Le regard de l'Echo sur Hiroshima

L’Echo fête ses 90 ans toute l’année. Si la série de portraits de lecteurs lancée pour l’occasion a été suspendue en raison de la pandémie, vous avez pu redécouvrir en début d’année l’histoire de votre hebdo préféré, avec un éclairage sur la presse confessionnelle et une plongée dans le quotidien des téléphonistes de l’Echo – le trio, désormais rejoint par Alicia, vous salue bien!

A travers des enquêtes déjà publiées (sur la presse romande, par exemple) ou à venir, l’Echo Magazine se questionne aussi sur son rôle et sa place dans les médias aujourd’hui. Toujours dans l’idée de fêter dignement ses 90 ans, votre magazine reproduit régulièrement des articles sortis de ses archives. L’occasion de résoudre un «vieux jeu», mot croisé ou labyrinthe accompagné d’un dessin en noir et blanc sentant bon les années 1960 ou 1970, que vous retrouvez de temps en temps en fin d’édition. D’anciens articles marqués d’une pastille rouge «90 ans» vous replongent dans le passé. Il y a trois semaines (EM29), une archive de juillet 1951 évoquait par exemple l’existence d’un 23e canton, de ces «200’000 Suisses de l’étranger» qui «ne sont pas une force perdue pour le pays», mais «contribuent partout au bon renom de la Suisse».

LE JAPON CAPITULE

echo japon 45A 75 ans de l’explosion de la bombe nucléaire sur Hiroshima, le 6 août 1945, nous vous proposons de (re)-découvrir ce que l’Echo a écrit sur ce terrible évènement. A l’époque des faits, mais également lors de commémorations postérieures. Premier constat: au lendemain de l’attaque nucléaire qui faucha 80’000 personnes en cinq secondes (avant d’en tuer bien plus suite aux retombées radioactives), ce n’est pas la bombe qui fait la Une, mais la capitulation du Japon.

Parmi les six pages consacrées au sujet, des photos des acteurs principaux de l’évènement (l’impératrice du Japon et son fils sont au centre de l’archive reproduite en page de droite), un résumé des combats («8 ans de guerre en Extrême-Orient») et un article très scientifique plein de formules chimiques. Intitulé «A propos de la bombe atomique: la transmutation des atomes», le texte relève dans le dernier paragraphe qu’«il est horrible de penser que la première utilisation de l’énergie intra-atomique ait été homicide», mais estime qu’on peut «rationnellement espérer que les radioéléments découverts jusqu’à ce jour serviront aux physiciens, aux astronomes, aux médecins, aux techniciens» pour étendre leurs connaissances, améliorer les «moyens thérapeutiques» et «fournir des moteurs » qui «feront mettre au vieux fer nos ‘modernes’ moteurs électriques et moteurs à explosion»...

«Témoin en enfer, pourquoi suis-je vivant?», se demande un rescapé. On mesure, 25 ans plus tard, le chemin parcouru: le Père Dominique Pire parle, en 1970, de «l’arme de destruction massive la plus puissante qui ait jamais été imaginée par l’homme dans l’engrenage diabolique d’anéantissement où il s’est engagé». Pour les «cinquante ans de la bombe», en 1999, le journaliste Pierre Bernhardt relève qu’«il n’est pas certain que ce soit le bombardement atomique qui ait mis fin à la guerre. Le Japon, à terre, avait encore trop d’orgueil... On se demande jusqu’où seraient allés les militaires nippons sans l’entrée en guerre d’un nouvel adversaire: l’Union soviétique ». Plus loin, un reportage emmène le lecteur au Japon à la rencontre des hibakushas. Les témoignages de ces rescapés de la bombe, désormais presque tous morts, rappellent le traumatisme qui hante les survivants. «Témoin en enfer, pourquoi suis-je vivant?», se demande un Japonais pris en photo dans une maison de soins.

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