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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la Une
Jeudi, 13 Décembre 2012 00:00

 

 

Cinéma

Le retour du mythe avec Bilbo le Hobbit

Après le triomphe du Seigneur des anneaux il y a une décennie, Bilbo le Hobbit: un voyage inattendu sort sur nos écrans. J.R.R. Tolkien l’a écrit pour ses enfants, mais il plaira aussi aux grands. Car le mythe dit quelque chose du monde réel.

2012-50-11AEn Appenzell, les maisons traditionnelles ont de petites portes. Pour les franchir, leurs habitants doivent se courber s’ils ne veulent pas se heurter la tête au fronton. La chose est inconfortable et l’on aurait pu adapter leurs dimensions à la taille des hommes d’aujourd’hui. Pourtant on ne l’a pas fait parce que ces portes sont les derniers vestiges d’un temps où ce canton, disaient les anciens, était habité par de «petits hommes». En les conservant, leurs descendants avaient le sentiment de rester en communion avec ces étranges ancêtres. Franchir le seuil de ces portes, c’était retrouver quelque chose de leur monde, ou plutôt élargir notre monde en le gardant ouvert à un ailleurs.

Pour Tolkien, l’auteur de Bilbo le Hobbit qui vient de sortir sur les écrans, les contes et les légendes sont analogues à l’histoire de nos portes appenzelloises: ils transmettent une mémoire et en même temps élargissent l’horizon du lecteur.

Au pied du lit des petits

«Papa, raconte-moi une histoire!»: les pères de famille ont tous connu ce moment où la nuit qui tombe fait monter le désir d’un autre monde dans le cœur des enfants. L’espace d’une lecture, nos préoccupations de la journée, pourtant si graves à nos yeux, perdent de leur emprise. Notre enfant s’est endormi et nous sommes entrés en faërie. L’univers créé par Tolkien est né ainsi: au pied du lit de ses enfants, auxquels il racontait des histoires de hobbits, d’elfes et d’anneaux mystérieux.
«Au fond d’un trou vivait un hobbit.» L’histoire de Bilbo Sacquet est née de cette phrase, jetée sur le coin d’une des copies d’élèves que Tolkien, professeur de philologie à l’université d’Oxford, en Angleterre, corrigeait en plus de celles de ses propres élèves pour améliorer un budget familial précaire. C’est dans ce mot aux consonances étranges que Tolkien dit avoir trouvé l’inspiration de son livre.
Hobbit évoquait quelque chose de paisible et de facétieux à la fois, un peu comme un adulte qui aurait conservé la fraîcheur et la physionomie de l’enfant. Un être simple en tout cas, attaché aux petites choses, à son foyer, à ses amis, à sa région, aux paysages familiers, tout le contraire d’un aventurier. Sauf exception. Et il y eut une exception sous la forme d’un personnage un peu particulier, Bilbo Sacquet, en anglais Bilbo Baggins, parti et revenu, après plusieurs aventures, en possession d’un mystérieux anneau.

Gollum et l’anneau

Tel fut le scénario du Hobbit, que Tolkien écrivit en premier lieu pour amuser ses enfants. Il en proposa le manuscrit à un éditeur, Stanley Unwin; celui-ci le donna à lire à son fils, âgé de 10 ans, qui encouragea son père à publier le livre. C’est ainsi que The Hobbit paru en 1937. A la grande surprise de Tolkien, le livre fut un immense succès. L’éditeur lui demanda naturellement une suite. Ce fut Le Seigneur des Anneaux. Le Hobbit est donc en quelque sorte la préhistoire du livre qui a rendu Tolkien mondialement célèbre. On y retrouvera Bilbo, bien sûr, mais aussi Gandalf, Gollum, l’anneau maléfique, et quelques autres créatures... Comment l’anneau arriva-t-il dans la Comté? La réponse est dans Le Hobbit.
Le succès du livre n’alla pas sans que l’on se moque de son auteur; publier un conte pour enfants, ce n’était pas très sérieux pour un professeur d’Oxford. Pourtant la chose était importante aux yeux de Tolkien, autant que ses travaux de philologie. A ses yeux de chrétien, le monde des légendes et celui des mots et de leur histoire avaient tous deux à voir avec une quête des racines et du sens des choses. Ici et là il s’agit d’un cheminement vers l’Origine. Par la mise en relation des mots, la philologie s’enfonce toujours plus dans l’épaisseur du temps, jusqu’à cette limite où, de famille en famille, par dérivations ou alliances, les étymologies semblent soudainement plonger leurs racines dans le Logos: la Parole de Dieu.

La légende et l’Evangile

2012-50-13AOn comprend pourquoi, contrairement à ce que pensaient les détracteurs du Hobbit, la faërie n’est pas une fuite hors du réel ou de la raison. Les contes et les mythes mettent bien le monde à distance, mais pas pour le fuir dans l’imaginaire: ils ménagent au contraire un espace narratif dans lequel l’homme peut reconnaître comme en un miroir quelque chose de sa propre intériorité.
Voilà pourquoi Tolkien affirmait que «Dieu a racheté les hommes, d’une manière qui convient à leur étrange nature. Les évangiles contiennent un conte de fées, ou une histoire d’un genre plus vaste, qui embrasse l’essence des contes de fées (...). Mais cette histoire est entrée dans l’histoire et dans le monde. (...) Dans l’Evangile, l’art qui préside à la faërie trouve sa vérité: Dieu est le Seigneur des anges et des hommes – et des elfes. Dans l’Evangile, légende et histoire se sont rencontrées et ont fusionné».
Le titre d’un très beau petit livre du cardinal Christoph Schönborn défend la même idée: Noël, un mythe devenu vrai. Alors, en ce temps de l’Avent, quand votre enfant vous demandera de lui raconter une histoire, ouvrez Le Hobbit, et l’Evangile!

Grégory Solari

Si vous avez raté le début

Bilbo le Hobbit est un voleur. Ce n’est pas très moral, mais la vie et les contes sont ainsi faits que le bon et le moins bon s’y mêlent de façon inévitable, car l’un n’existerait pas sans l’autre. Et c’est parce que Bilbo peut se mouvoir discrètement qu’il reçoit la visite du magicien Gandalf, longtemps avant leurs retrouvailles dans Le Seigneur des anneaux. Gandalf est accompagné de 13 nains barbus conduits par leur roi Thorïn. Ils veulent voler le trésor qui leur a été enlevé des siècles plus tôt par le dragon Smaug qui vit dans la Montagne solitaire, loin à l’Est.

Une quête fantastique

Un trésor, une quête, des compagnons: le schéma classique est en place, l’aventure peut commencer. Y compris pour Bilbo qui, comme tous les Hobbits, n’aurait jamais voulu quitter la douce Comté. En route, ils vont rencontrer des méchants comme les trolls, énormes et carnivores, ils pourront se reposer dans l’oasis de Rivendell où vivent les Elfes. Ils y seront accueillis par le maître de maison, Elrond, mi-homme mi-elfe à la sagesse légendaire, qui traduira les runes elfiques dessinées sur la carte de Thorïn. Ils découvriront ainsi le passage secret qui conduit dans le repaire de Smaug.
L’invention du langage elfique est une des trouvailles géniales du philologue Tolkien. S’inspirant du gallois et du finnois, il dota les elfes de plusieurs dialectes, avec leur alphabet et leur grammaire propres. Ces langues apparaissent ça et là dans le récit comme les fragments d’un monde ancien qui porte les acteurs de la lutte en cours, et jamais achevée, entre le Bien et le Mal. Petits ou grands, les héros devront démontrer leurs qualités morales jusqu’au retour de Bilbo dans la Com- té avec l’anneau qu’il remettra un jour à son neveu Frodon. Lequel, on s’en souvient, partira à son tour non pas pour trouver un trésor, mais pour sauver le monde.

Patrice Favre


2012-50-13BLe Hobbit en plusieurs versions
Les Editions Christian Bourgois diffusent avec une constance sans faille l’œuvre de John Reunald Reul Tolkien (1892-1973) en francophonie.
Avec la sortie du film de Peter Jackson, elles publient le chef-d’œuvre de la littérature enfantine de l’un des fondateurs de la littérature d’heroic fantasy dans trois écrins différents.
Dans le premier, broché (390 pages), une nouvelle traduction effectuée par Daniel Lauzon permet de renouveler notre plaisir de lecture. On peut aussi se plonger dans une très belle édition reliée (301 pages) dont la qualité est agrémentée par les somptueuses illustrations d’Alan Lee; cet artiste anglais a abondamment, et avec une grande sensibilité, mis en images les scènes les plus fameuses de l’univers de Tolkien – il a d’ailleurs participé avec John Howe, Canadien installé dans le canton de Neuchâtel depuis longtemps, à la conception visuelle de la trilogie cinématographique du Seigneur des Anneaux et du Hobbit.
Enfin, pour les connaisseurs plus avertis de l’œuvre du professeur de philologie d’Oxford, Le Hobbit annoté (468 pages), certes moins esthétique que les deux éditions précédemment citées, permet une lecture exhaustive: on comprend les étapes du façonnement de l’ouvrage et on perçoit ses sources d’influence avec une grande acuité. Ces trois versions ne répondent pas aux mêmes attentes des lecteurs, mais toutes se rejoignent dans le souci de l’excellence éditoriale. Amateurs comme spécialistes y trouveront amplement leur compte.
Thibaut Kaeser

 

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