Thaïlande: les jeunes et le roi

Inspirés par la jeunesse de Hong Kong, les étudiants thaïlandais bravent le pouvoir. Inspirés par la jeunesse de Hong Kong, les étudiants thaïlandais bravent le pouvoir.

En Thaïlande, des milliers d’étudiants manifestent depuis le mois de juillet. Les jeunes aspirent à plus de démocratie et critiquent la monarchie – un sujet jusqu’ici totalement tabou.

LA GOUTTE DE TROP?

La grogne a commencé en février avec la dissolution du Parti du nouvel avenir. Plébiscité par la jeunesse, il était devenu en 2019 la troisième force au Parlement. La Cour constitutionnelle l’a interdit pour dix ans pour un motif obscur. Puis le coronavirus a été prétexte à quantité de décrets d’urgence alors que la Thaïlande ne compte plus aucun cas depuis mai. En juin, un opposant exilé au Cambodge a été assassiné; les manifestations ont débuté en juillet alors que les étudiants avaient sous les yeux l’exemple de la jeunesse de Hong Kong.

TROIS DOIGTS LEVÉS?

En classe, les élèves thaïlandais se prosternent devant leurs professeurs. «L’école est la première des dictatures », peut-on lire sur des pancartes de manifestants. C’est toute l’organisation ultra-hiérarchique de leur pays que dénoncent les jeunes activistes, qui ont adopté comme signe de ralliement les trois doigts levés des insurgés de la dystopie Hunger Games, dans laquelle une adolescente défie la dictature.

UNE INCARNATION DE VISHNOU?

Au sommet de la hiérarchie thaïlandaise, le roi est censé être un avatar du dieu Vishnou. La monarchie absolue a été abolie en 1932, mais le Parlement est contrebalancé par le Sénat dont les membres, nommés, sont au service des intérêts royaux. L’armée, alliée à la couronne depuis les années 1950, enchaîne les coups d’Etat à raison d’un tous les six ans en moyenne; et la Cour constitutionnelle dissout les partis politiques et démet les Premiers ministres à son gré – ces «coups d’Etat judiciaires» sont signés de la main du roi.

QUE VEULENT LES JEUNES?

Un homme arborant un tee-shirt «J’ai perdu la foi en la monarchie» a été interné de force dans un hôpital psychiatrique en juillet. En réponse, un hashtag a fleuri sur Twitter: «Je n’ai pas perdu la foi en la monarchie, je ne l’ai jamais eue». L’abolition de la royauté n’est pourtant pas une demande du mouvement – les manifestants s’exposeraient sans doute à de trop gros risques. Mais leurs dix revendications concernent le roi. Notamment l’abolition de la loi de lèse-majesté qui punit de 3 à 15 ans d’emprisonnement toute critique envers le monarque, l’interdiction pour le roi de valider les coups d’Etat et la séparation des biens personnels du roi de ceux de la couronne – détenteur de plusieurs dizaines de milliards de dollars, Rama X serait le souverain le plus riche du monde.

QUE DIT LE ROI?

Pour l’instant, le pouvoir laisse faire. Le roi ne fait pas allusion aux manifestants. Il faut dire qu’il passe le plus clair de son temps en Allemagne avec ses vingt concubines. Son attitude est pour beaucoup dans le discrédit de la monarchie: alors que son père, Rama IX, vénéré, visitait toutes les régions du pays et s’adressait régulièrement à la nation, Rama X, sur le trône depuis 2016, s’est confiné dans un hôtel de luxe bavarois au moment de la crise du coronavirus. Les manifestations étudiantes pourraient délier les langues d’une majorité jusqu’alors silencieuse, mais ulcérée.

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