«Il est temps de sortir des murs de nos églises»

Retransmission sur la page Facebook et le site internet de la messe de Pâques de l’église Saint-Pierre de Charenton-le-Pont (Val-de- Marne). Une solution pour garder le lien. Retransmission sur la page Facebook et le site internet de la messe de Pâques de l’église Saint-Pierre de Charenton-le-Pont (Val-de- Marne). Une solution pour garder le lien. Corinne Simon/Ciric

S’il les a privés de la messe et des célébrations, le confinement a stimulé la créativité des catholiques de Suisse romande. Echos de ce qui s’est vécu.

Anne Collaud, Grolley (FR)

Membre duBureau romand de l’apostolat des laïcs.

«J’ai pu nourrir ma foi par des lectures spirituelles et les messes et célébrations diffusées par les médias. L’acte de communion spirituelle m’unissait à Dieu: ces moments étaient très forts malgré le manque sacramentel. Après les cérémonies, le partage en couple nous a aidés à cheminer ensemble. Avoir fait l’expérience de vivre ma foi sans contraintes horaires et de cadre m’a été bénéfique. Quant à la communauté, elle se sentira plus soudée et fidèle à cause du manque qui aura créé le désir.»

Abbé Jean-Claude Dunand, Nyon (VD)

Curé modérateur de l’unité pastorale Nyon-Terre Sainte.

«L’absence de messes et de célébrations fut un manque et une motivation pour réfléchir et développer la notion de communauté. Une paroissienne m’a proposé de retransmettre des messes sur YouTube pour maintenir le lien avec les paroissiens et certains ont été associés à l’animation de leur domicile. Cependant, le privilège de célébrer et de communier, seul ou avec trois ou quatre personnes, face à des portraits de paroissiens ne pouvant se rassembler m’a interpellé et laissé un sentiment de malaise. Après la communion, j’introduisais la prière de communion spirituelle proposée par le pape François et une personne la lisait de chez elle: ce moment de communion intense provoquait en moi de l’émotion. Le besoin communautaire devra trouver d’autres moyens et d’autres lieux pour s’exprimer. Laissons l’Esprit travailler et soyons ouverts à l’audace et à la nouveauté!»

Yvan Delaloye, Hérémence (VS)

Agent pastoral, président de la Communauté romande de l’apostolat des laïcs, responsable cantonal du Mouvement d’apostolat des enfants et préadolescents.

«Notre curé Claude Pauli a célébré tous les dimanches et durant la semaine sainte des messes qui ont été retransmises sur YouTube. J’ai pu y participer quelquefois. Mais la communauté paroissiale m’a manqué. Nous avons aussi mis en place des moyens pour garder le contact avec les paroissiens et les enfants suivant un parcours de catéchèse par le feuillet «Vie de nos communautés», envoyé par courriel et que l’on trouvait au fond des églises (Evolène, Hérémence et Vex); nous avons proposé des actions pour la semaine sainte et, pour la fête des mères, un tout-ménage. Il est temps de sortir des murs de nos églises et de trouver des solutions pour atteindre les personnes plus jeunes, qui ne se retrouvent pas dans l’Eglise actuelle.»

Abbé Pierre Jaquet, Genève

Curé modérateur de la paroisse Notre- Dame.

«Très vite, l’éclipse de la vie communautaire m’a interrogé: on pouvait aller faire ses courses, mais plus se rassembler pour chanter, prier, recevoir l’eucharistie. Nous avons développé les liens par les courriels et le site internet de la paroisse, la prière et la messe par des vidéos trois fois par semaine. Vivre l’eucharistie tronquée d’une assemblée visible fut pour moi l’occasion d’approfondir cette parole de Jésus: ‘Vous êtes des serviteurs inutiles’. Le retour de la messe est une joie! Il est important de redonner confiance aux fidèles. L’arrêt durant deux mois, la reprise avec des limitations, la crainte, l’âge ne feront se reconstituer nos assemblées que lentement. Et je crains une mise à l’épreuve du noyau des fidèles engagés.»

Audrey Boussat, Genève

Organisatrice de la messe animée par les jeunes et coresponsable de L’Essentiel pour l’unité pastorale Nyon- Terre Sainte.

«L’absence de messes a renforcé mon envie de m’y rendre plus régulièrement. Les quelques célébrations que j’ai suivies sur YouTube m’ont confortée dans ce désir. Je les ai vécues avec la même intensité que si j’avais été dans une église: j’ai tout autant ressenti la présence du Seigneur dans mon canapé, en face de mon ordinateur, une bougie allumée à côté de moi. Où que nous soyons, il nous rejoint. J’ai découvert une Eglise qui s’adapte avec rapidité et brio. Je ne souhaite pas que les plateformes numériques supplantent les rencontres, car le contact humain est très précieux pour les communautés.»

Raphaël Deillon, Fribourg

Responsable des Pères Blancs de Suisse.

«Nous avons eu la chance de pouvoir célébrer l’eucharistie tous les jours, étant une communauté de prêtres. Mais j’ai ressenti très fort l’absence des fidèles et éprouvé de la compassion pour eux. Ils étaient là par la pensée et le coeur, mais rien ne remplace la rencontre physique. J’ai ressenti une grande frustration de la part de personnes qui vivaient le confinement avec courage. Cet arrêt soudain des célébrations eucharistiques a mis au jour le fait que nous sommes tributaires de la présence d’un prêtre pour avoir une eucharistie. Il a aussi fait ressortir le besoin de s’organiser entre chrétiens pour prier ensemble en petits groupes et prendre des initiatives. J’ai pensé à ces catéchistes en Afrique capables de rassembler autour d’eux de petites communautés alors que le prêtre ne peut venir qu’une fois par mois ou par trimestre.»

Roland Carrupt, Martigny (VS)

Professeur à Brigue, responsable de l’Equipe d’animation des fraternités marianistes de Suisse.

«Lamesse en paroisse m’a incontestablement manqué, car ce rendez-vous hebdomadaire me nourrit par la qualité des homélies et la prière avec d’autres dont certains sont des visages très familiers. En revanche, j’ai suivi la messe présidée par Mgr Jean-Marie Lovey et retransmise sur Canal 9. Nous nous sommes retrouvés tous les jours en Famille marianiste (laïcs et religieux) autour de la prière de trois heures et avons trouvé régulièrement de la nourriture spirituelle sur le site www.marianistes.ch. Un certain nombre d’entre nous ont récité le chapelet tous les jours durant le mois de Marie et nous sommes restés en contact par des visioconférences. Cette situation nous offre la possibilité de réfléchir à ce que nous pouvons et devons changer dans nos habitudes de consommation et de déplacement, notre attention aux autres et notre rapport au temps. Le meilleur moyen? Commencer par nous mêmes. »

Soeur Adrienne Barras, Bex (VD)

Soeur de Saint-Maurice, maîtresse des novices pour la région de Suisse.

«L’absence de célébrations eucharistiques a été vécue par la communauté comme un manque. Nous en avons été privées pendant tout le confinement, solidaires de beaucoup de nos frères et soeurs chrétiens. Il n’est pas mauvais parfois de manquer! Cela fait grandir le désir! Nous avons continué à nous rassembler trois fois par jour dans notre chapelle. A l’heure de l’eucharistie, nous vivions une liturgie de la Parole: après avoir invoqué l’Esprit saint, nous écoutions les textes du jour, puis quelques-unes d’entre nous offraient le fruit de leur méditation. L’écoute de la Parole, devenue centrale, nous a confortées dans la conviction que l’Eglise s’enrichirait grandement en permettant aux femmes de prendre une place plus active au sein des célébrations, en particulier dans les liturgies de la Parole. Ce que nous avons découvert, nous désirons le poursuivre: donner une vraie place à la liturgie de la Parole les jours où nous ne célébrons pas l’eucharistie. Et être témoins et artisanes de la place de la femme dans l’Eglise.»

Pascal Tornay, Vollèges (VS)

Diacre permanent, agent pastoral dans le Secteur de Martigny, responsable du Service diocésain de la diaconie.

«J’ai ressenti comme un manque le fait d’être privé des personnes, des activités et des lieux communautaires que je fréquente. Et j’ai redécouvert la force de l’église domestique. Durant les jours saints, j’ai célébré des liturgies de la Parole avec mes proches dans le jardin. Le téléphone m’a permis de rejoindre des personnes que je ne pouvais visiter. Ayant accès au tabernacle, j’ai pu bénéficier, avec quelques proches, de la communion. Nous communiions en suivant les messes diffusées sur Canal 9 et présidées par l’évêque. En l’absence d’eucharistie, une communauté devrait pouvoir se réjouir pleinement d’être rassemblée par l’Esprit au nom du Seigneur et de porter du fruit... pour la retrouver un peu plus tard.»

Roland Miserez, Lajoux (JU)

Membre de la Communauté de travailleurs chrétiens.

«Oui, la messe m’a manqué. La petite communauté locale se rassemble deux fois par mois dans l’église pour la messe dominicale. L’équipe pastorale nous a proposé dimanche après dimanche des «pistes pour une liturgie domestique». Enfin, les cloches sonnaient le dimanche à 10h pour nous faire sentir que nous étions reliés. L’Eglise devra désormais être attentive à une population fragilisée par la Covid-19: chaque chrétien se doit d’aller vers les périphéries. Sa responsabilité est en jeu: en tant que baptisé, avec ses propres charismes, il peut, en disciple du Christ et en son nom, rassembler des petits groupes de réflexion, de partage de la Parole, de diaconie. »

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