US go home?

Donald Trump en visite sur la base américaine de Ramstein en 2018. Donald Trump en visite sur la base américaine de Ramstein en 2018. Keystone

Trump envisage de retirer le quart des troupes américaines en Allemagne. Bluff? Punition contre Berlin? Ou tournant géopolitique?

9’500 SOLDATS?

Le Wall Street Journal l’a divulgué: le président américain Donald Trump a demandé au Pentagone, le département de la défense, de rapatrier d’ici l’automne 9’500 soldats sur les 34’500 stationnés dans 21 bases militaires en Allemagne. Une cure d’amaigrissement de plus du quart de l’effectif (qui pourrait être transféré en Pologne, considérée comme un partenaire fiable des Etats-Unis), ce n’est pas rien pour la nation d’Angela Merkel. Cela toucherait aussi l’ancrage central de Washington au sein de l’OTAN en Europe.

LA RÉACTION DE L’ALLEMAGNE?

Officiellement prise de court. Inquiète au plan politique, à l’exception du parti Die Linke en raison de l’antiimpérialisme de l’extrême gauche. Une gifle de plus pour Angela Merkel, non consultée pour le coup. La relation entre Washington et Berlin n’est pas au beau fixe.

LES REPROCHES AMÉRICAINS?

Richard Grenell, ambassadeur étasunien en Allemagne (il vient de quitter son poste), a critiqué les choix de Berlin – gazoduc Nord Stream 2 avec la Russie, excédent commercial allemand, nucléaire iranien, absence de Merkel au G7, etc. – au point de ne plus être en odeur de sainteté outre-Rhin. Trump reproche notamment à son partenaire germanique de ne pas augmenter ses dépenses militaires, soit de vivre à ses crochets. Ce n’est pas faux: le budget de la défense allemand devrait s’élever à au moins 2% de son PIB, comme le stipule l’OTAN. Il est actuellement de 1,37% contre 3,2% pour les Etats-Unis. L’objectif affiché par Berlin est qu’il s’élève à 1,5% en 2025.

UN CADEAU POUR LA RUSSIE?

C’est l’analyse dominante. Réduire le nombre des soldats américains à 25’000 au sein de l’OTAN, qui traverse aussi une mauvaise passe (tensions internes avec la Turquie entre autres), serait une aubaine pour Moscou. Affaiblir l’alliance transatlantique reviendrait à renforcer l’ours russe qui a planté ses griffes en Crimée. Vraiment? Cela témoigne surtout d’une relation de dépendance inavouée des Européens avec l’Amérique. De leur difficulté à bâtir une force continentale autonome. D’une hypocrisie aussi: le multilatéralisme prôné par les démocraties européennes disparaît dès que le spectre de Vladimir Poutine est invoqué; on passe alors à une relation frontale, manichéenne, alignée sur Washington.

LA GUERRE FROIDE?

Les militaires américains en Europe sont un héritage de la guerre froide. Certes, Washington n’oublie pas l’Allemagne, sa plaque tournante vers le Grand Moyen-Orient. Mais l’Amérique reconfigure sa puissance. Elle considère de plus en plus ouvertement le Vieux continent comme un théâtre d’opérations secondaire. Elle se retire d’institutions internationales (OMS, UNESCO). La politique «isolationniste » de Trump concentre ses forces en Asie, face à la Chine, son grand rival au 21e siècle. Cela a déjà commencé sous Barack Obama. Et risque fort de se poursuivre quel que soit le prochain locataire de la Maison-Blanche.

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