Football: Guillaume Hoarau à Sion

Nouvel attaquant du FC Sion, Guillaume Hoarau est aussi un passionné de reggae, en témoigne son tatouage à la jambe. Nouvel attaquant du FC Sion, Guillaume Hoarau est aussi un passionné de reggae, en témoigne son tatouage à la jambe.

Après avoir fait les beaux jours de Young Boys, le Français Guillaume Hoarau joue aujourd’hui avec le FC Sion. Personnage hors norme, fan de reggae, il est aussi à l’aise balle au pied que guitare à la main.

En engageant Guillaume Hoarau, Christian Constantin, le président du FC Sion, a signé un joli coup double. Même à 36 ans, même après une ultime saison perturbée par les blessures, le Français originaire de La Réunion, qui plus jeune a fait les beaux jours du Paris Saint-Germain (PSG), reste un formidable buteur au jeu de tête redoutable du haut de son 1,92 mètre. C’est en bonne partie grâce à lui que Young Boys (YB), trois fois champion suisse consécutivement, de 2018 à 2020, a enfin détrôné le FC Bâle pour se hisser au sommet du football suisse.

«Au FC Sion, je veux montrer que je ne suis pas fini, que j’en ai encore sous les crampons. J’ai hâte de me faire adopter par les Valaisans. Et partout où j’ai passé, j’ai toujours gagné quelque chose», souligne-t-il. Mais on ne peut pas résumer Guillaume Hoarau à son seul talent de buteur. Personnage haut en couleur, joueur de guitare et chanteur de reggae, il est aussi, et peut-être surtout, un formidable élément motivant dans le vestiaire. Avec sa bonne humeur et sa décontraction, il est un leader capable de booster à tout moment le moral d’une équipe.

IL NE SE PREND PAS LA TÊTE

C’est ce qui a tant manqué au FC Sion ces dernières saisons et Christian Constantin en est conscient. Il compte sur Hoarau pour combler cette lacune: «Guillaume est un garçon très charismatique qui met de l’ambiance sans se prendre la tête. En plus, il va faire progresser nos jeunes en leur enseignant la malice du buteur».

Guillaume Hoarau, le baladin, le troubadour au pays au ballon rond, à la fois sûr de lui et plein d’humour, est guidé par une philosophie de vie empreinte de recul et de modestie. «La plus grande star est celle qui arrive à rester à sa place», disait-il récemment dans Le Matin. Et d’ajouter: «Aujourd’hui je continue simplement le voyage que j’ai commencé sur une petite île que beaucoup ne savent pas placer sur une carte».

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Ex-capitaine de YB, le Neuchâtelois Steve von Bergen est bien placé pour parler de l’importance du Français dans un vestiaire. «Même avant un grand rendez-vous, il est capable de rester tranquille et relax jusqu’à dix minutes avant le match puis, au dernier moment, de se mettre en mode compétition. Il a toujours le bon mot, le mot pour rire, pour calmer les autres. Il aime les gens, avoir du monde autour de lui.» Même avis chez Gérard Castella, chef de la formation à YB: «Toujours positif et jamais arrogant, Guillaume inspire confiance avec sa décontraction naturelle; il a quelque chose de très différent. Il amène de la bonne humeur sans être une grande gueule, comme on dit». Sur ses qualités de buteur: «Ce n’est pas un dribbleur, mais un vrai finisseur. Il sent le goal, il n’a pas besoin de 36’000 occasions pour mettre la balle au fond: il suffit de lui donner des bons ballons».

Durant les cinq saisons qu’il a passées au PSG, de 2008 à 2013, Guillaume Hoarau a marqué 38 buts. Il en a totalisé plus de 120 en six saisons sous le maillot de YB, terminant quatre fois de suite meilleur buteur du championnat. Le but, il en parle avec délectation. «Je suis attaquant et les attaquants ont besoin de marquer pour être en confiance. Le ballon, quand vous êtes en confiance, entre parfois dans la cage sans que vous sachiez comment. Sa meilleure place est au fond des filets et je suis payé pour le voir finir là-bas.» Dans le club parisien, il a joué aux côtés des plus grandes stars. C’étaient les débuts de l’ère qatarie et de la domination du club parisien sur le football français. «Je pourrai toujours dire que j’y étais. C’était un pur bonheur de côtoyer d’immenses champions comme Ibrahimovic ou Beckham. J’en ai profité au maximum. » Sa saison passée en Chine en 2014 s’est en revanche soldée par un échec, mais il ne regrette rien: «J’ai grandi. J’ai compris que, star à un endroit, vous n’êtes plus rien un peu plus loin».

A YB, il était venu pour un intérim de quatre mois. Il y est finalement resté six ans. Avec lui, le club a reconquis un titre de champion qui le fuyait depuis 32 ans. Et, aux yeux de tous, c’est Guillaume Hoarau qui a été le grand artisan de cette résurrection. «Chez nous à Berne, on se contente généralement d’être en retrait, on n’ose jamais dire que c’est nous les meilleurs, or Hoarau a changé les mentalités. Il a beaucoup aidé les jeunes. Et le public bernois a autant adoré l’homme que le footballeur », résume le journaliste Moritz Marthaler qui est train d’écrire un livre sur lui.

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SUISSE MON AMOUR

Le coup de foudre entre le Français et la capitale suisse a été réciproque. «A Berne, reconnaît Guillaume Hoarau, j’ai retrouvé une vie paisible presque comme à La Réunion, une stabilité que je n’avais plus connue depuis longtemps. On se sent en sécurité en Suisse. Les gens ont le sourire, les jeunes parlent plusieurs langues, le niveau d’éducation est incroyable. Je n’ai jamais couru après la lumière et la vie ici me convient parfaitement.»

S’il a été si bien adopté par les Bernois, c’est aussi pour son autre passion: la musique. Un des mollets de ce fan de reggae affiche un tatouage à l’effigie de Bob Marley. Avec lui, la guitare n’est jamais loin. «Pendant les stages de préparation, personne ne voulait avoir sa chambre à côté de celle de Guillaume, car après les entraînements vous aviez droit à tout le répertoire», ironise Steve von Bergen. «Je ne peux pas vivre sans musique. Certains footballeurs jouent au golf ou roulent en grosse bagnole pour décompresser. Moi je m’éclate avec ma guitare. La musique m’a toujours accompagné, je chante continuellement. C’est aussi une manière d’avoir une vie sociale normale.»

A plusieurs reprises, Guillaume Hoarau a chanté sur scène lors de la remise des récompenses du football suisse, les Swiss football awards. Et puis, comme une sorte de couronnement, il a donné un concert affichant complet au Bierhübeli, l’une des salles les plus prisées de la capitale. «La Berne non seulement sportive, mais aussi culturelle et politique, s’y était donné rendez-vous. C’était plein: il y avait plus de 600 personnes et en plus le concert était retransmis sur Teleclub. Un véritable triomphe même si Guillaume m’a avoué qu’il était plus nerveux avant un concert qu’avant un match», témoigne Moritz Marthaler. Intitulé Paname, son dernier disque est une ode à Paris, cette ville qu’il continue d’aimer. «Si légère et remplie d’espoirs. Ma belle, je t’aime, et j’avais besoin de te le dire», fredonne- t-il notamment. Il lui reste à faire danser les Valaisans. On peut lui faire confiance pour y réussir.

Bertrand Monnard

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