L’oeil (bigleux) de Moscou

Les Moscovites sont invités à télécharger une application de surveillance plus que problématique. Les Moscovites sont invités à télécharger une application de surveillance plus que problématique. Keystone

A l’heure où tous les pays planchent sur une application de suivi du coronavirus et s’interrogent sur la manière de la rendre compatible avec le respect des libertés des citoyens, ils disposent d’un parfait contre-exemple. Début avril, la ville de Moscou a vivement recommandé une application de «monitoring social» aux malades de la Covid-19 pour les accompagner dans leur quarantaine. Un accompagnement plutôt serré: une fois installée sur le téléphone, l’application a accès non seulement à la géolocalisation de l’appareil, mais également à ses photos, aux messages, aux appels téléphoniques et aux contacts!

Le but de ce petit espion est de s’assurer que les malades ne sortent pas de chez eux. Il ne se contente pas de gentils rappels à l’ordre: s’il réalise que la personne diagnostiquée positive n’est pas au bon endroit, il lui colle une amende. Et il ne s’en prive pas! 54’000 amendes ont déjà été distribuées, pour 60’000 personnes ayant téléchargé l’application. Le tout pour 200 millions de roubles – 2,7 millions de francs.

Alors que le pic de l’épidémie s’éloigne, les témoignages de Moscovites mécontents pleuvent dans les journaux et sur les réseaux sociaux, relate la revue de presse internationale de France Culture. Certains ont été verbalisés une quinzaine de fois alors qu’ils étaient cloués au lit. L’application envoie en effet des messages à intervalles aléatoires pour exiger du malade un selfie prouvant qu’il est chez lui. Si la réponse ne vient pas assez rapidement, une amende est générée automatiquement. D’autres ont reçu une contravention au moment où ils sortaient de chez eux... pour être hospitalisés.

Même le Conseil présidentiel russe pour les droits de l’homme, sous la tutelle de Vladimir Poutine, estime que l’application a connu de sérieux ratés. Les Moscovites ont déposé plus de 2000 plaintes. Une prise de conscience du danger que représente Big Brother dans une ville qui compte déjà en temps normal près de 100’000 caméras de surveillance.

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