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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la Une
Jeudi, 06 Décembre 2012 00:00

 

 

Paysages

Le Valais veut sauver ses vieux murs

Ils courent sur des kilomètres, portant les hautes terrasses où poussent les meilleurs ceps. Mais ils tombent et leur sauvetage est difficile. Un colloque et un beau livre disent l’importance des murs dans le paysage valaisan.

2012-49-17AComme disaient les vieux vignerons, «le mur, tu l’as dans l’œil». Ils prenaient une pierre, la tournaient et la retournaient et puis clac, ils la posaient comme une pièce dans un puzzle. Parfaitement calée, alignée sur les autres et prête à défier les siècles à venir. Si une pierre branle, c’est qu’elle n’est pas à sa place et il faut la poser ailleurs. Car le mur à sec, donc sans ciment ni mortier, n’a que son poids et la stabilité de ses pierres pour résister à la pression qui le pousse dans le vide, inexorablement.
La technique des murs en pierre sèche est aussi vieille que l’humanité, mais le Valais l’a conduite à un haut degré de perfection. Elle est aujourd’hui menacée. Car les murs tombent et rares sont ceux qui savent les remonter. Quand ce n’est pas trop cher: l’édification d’un mètre carré de mur coûte entre 600 et 900 francs selon l’emplacement et la hauteur du mur. Or, le Valais compte 1600 kilomètres de murs en pierre sèche! Soit l’équivalent de deux milliards de francs au prix d’aujourd’hui. Et 10% de ces murs ont besoin d’une restauration.

Dix francs par bouteille

«C’est un patrimoine unique. Aujourd’hui, on ne les bâtirait plus. Dans un domaine comme le nôtre, il faudrait vendre chaque bouteille dix francs plus cher pour amortir la construction. Et plus encore pour les terrasses les plus élevées», dit Simon Lambiel, directeur du domaine du Mont d’Or, près de Sion. Un vignoble créé au 19e siècle, quand le vin est devenu rentable: des milliers de paysans valaisans ont transformé leurs champs en vignobles, domestiquant les pentes les plus raides grâce aux escaliers géants que sont les terrasses. Ils n’avaient pas d’argent, mais ils avaient le temps, pendant les mois d’hiver, de monter ces murailles qui font la beauté du vignoble valaisan. Et que le Valais tente de sauver. Mais à quel prix?
Ce débat était au cœur du colloque qui s’est tenu à Sierre récemment à l’initiative du Musée valaisan de la vigne et du vin. Il est développé dans un livre passionnant, Murs de pierre, murs de vigne, qui retrace l’histoire de ces murs, de ceux qui les ont faits et de ceux qui tentent de perpétuer la tradition.
La technique de la pierre sèche n’est pas seulement valaisanne, on l’a dit: des kilomètres de murs délimitent les pâturages du Jura ou les landes désolées d’Irlande et d’Ecosse. Mais le célèbre vignoble de Lavaux, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, n’est pas en pierre sèche: les murs sont maçonnés avec du mortier. En Valais aussi, le ciment a fait son apparition dans les années 1960, car il permettait de monter des murs plus vite et à moindre coût, avec des maçons peu formés aux techniques ancestrales.

Le béton fait barrage

La prise de conscience de l’importance de ces murs s’est faite dans les dernières années du 20e siècle pour de multiples raisons. Esthétiques déjà, le béton jurant avec la pierre naturelle. Techniques, car le mortier tend à former un barrage imperméable malgré les ouvertures prévues à cet effet: la terre entassée derrière le mur se gorge d’eau, ce que les racines détestent. Si elle s’alourdit trop, le mur s’effondre d’un coup. Il y a des raisons écologiques aussi, car le ciment consomme une énergie considérable lors de sa fabrication et il faut l’amener sur place.
Enfin, le capital touristique n’est pas à dédaigner. Des «sentiers des vignes» sont proposés aux promeneurs par les offices du tourisme et certaines caves en font un argument de vente. La Maison Gilliard à Sion peut se vanter d’avoir les plus hauts murs du Valais: dans le domaine de la Cochetta, ils ont jusqu’à 18 mètres de haut, avec des escaliers aussi aériens que dangereux pour celui qui rate une marche. Edifiée au 19e siècle et sans cesse remontée, cette muraille formidable a frappé et frappe encore les visiteurs.

Lego et millefeuilles

Au Moyen Âge déjà, l’entretien de ces murs était un souci constant que documentent les archives (avec des injonctions cocasses comme l’interdiction de récolter les escargots sur les murs autres que les siens!). La présence de spécialistes italiens et savoyards est mentionnée très tôt, mais chaque paysan-vigneron possédait un savoir-faire qui se transmettait de génération en génération.
Le mur était fait avec les pierres trouvées sur place, d’où l’extraordinaire variété du paysage valaisan: selon les régions, la présence de calcaire permettait de débiter des blocs aussi réguliers que des Lego; les schistes, appelés «brisées», faisaient des murs comme des millefeuilles; d’autres utilisaient des blocs de granit, de gneiss ou de quartz transportés par les glaciers jusqu’en plaine.
Ces pierres étaient d’excellente qualité, mais elles étaient souvent arrondies par leur lente reptation dans les rivières sous-glacières: les vignerons les appellent des «boules», plutôt instables. Mais peu importe: «Le principe, c’était d’utiliser tous les cailloux», dit Charles Bagnoud, un des monteurs de murs cités dans le livre. Né en 1930, il se souvient qu’il recevait 2 francs de l’heure en 1953. Les explosifs étaient très répandus. «On achetait la dynamite au magasin d’Ollon. Dans les années 1970, on pouvait encore l’acheter librement. Le magasin était bourré de dynamite», raconte un autre Bagnoud, Nicolas, vigneron-encaveur.
Cette diversité tend à disparaître: les maçons préfèrent utiliser la pierre de Saint-Léonard, un calcaire très régulier provenant d’une carrière du Valais central et transporté sur place par hélicoptère. Certains le regrettent. Mais la première bataille, avant le matériau, est celle du mur de pierre lui-même, l’entretien ayant été parfois négligé au cours des dernières années au profit du rendement.

Une œuvre d’art

Des exploitants, comme la maison Rouvinez Vins à Sierre ou Gérald Besse à Martigny, ont formé des équipes qui travaillent chaque hiver sur les murs menacés. Gérald Besse parle «d’une œuvre d’art immense, incroyable, qui a été sculptée par nos ancêtres». «J’aime beaucoup le pic et la pelle, cette jolie terre poussiéreuse. Dans le mur, il y a une expression, quelque chose qui se reflète. L’inspiration de celui qui l’a construit», dit Raymond Georges, monteur de murs des Haudères. Mais le coût reste un poids d’autant plus lourd que la viticulture est frappée par la crise.
Un soutien est venu d’en haut avec le projet «Hercule», lancé en 2003 dans quatre pays, le Portugal, la France, la Suisse et l’Autriche, pour sauvegarder ce savoir-faire. Les premiers cours ont eu lieu en 2005 à Châteauneuf, près de Sion. Et l’Etat du Valais a subventionné plusieurs projets pilotes à Bovernier, Fully, Sion et Visperterminen. Des crédits ont été libérés avec l’aide de la Confédération. Mais la mise en œuvre est exigeante: pas de béton et pas question de financer des travaux dans une région si un propriétaire refuse de collaborer. «Nous avons une longue tradition de con-sortages, de travaux décidés et faits ensemble, a dit Jean-Michel Cina, conseiller d’Etat, au colloque de Sierre. C’est cet esprit qu’il faut retrouver».
Il prêchait à des convaincus, cela se sentait. Le mur a une histoire et une force. «Toucher la pierre, la taper avec le marteau te fait réfléchir aux efforts accomplis par ceux qui t’ont précédé. Tu touches à tes racines», disait par exemple un des formateurs à Châteauneuf, Martin Lutz, appenzellois. L’élan suffira-t-il pour empêcher la chute des murs?

Patrice Favre

 

Murs de pierre, murs de vignes, vignobles du Valais, collectif sous la direction d’Anne-Dominique Zufferey-Périsset, Editions Infolio, 264 p.

 

Un microclimat unique

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La vigne en terrasse fait les meilleurs vins, c’est une conviction largement partagée. Elle a une cause mesurable. Exposée le plus souvent plein sud, la terrasse développe un microclimat particulier. Le 1er mars 2012, la température mesurée sur un mur au-dessus de Sion était de 44 degrés contre 22o à Sion. Le 21 août de la même année, l’aérodrome de Sion mesurait 34,9 degrés, la step pe près de la vigne en question annonçait 37 degrés. Et sous la pierre plate couronnant le sommet d’un mur (appelée justement «couvertine»), le thermomètre mesurait 65 degrés! Au pied de ces concentrés de chaleur, les vignerons valaisans plantent des oliviers, des figuiers, des pêchers. La végétation, de type méditerranéen, y est très riche et les anfractuosités du mur en pierre sèche abritent une faune très active. Dont des mantes religieuses qui se tiennent sur une seule patte pour mieux résister à la chaleur. Une vie qui peut contribuer à la qualité des vins produits là, entre terre et ciel: «Ce sont des vins originaux, uniques, impossibles à produire dans un vignoble standard», conclut Simon Lambiel, du domaine du Mont d’Or. 

  PF

 

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