Enfants de personne

Et si les enfants disaient stop? S’ils se révoltaient et retournaient la violence contre leurs bourreaux adultes? Voilà l’idée de départ du film espagnol Les Révoltés de l’an 2000 qui choqua les spectateurs à sa sortie en 1976. Et qui continue de choquer – le public des cinémas du Grütli à Genève a pu le constater récemment en (re)- découvrant l’oeuvre dans sa version restaurée.

La fiction dérangeante de Narciso Ibáñez Serrador débute par des séquences réelles difficilement soutenables qui montrent des adultes maltraitant des gamins. Viennent ensuite des images d’archives des guerres du 20e siècle suivies du nombre d’enfants tués dans chaque conflit. Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, guerre de Corée, guerre du Vietnam, etc: qu’ils disparaissent sous les bombes ou qu’ils succombent à la famine, les plus petits sont toujours les premiers à mourir, nous dit le réalisateur ibérique, car ils sont les plus vulnérables. 

D’où cette réaction violente imaginée dans le film: sur une petite île espagnole, des gamins aux sourires hallucinés, comme hypnotisés par une force mystérieuse, commencent à attaquer leurs aînés. Une rébellion meurtrière appelée à devenir mondiale: à la fin de l’histoire, les gosses tueurs partent pour le continent afin de diffuser leur soif de vengeance contre une civilisation à la dérive, et dont les premières victimes sont les enfants.

Et si les enfants se révoltaient et retournaient la violence contre leurs bourreaux adultes?Difficile de ne pas faire le rapprochement avec Miguel Angel Tobar. Rebut de la société et de l’histoire, ce gamin du Salvador dont la vie est racontée à travers une enquête exceptionnelle  a été poussé depuis son enfance à tuer pour se soustraire à la violence des adultes. Il a ensuite été capté par un gang porté par les valeurs les plus néfastes composé en grande partie d’«enfants de personne». Des gosses abandonnés ou délaissés qui, comme lui, savent que personne ne les regrettera s’ils venaient à disparaître. 

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Ce sont ces rejetons de la guerre civile au Salvador dans les années 1980 et de la politique d’exclusion des Etats-Unis qui vident depuis des années l’Amérique centrale de ses habitants. En les poussant à rejoindre clandestinement la nation étoilée de Donald Trump. A l’image de l’explosion de violence meurtrière imaginée dans Les Révoltés de l’an 2000, l’émergence des gangs du Salvador est le résultat d’années de guerre et de choix politiques désastreux. Si les enfants sont l’avenir de l’humanité, les abandonner revient à nous abandonner nous-mêmes. La crise au Salvador s’éteindra le jour où les enfants de personne deviendront enfin ceux de quelqu’un.

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Oscar Martínez enquête depuis des années sur la violence qui ronge son pays. Son dernier livre, écrit avec son frère anthropologue, permet de comprendre pourquoi les Salvadoriens – à l’instar de leurs voisins honduriens et guatémaltèques – fuient vers les Etats-Unis.

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