En quête de touristes

En quelques mois, un virus venu de Chine a mis le monde à genoux. Surnommé le virus de la mondialisation, il s’est répandu comme une traînée de poudre sur la planète, essentiellement à la faveur des voyages en avion et en bateau.

Le «grand confinement» imposé à la moitié de l’humanité pour y faire face va avoir des conséquences incalculables sur l’économie mondiale, comparables à celles de la Grande Dépression de 1929. Notamment pour les pays en développement.

La Tunisie, par exemple, va essuyer la pire crise économique depuis l’indépendance. Dans ce pays très ouvert sur l’extérieur, le tourisme sera l’un des secteurs les plus touchés: il pèse environ 12% du PIB, emploie près d’un actif sur dix et fait vivre 400’000 familles. Si l’espace aérien reste fermé après le déconfinement, les touristes européens ne viendront pas et les locaux ne pourront pas combler les pertes, d’autant plus qu’ils seront plombés par la crise.

De l’autre côté de la Méditerranée, toujours plus de citoyens désireux de sauver la planète voient dans la crise de la COVID-19 une opportunité sans précédent de protéger le climat. En commençant par ne pas remettre les pieds dans un avion et passer les vacances au pays. L’intention est louable, nécessaire même, dans le cadre du changement de paradigme de l’Agenda 2030 de développement durable, mais elle risque d’enfoncer encore davantage les pays dont l’économie dépend des touristes. On objectera que ces pays ont été mal conseillés, qu’ils ont choisi un modèle de développement non durable et misé sur un secteur volatile par excellence. Un secteur qui pâtit du moindre attentat, de la crise sanitaire ou de la prise de conscience écologique des Européens. Le gouvernement tunisien l’avait compris bien avant la crise: il invitait déjà à investir les capitaux étrangers dans des secteurs «porteurs», à haute valeur ajoutée – électronique et mécanique – ou employant une main-d’oeuvre importante, comme le textile. Pas dans le tourisme. Miser sur les investissements étrangers dans l’industrie d’exportation n’est pas durable, car ils sont très sensibles aux secousses provoquées par des facteurs extérieurs. Lors de la crise économique mondiale de 2008, les pays en développement et les pays émergents ont été gravement touchés. Ceux qui, sous la pression de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, ont développé un modèle économique axé sur les exportations et se sont rendus fortement dépendants des investissements étrangers ont été les plus affectés.

La crise de la COVID-19 a montré l’impérieuse nécessité de repenser la mondialisation. Cela prendra du temps. Comme l’a dit quelqu’un, il faudra aller aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire.

Isolda Agazzi

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