Mexique: vers un changement?

A gauche, El Marro lors de son arrestation le 2 août. A droite: l’ancien patron de PEMEX, Emilio Lozoya, extradé d’Espagne il y a un mois. A gauche, El Marro lors de son arrestation le 2 août. A droite: l’ancien patron de PEMEX, Emilio Lozoya, extradé d’Espagne il y a un mois. Keystone

L’un a pillé de l’intérieur la compagnie pétrolière d’Etat PEMEX. L’autre, chef de gang, a organisé le siphonnage des oléoducs. Tous deux ont été arrêtés. Le signe d’un changement au Mexique?

EMILIO LOZOYA?

Il était un des hommes les plus puissants du Mexique. Très proche de l’ancien président Enrique Peña Nieto (2012-2018), qui l’avait placé à la tête de l’entreprise parapublique Petróleos Mexicanos (PEMEX), le financier diplômé de Harvard avait dû démissionner quatre ans plus tard. Accusé entre autres d’avoir reçu 10,5 millions de dollars de l’entreprise brésilienne Odebrecht en échange de marchés publics dans les Etats pétroliers de Veracruz, Hidalgo et Tamaulipas, Emilio Lozoya avait fui en Europe. Arrêté à Malaga le 12 février, il a été extradé six mois plus tard vers Mexico où son procès se prépare.

EL MARRO?

C’est le surnom de José Antonio Yépez. Le chef du cartel de Santa Rosa de Lima, qui sévit dans l’Etat de Guanajuato, au centre du pays, était l’un des criminels les plus recherchés du pays. Il a été arrêté le 2 août par l’armée. On l’accuse de diriger une puissante organisation criminelle spécialisée dans le forage d’oléoducs pour détourner du carburant destiné au marché noir. El Marro était le roi du huachicol. Décrivant à l’origine le fait de mélanger différents alcools, ce terme a été repris pour désigner les chauffeurs de camions-citernes qui, au Mexique, ont pris l’habitude de siphonner une partie de leur cargaison pour la revendre en douce. Pour éviter de se faire pincer, ils remplacent la quantité volée par de l’eau ou un autre liquide. Aujourd’hui, le terme fait référence à l’ensemble du trafic de carburant qui a pris une ampleur inédite depuis les années 2000 et dont la victime principale est PEMEX.

PEMEX, FIERTÉ NATIONALE?

Enfant de la révolution (1910-1920), «l’entreprise du peuple» est devenue, avec la Vierge de Guadalupe, le symbole de l’identité et de la fierté mexicaines. Protégée par la Constitution, qui considère le pétrole comme une ressource stratégique d’intérêt national, PEMEX est depuis 1938 la seule entreprise habilitée à exploiter les sous-sols du pays et tout ce qui en est extrait – l’or noir était jusque-là en mains anglo-américaines. A travers ses activités de production, de transport, de raffinage et de commercialisation de pétrole et de gaz naturel, l’ancien fleuron international de l’or noir a généré jusqu’à la moitié du PIB du Mexique.

ENTREPRISE SABORDÉE?

Privatisation, corruption, détournement de fonds et contrebande de carburant à grande échelle ont pourtant finit par saborder PEMEX. Désormais incapable de raffiner son pétrole lui-même, le Mexique est obligé de le vendre à son voisin du nord avant de le lui racheter, très cher, sous forme d’essence.

FIN DE LA CORRUPTION?

Elu triomphalement en 2018 sur la promesse de mettre fin aux gasolinazos, ces hausses du prix de l’essence débouchant sur des émeutes et le pillage de stations-service, le nouveau président de gauche, Andrés Manuel López Obrador, semble agir: tant le criminel en col blanc Emilio Lozoya qu’El Marro ont contribué à la mise à sac de PEMEX et donc à l’explosion des prix. Leur condamnation serait un signal positif pour les millions de Mexicains plongés dans la précarité par les gasolinazos.

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