COVID-19: Voyages à l’arrêt

Pour les vacances, une partie des Suisses visitent leur pays (ici le lac de Zurich), ce qui permet à des entreprises comme Buchard voyages, spécialisée dans les séjours à l’étranger, de limiter la casse. Pour les vacances, une partie des Suisses visitent leur pays (ici le lac de Zurich), ce qui permet à des entreprises comme Buchard voyages, spécialisée dans les séjours à l’étranger, de limiter la casse.

Reprendre les affaires en juin: voilà ce qu’espérait Buchard voyages, le numéro un du transport en car en Suisse romande, au début de la pandémie. Cinq mois plus tard, l’entreprise dont l’Italie est la destination phare a dû procéder aux premiers licenciements. Malgré le succès de ses voyages en Suisse.

«Les quatre plus beaux pays du monde? La Suisse, die Schweiz, Svizzera et Switzerland.» Privée de ses destinations phares comme l’Italie et la France, Buchard voyages, qui transporte chaque année 100’000 clients vers 150 régions du monde via des vols et des croisières, fait de son mieux pour convaincre sa clientèle de passer ses vacances en Suisse.

Quand l’Echo visitait pour la première fois son siège, à Leytron, à deux coups d’accélérateur des bains de Saillon, l’Italie venait d’être placée en quarantaine (9 mars). Le premier vrai choc d’une longue série liée à la COVID-19. Quant à la Suisse, sa situation, jugée «particulière» depuis le 28 février, était en passe de devenir «extraordinaire» (16 mars) sans que chacun mesure l’énormité du changement.

Buchard voyages, dépendant de l’étranger et dont la clientèle correspond à la catégorie la plus vulnérable au coronavirus, sentait le sol se dérober sous ses roues depuis longtemps déjà. Fin février, le Carnaval de Venise était interrompu et elle faisait face aux premières vagues d’annulations. C’était bien avant la fermeture des écoles dans notre pays et avant le confinement. A l’instar des acteurs du tourisme et de l’événementiel, la pandémie a frappé le numéro un du transport en car en Suisse romande plus vite et plus durement que n’importe quelle autre entreprise. Depuis, ses cars luttent pour ne pas sortir de la route.

BREF INSTANT D’EUPHORIE

On s’imagine donc bien, en retournant à Leytron en ce début du mois d’août, que la situation ne s’est guère améliorée. Sans compter que depuis des semaines, le spectre d’une deuxième vague plane sur l’Europe. Des villes, et même des régions sont une fois de plus placées en quarantaine.

2020 EM33 17Aa«Après deux mois d’absence, retourner au travail a fait du bien à tout le monde.»«Si vous êtes venu pour savoir si ça allait mieux, vous risquez d’être déçu», lâche une voix navrée dans un bureau. Sur les 210 employés travaillant en Valais, mais également à Aubonne (VD) et Ecuvillens (FR) où la société possèdent des agences, 135 sont désormais au chômage technique. La trentaine de bus luxueux de la flotte Buchard a déposé ses dernières plaques le jour de l’entrée en vigueur du confinement en Suisse… il y a cinq mois! Seuls quelques véhicules ont repris la route depuis. La mort dans l’âme, la direction a été forcée de licencier cinq chauffeurs. Du jamais-vu depuis la fondation, en 1953, de cette compagnie restée en mains familiales.

«Lors de notre première rencontre, se souvient Nicolas Emery, responsable des finances, en nous accueillant à la cafétéria, nous espérions un peu naïvement que les affaires reprendraient en été. Il y a bien eu un moment d’euphorie à la fin du confinement, mais…»

Mais? «Début juin, raconte le cadre qui ne travaille plus qu’à mi-temps, les téléphones ont recommencé à sonner. Les gens voulaient repartir en vacances: nous avons donc rouvert les agences. La compagnie d’aviation avec qui nous organisons des vols au départ de Sion vers Majorque voulait qu’on reparte alors on est repartis. Après deux mois d’absence, retrouver tout le monde nous a fait beaucoup de bien.»

Alors que Nicolas Emery et ses collègues recommencent à y croire, les nuages infectieux pointent une fois de plus à l’horizon. Nouveaux foyers, pays sur la liste rouge, clusters... Fin juillet, la Grande-Bretagne impose la mise en quarantaine de tous les voyageurs revenant d’Espagne. «A partir de ce moment-là, nous n’avons plus enregistré de nouvelles inscriptions pour ce pays et les demandes d’annulation ont plu. Cela alors que nos clients revenaient de Majorque enchantés. Les mesures sanitaires y sont drastiques. Il y a très peu de monde, le port du masque est obligatoire partout et tout est désinfecté à longueur de journée.»

L’ANVERS DU DÉCOR

Deux jours plus tard, autre coup de massue: un reportage de la RTS à Anvers, où le couvre-feu a été instauré, entraîne vingt annulations en deux jours pour un voyage en Belgique. Pire: une partie des clients qui avaient accepté, plutôt que d’être remboursés, de repousser leurs vacances d’été à août, septembre et octobre commencent à annuler.

«En France, relève Nicolas Emery, un décret national a ordonné que l’on ne touche pas à l’argent lié au tourisme durant six mois: une bonne nouvelle pour nos voisins, mais pas pour nous qui avions versé des acomptes de ce côté-ci de la frontière. Hôtels, avions… rien ne nous a été remboursé. En Suisse, une majorité de nos clients ont heureusement fait preuve de compréhension.» Mais aujourd’hui, certains commencent à perdre patience. «Ça se comprend et nous ne pouvons pas refuser de les rembourser. Les banques, elles, ont accepté de geler les leasings et les remboursements hypothécaires, mais ça ne peut pas durer éternellement.» Au milieu de cet océan de mauvaises nouvelles, une lueur d’espoir rouge à croix blanche: «Ce qui nous sauve, c’est la Suisse, déclare le responsable des finances. A l’étranger, il y a le risque d’être bloqué en quarantaine et la peur de tomber malade loin de chez soi. En Suisse, les gens ont moins de craintes. Le port du masque n’est pas obligatoire pour l’instant dans les bus privés. Nous le recommandons comme dans les transports publics, mais la majorité des voyageurs ne le mettent pas».

Les destinations qui marchent? «Les Grisons cartonnent. Idem pour notre tour des sommets de Suisse, qui fait le plein, et d’autres destinations comme Appenzell et le Tessin.» Autre bouée de sauvetage: les transports publics fribourgeois et lausannois. «Avec nos bus, nous assurons les liaisons sur les lignes CFF en travaux entre Fribourg et Berne. Décrocher ce mandat nous a remonté le moral. Et celui des chauffeurs qui n’avaient pas roulé depuis mi-mars.»

LA FIN DE LA «RHT»?

En Valais, la vingtaine d’employés de l’atelier de carrosserie a pu continuer à travailler grâce à l’entretien des cars postaux dont Buchard voyages s’occupe. «En plus, 25 de nos chauffeurs conduisent pour La Poste, ajoute Nicolas Emery. Avec la fermeture des écoles, ils sont passés à 50%, comme durant l’horaire d’été», mais ont ensuite repris une activité normale. «Sans l’aide de l’Etat, qui prend en charge la majeure partie du salaire des travailleurs à travers la RHT (réduction de l’horaire de travail), nous ne pourrions pas survivre, reconnaît le responsable. Mais ça ne solutionne pas tout. Sans compter qu’en cas de licenciement, c’est à nous d’assurer le salaire pour respecter le délai de préavis.»

2020 Em33 18AAutre inquiétude: la RHT «spécial COVID-19» décrétée par le SECO, qui prenait en compte les personnes employées sur appel ainsi qu’une bonne partie des auxiliaires, cesse en septembre. «Une trentaine de nos collaborateurs ne seront plus protégés », déplore Nicolas Emery. Ces préoccupations, le Valaisan a pu les transmettre la semaine dernière à Isabelle Moret (PLR/VD), présidente du Conseil national, et au président du Conseil des Etats, Hans Stöckli (PS/BE), venus rencontrer des entreprises valaisannes. «Nous avons l’espoir d’être entendus lors de la rentrée parlementaire.»

A l’atelier aussi, le travail commence à manquer. Certains ouvriers sont au chômage technique. «En attendant que les cars postaux reprennent la route, nous réparons les camions. Nous devons tous nous réinventer et chercher du travail là où il y en a», conclut Nicolas Emery.

 

Deux mois d'arrêt

«Jusqu’à la fin de l’été, on était relativement bien protégés, estime Nicolas Emery. Quand on a compris qu’on ne roulerait plus jusqu’à juin, on a mis l’ensemble des véhicules au garage et fermé nos agences. C’était dur mais clair. Les avions étaient cloués au sol, les bateaux restaient à quai, ce qui simplifiait la discussion avec les banques et les assureurs suisses et étrangers. Idem pour nos fournisseurs et nos clients. En revanche, depuis la fin du confinement, tout est flou, incertain. Les frontières ont rouvert, mais une deuxième vague menace. On peut relancer les voyages en Suisse, mais pas à l’étranger… Ou alors avec des conditions changeant d’un jour à l’autre. Buchard voyages dessert habituellement toute l’Italie, la France et des dizaines d’autres pays d’Europe et du monde. Si nous devions compter uniquement sur la Suisse à l’avenir, notre entreprise serait clairement surdimensionnée. Il nous semble de plus en plus illusoire de penser que Buchard voyages va continuer à exister tel que nous le connaissions.»

CeR

 

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