent, Donald Trump va probablement faire son possible pour l’en empêcher en attisant la colère de ses partisans et en tentant, aux niveaux politique et administratif, de compliquer la prise de fonction de son successeur. Si Joe Biden parvient malgré tout à s’imposer comme un président qui rassemble, la mise en oeuvre de son ambitieux programme pourrait ensuite lui apparaître comme une promenade de santé.

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