Libre circulation: Nouveau non tessinois?

A gauche: Le Tessin prend souvent position contre l’immigration et les travailleurs frontaliers. A droite: Marina Carrobio (PS) et Marco Chiesa (UDC) représentent le Tessin au Conseil des Etats. A gauche: Le Tessin prend souvent position contre l’immigration et les travailleurs frontaliers. A droite: Marina Carrobio (PS) et Marco Chiesa (UDC) représentent le Tessin au Conseil des Etats.

Jusqu’à présent, le Tessin a toujours voté contre la libre circulation des personnes (LCP). Il l’a fait en 2000 (Bilatérales I), 2005 et 2009 (extension de la LCP) puis 2014 (large oui à l’initiative «contre l’immigration de masse», acceptée de peu par les Suisses).

L’explication est à trouver dans la situation particulière du canton qui connaît une immigration, un taux de frontaliers (28% des travailleurs), un chômage (6,8% l’an dernier selon le calcul du Bureau International du Travail (BIT) contre 4,4% en moyenne suisse) et une pression sur les salaires plus importants que les autres.

CHÔMAGE ET PRÉCARISATION

«Un Bernois peut seulement imaginer ces problèmes; moi, je les vis au quotidien.» Président de l’UDC Suisse, le conseiller aux Etats Marco Chiesa habite l’agglomération de Lugano et a une solution: l’initiative de son parti «pour une immigration modérée». Elle donne un an au Conseil fédéral pour mettre fin à la libre circulation, une proposition qui pourrait séduire outre-Gothard. «Ce n’est toutefois pas une question tessinoise, signale l’élu. Dans l’arc lémanique, le taux de chômage BIT est passé de 3,8% en 2002 à 7,4% en 2019 et la précarisation des résidents est flagrante.» L’autre représentante du Tessin au Conseil des Etats, la socialiste Marina Carobbio, reconnaît «des problèmes surtout dans les zones frontalières avec plus de précarité et une pression vers le bas sur les salaires», mais s’empresse de préciser que «cette initiative ne résoudra pas les problèmes.» Sans libre circulation, la Suisse aurait une immigration de qualité au lieu d’une immigration de masse, dit Marco Chiesa. «On remplace les résidents par des travailleurs plus jeunes et bon marché venant de l’UE, déplore-t-il. Avant, on choisissait les compétences dont notre pays avait besoin et on devait former les ressources sur le territoire.»

PAS MIEUX AVANT

Marina Carobbio ne veut pas de cet avant. «La situation n’était pas meilleure qu’aujourd’hui et les conditions des saisonniers étaient humainement inacceptables, rappelle- t-elle. Il faut renforcer la protection des travailleurs, pas renoncer aux Bilatérales I.» Ce paquet comprend sept accords, dont la libre circulation, et la dénonciation de l’un entraînerait celle des autres. L’UDC n’y croit pas, certaine que l’UE maintiendra des accords dont elle profite davantage que la Suisse. «Prenez le traité agricole: on achète plus de fromage qu’on n’en vend. Ou l’accord sur les transports terrestres: il permet aux camions européens de traverser la Suisse à prix avantageux », pointe Marco Chiesa. «On ne sait pas comment l’Union européenne va réagir, rétorque Marina Carobbio. Elle avait pris des mesures après le vote de 2014 (ndlr: elle avait écarté la Suisse de programmes d’échanges d’étudiants et de recherche) et on voit les problèmes de la Grande-Bretagne. C’est une incertitude qui nous coûtera des places de travail.»

La socialiste craint aussi une précarisation des travailleurs du fait de la fin des mesures de protection qui accompagnent la libre circulation. Son collègue UDC redoute, lui, en cas de «non» à l’initiative, une Suisse à dix millions d’habitants et une pression accrue sur le marché du travail, les infrastructures et l’environnement. Les citoyens trancheront le 27 septembre, 20 ans après l’acceptation des Bilatérales.

Jérôme Favre

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