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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la Une
Jeudi, 22 Novembre 2012 00:00

 

 

Spécial montagne

Roberto Bolognesi, l'admirable homme des neiges

Artiste, aventurier et scientifique: à mi-chemin entre le Professeur Tournesol, Indiana Jones et Frison-Roche, on trouve le spécialiste des avalanches Robert Bolognesi, un Français devenu valaisan qui dirige Meteo Magazine.

2012-47-21AQuelques flocons tombent jusqu’en plaine. Les fans de glisse, spatules fartées à souhait, se réjouissent de dessiner de belles courbes dans la neige en dévalant les pistes. Nombre d’entre eux oublient hélas le lourd tribut annuel payé à la montagne par certains amateurs de poudreuse. Mais l’expert en prévention d’avalanches Robert Bolognesi veille au grain.

Les Valaisans connaissent bien ce Français d’origine qu’ils ont chaleureusement adopté depuis longtemps. Fin connaisseur du manteau neigeux, il a animé pendant plusieurs années pour Canal 9, la télévision régionale valaisanne, une émission hebdomadaire traitant différents sujets en lien avec le climat. Une chaîne locale pour qui il continue de rédiger des bulletins météo. Hors canton, nombreux sont les lève-tôt amateurs de glisse qui suivent les conseils du maître «ès flocons». Des bureaux de l’entreprise Meteorisk, qu’il a lancée en 1999 à Sion, ou d’un col enneigé, Robert Bolognesi est au rendez-vous depuis dix ans tous les samedis matin sur RSR La-Première: à 7h35, il fait le point avec les auditeurs sur les conditions d’enneigement et le danger d’avalanche.

En direct du «19:30»

La Télévision suisse romande fait aussi régulièrement appel à ses services. «Quelles sont les prévisions pour les heures à venir? Pourra-t-on bientôt circuler normalement en plaine? Les stations de ski devront-elles rester fermées encore longtemps?»: une série de questions auxquelles le météorologue répond en direct de Sion ou d’Anzère pour le «19.30» quand il n’est pas invité à donner son avis d’expert dans d’autres émissions. Le tout avec une sérénité étonnante. Car s’il connaît parfaitement son métier, Robert Bolognesi est aussi un vulgarisateur hors pair. Une qualité précieuse lorsqu’il s’agit de rappeler aux skieurs enthousiastes du week-end quels dangers l’hiver fait peser sur eux.
Robert Bolognesi est né en 1960. Depuis son enfance, qu’il a passée en France, il ne s’est jamais tenu très loin des sommets: «J’ai toujours aimé la montagne. La neige et les avalanches me fascinent depuis tout jeune». Une passion qui le pousse à entamer des études universitaires à Grenoble tout en travaillant à la station de l’Alpe d’Huez (Isère). Il n’a pas trente ans lorsqu’il met au point un système informatisé de prévision des avalanches en collaboration avec son université et la société d’aménagement touristique de l’Alpe d’Huez – une première à l’époque.
Installé dans un petit village de la région, il obtient un doctorat en géographie alpine. Le manteau neigeux, ses strates et sa stabilité, il apprend à les connaître au cours de ses innombrables sorties en haute montagne où il observe les crevasses, remonte les couloirs à peau de phoque et dévale les pentes à ski, aussi inclinées soient-elles.

Nivologue?

2012-47-18AUn pied dans la poudreuse, l’autre dans son laboratoire, c’est ainsi qu’il envisage son métier de nivologue (spécialiste de la neige et des avalanches): «Il y a vingt ans, il était difficile de faire comprendre que les maths pouvaient être utiles pour prévenir les catastrophes en montagne. Aujourd’hui, les guides et les hommes de terrain valorisent le travail effectué par les scientifiques, un respect mutuel s’est installé».
Comment est-il arrivé en Suisse? «Au début des années 1990, lors d’une conférence, j’ai pu comparer mon système de prévision des avalanches – que j’avais mis cinq ans à concevoir – avec celui des physiciens de l’Institut de Davos, alors dirigé par Claude Jaccard». Débute une collaboration de cinq ans avec l’Institut fédéral pour l’étude de la neige et des avalanches. Le Français partage son temps entre le laboratoire du Weissfluhjoch (2662 m) à Davos, Lausanne – où il obtient un doctorat en informatique à l’Ecole Polytechnique – et le Valais. L’informaticien géographe travaille plusieurs années à Sion où il ouvre l’antenne valaisanne de l’institut en 1995. Puis il se met à son compte et fonde «Meteorisk», sa propre entreprise de prévention des risques météorologiques. Les communes et sociétés de remontées mécaniques s’adressent à lui pour dresser des plans de protection, trouver les moyens d’optimiser le déclenchement d’avalanches, effectuer des expertises et autres calculs de contraintes. Robert Bolognesi gère également des cycles de formation pour patrouilleurs, professeurs de ski et étudiants à l’université, sans compter le diagnostic sur les risques d’avalanches qu’il distille tout au long de l’année avec l’aide de ses collaborateurs.

Canon avalancheur

Certains mandats le mènent dans le monde entier: pour la mise en œuvre d’une stratégie de protection contre les avalanches sur le site olympique de Sotchi; pour l’installation d’un 
logiciel de prévision des risques dans une mine de cuivre au Chili; en Aragon (Espagne) pour un cours pratique sur la dynamite ou encore au Canada, où il initie un groupe à l’utilisation d’un «canon avalancheur» – un engin tirant des flèches remplies d’explosif liquide.
Toujours en vadrouille, loin de son pays natal, il ne perd pourtant jamais le nord: «En montagne, les repères restent les mêmes. Et il y a une similitude au niveau du caractère: les gens qui y vivent ont la tête dure au premier abord, ils disent ce qu’ils pensent, mais sont en fait très accueillants. Il paraît qu’en Valais, la montagne commence en plaine: c’est sûrement pour cela que je m’y sens bien depuis vingt ans!, rigole le scientifique tout-terrain. Les gens sont joyeux, il y a des fêtes toute l’année, une culture incroyable avec des cinémas et des théâtres partout. Une région pleine de vie».

Conditions incertaines

Réglette, loupe, scissomètre et pelle sur le dos, Robert Bolognesi multiplie les relevés tout au long de l’hiver. Parfois dans des conditions extrêmes: «Il n’y jamais eu d’incident. Je dois quelquefois effectuer de longs détours pour éviter le danger. J’ai déjà été bloqué, mais des points de reprise sont prévus et je reste toujours en contact radio avec l’hélicoptère. Je suis prudent et, s’il le faut, je renonce».
La pression n’est pas facile à gérer. Une prévision météo erronée et ce sont des vies humaines qui sont menacées. «Le vendredi soir, les conditions sont parfois très incertaines. Du coup, je dois me rendre sur place le samedi matin à 5h. Si une incertitude demeure malgré tout, on tâche de la transmettre au mieux au public.»
Robert Bolognesi comprend parfaitement les jeunes qui ne rêvent que de chausser leurs skis pour faire du hors-piste – «je ressens la même envie!». S’il regrette l’inconscience de certains, il ne blâme personne: «Les gens sont libres de faire ce qu’ils veulent. Le doute est toujours présent avec la nature, et juger après un accident, c’est toujours facile». Sorties en solitaire, immensité, décors sublimes potentiellement meurtriers, la montagne a de quoi faire philosopher notre scientifique: «Quelle chance, quel beau métier! Sur les sommets, on se sent tout petit, mais très libre aussi. Là-haut, je me dis parfois que je devrais mieux m’occuper des personnes qui me sont chères – leur montrer combien je les aime». Les pouvoirs du magicien des flocons ne se limitent pas à sa capacité de calcul et à la force de ses mollets.

Un yéti talentueux

Robert Bolognesi écrit, peint des aquarelles et maîtrise l’art de la photographie. Auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation – notamment chez Nathan –, il dirige depuis 2007 la revue Meteo Magazine. Une publication semestrielle tous publics sur l’eau, les orages, le soleil et d’autres sujets liés au climat et à la nature réalisée en collaboration avec des scientifiques, des journalistes et des écrivains. Il y dévoile ses talents de photographe (voir encadré), captant certains phénomènes naturels éphémères qu’il reproduit sur papier glacé.
Qui est Robert Bolognesi? Avant tout un passionné. Un amoureux de la montagne qui a décidé de mettre ses compétences et son intarissable énergie au service des autres. Un ange gardien curieux marchant dans les traces du yéti.

Cédric Reichenbach

2012-47-20ALes géants prennent la pose
Robert Bolognesi recèlerait-il autant de facettes que les cristaux de neige qu’il immortalise grâce à un dispositif photographique maison? S’il se plaît à jouer les orfèvres avec des étoiles de neige ne pesant pas plus de quelques dizaines de microgrammes, les énormes masses gelées en mouvement à l’ouest du Groenland ne le laissent pas non plus de glace: «Les icebergs apparaissent souvent comme de fières silhouettes blanches aux ombres bleues. Pourtant, en fin de journée, lorsque le soleil arctique court sur l’horizon sans disparaître totalement, ils se parent de couleurs inattendues».
Ce sont ces moments rares et privilégiés, où se succèdent les «contrastes insensés», que Robert Bolognesi a su capter dans une série de clichés saisissants (voir page 21), que l’on croirait venus d’une autre planète. Des images inédites rassemblées dans Ice, voyage au pays des icebergs, ouvrage disponible en librairie début décembre. Une édition limitée à un millier d’exemplaires (commandes et renseignements au 027 323 64 02 ou via meteo-magazine.com).

 

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