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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la Une
Jeudi, 08 Novembre 2012 00:00

 

 

Arctique

Le Groenland fond, les Chinois arrivent

Le Groenland se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. La fonte de ses glaces ouvre des perspectives d’exploitation minière. Le pays pourrait devenir riche. Et rempli de Chinois.


Les Groenlandais produisaient 100 tonnes de patates par année. Ils s’essaient désormais aux brocolis. La plus grande île du monde, vaste comme six fois l’Allemagne, mène la course du réchauffement climatique: «Les quinze dernières années ont été parmi les plus chaudes jamais enregistrées, remarque dans La Croix Jean-Michel Huctin, anthropologue et coproducteur d’Inuk, un film sur les Inuits du Groenland. Les années dites exceptionnelles se succèdent et la population doit s’adapter à toute vitesse, ce qui n’est pas évident».

La région arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Depuis 1951, la température moyenne au Groenland a augmenté d’1,5°C, contre 0,7°C de réchauffement global. Les scientifiques prédisent jusqu’à 8°C de hausse d’ici la fin du siècle.
Résultat: les glaces du Groenland fondent. Le fameux fjord de glace, protégé par l’UNESCO, s’est retiré de 10 km entre 2001 et 2004. L’épaisseur de la banquise qui enrobe le nord du pays s’est réduite de moitié. Cet été, la presque totalité de l’inlandsis, l’immense calotte de glace épaisse de 2000 m en moyenne qui recouvre 80% de l’île, a subi une fonte à sa surface, un phénomène que les scientifiques n’avaient prévu que pour 2050.

Des trésors sous la glace

La fonte des glaces pourrait faire de cette île, province autonome du Danemark, un pays riche. Car sous la glace se cachent des trésors. Des réserves de gaz et de pétrole – encore difficiles et dangereuses à exploiter –, mais surtout quantité de ressources minières: des pierres précieuses, de l’or, du fer, du nickel et plusieurs types de terres rares, ces métaux utilisés dans la fabrication d’instruments high-tech comme les smartphones et les écrans LCD, dont la Chine détient pour l’instant le quasi-monopole.
Le gouvernement groenlandais voit dans le développement minier la solution aux problèmes sociaux – pauvreté, chômage, alcoolisme – qui rongent une partie de la population, constituée à 85% d’Inuits. «Le gouvernement aimerait avoir une autre source de revenus. Actuellement, nous n’avons que la pêche et un petit peu de tourisme», explique Henrik Stendal, du département d’extraction minérale groenlandais, au quotidien britannique The Guardian.
A terme, cette nouvelle source de revenus permettrait aussi à la province autonome de s’affranchir de la tutelle du Danemark et d’obtenir l’indépendance, désirée par la majorité de la population. Le royaume scandinave reste aujourd’hui en charge des Affaires étrangères et de la défense de l’île. Surtout, il lui verse plus de 550 millions de francs de subsides chaque année, indispensables à sa survie économique.

Les mines s’ouvrent

Or avec les mines, les chiffres s’envolent. Une mine a déjà ouvert, cinq autres sont en passe de l’être, 120 sites sont en phase d’exploration. London Mining, une société minière britannique financée et dirigée par la Chine, a proposé d’investir plus de deux milliards de francs sur trois ans dans un projet de mine de fer, révèle The Economist. Soit le double du PIB groenlandais. La société en profitera pour importer 2500 ouvriers chinois. Tout comme le fabricant d’aluminium Alcoa, qui prévoit de s’établir sur l’île pour profiter de ses ressources hydroélectriques non exploitées.
Les Groenlandais ne sont que 57’000. Malgré une tradition d’hospitalité très développée, 5000 ouvriers chinois d’un coup, c’est beaucoup. Pourtant, ce pourrait n’être qu’un début. «Avec sa force de travail réduite et peu éduquée, le Groenland va inévitablement avoir besoin de milliers de travailleurs étrangers, note Stephen Pax Leonard, linguiste et anthropologue à l’Université de Cambridge. Cette perspective inquiète beaucoup de gens; ils craignent que leur pays, jusqu’ici plutôt fermé, ne soit soudain submergé par des personnes de cultures différentes.»

Une mince élite

Autre inquiétude, écologique celle-là. Avec la manne financière, les opérations minières risquent d’amener pollution et destruction dans un environnement préservé: en été, la pureté de l’air permet de voir à 150 km, empêchant d’évaluer les distances.
Le gouvernement est convaincu de pouvoir imposer de hauts standards écologiques. Ce dont doutent les organisations de défense de l’environnement. Mikkel Myrup, directeur de l’ONG Akavaq, ne pense pas que le gouvernement groenlandais a les capacités de réguler les pratiques comme il le faudrait: «Il ne pourront pas résister à ces multinationales», explique-t-il au Guardian. D’autant que la pression s’annonce énorme et que l’élite est réduite: la vie politique est gérée par 44 personnes seulement. «Rien de plus facile pour une puissance extérieure que de faire du lobbying et de s’imposer auprès des dirigeants groenlandais», expliquait Damien Degeorges, politologue spécialiste du Groenland et de l’Arctique, sur TV5 Monde. Le Premier ministre groenlandais Kuupik Kleist est déjà l’un des chefs d’Etat les plus courtisés du monde.

Aude Pidoux

2012-45-11ARacontars chez les Inuits

«Un racontar, c’est une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. A moins que ce ne soit l’inverse, qui sait?» En 1950, à dix-neuf ans, après quelques vagabondages dans une Europe qui panse ses blessures, le Danois Jørn Riel part au Groenland avec l’expédition du géologue Lauge Koch. Il y reste seize ans durant lesquels il partage, entre quelques relevés scientifiques, la vie des chasseurs de phoques, d’ours et de bœufs musqués.
«J’ai avancé, et je suis arrivé», résume son compagnon inuit Ugge après avoir traversé sur son traîneau une affreuse tempête, être tombé dans des crevasses, s’être gelé les pieds, les mains et le visage et avoir perdu la vue pendant quelques jours. «C’était comme ça, et dans un sens il avait raison. On ne parle pas de ce qui est désagréable.»
Devenu écrivain, Jørn Riel a fait sienne cette retenue inuit. De ses aventures au Groenland, il raconte les épisodes drolatiques et absurdes de la vie des quelques Scandinaves éparpillés dans de vagues stations scientifiques enfumées: rendus bourrus par leur isolement, en manque chronique de femmes et de tendresse, portés sur l’alcool, parlant à leurs chiens comme à des compagnons. Il relate aussi l’extraordinaire adresse sur la neige des Inuits, leurs croyances et leur sensibilité au monde des esprits, avec une bonne humeur qui provoque à chaque page des éclats de rire.
«Je considère ma vie entière comme un long et incroyable racontar», explique dans son dernier livre traduit en français, Une vie de racontars, celui qui a depuis voyagé dans le monde entier avant de s’installer en Malaisie et en Nouvelle-Guinée «pour
décongeler». L’écrivain est prolifique: on s’en réjouit, car on ne se lasse pas de ses histoires. Nombre de ses livres sont disponibles aux Editions Gaïa.
Jørn Riel, Une vie de racontars, Editions Gaïa, 139 pages.


Ils font le tour du monde de glace

«Tutigaq regarda autour de lui après avoir terminé son récit et il découvrit que presque tous s’étaient endormis. Cela le réjouit. C’est en effet un grand honneur pour un conteur que les gens s’endorment au cours de son récit. Cela montre que l’histoire a été longue et, comme beaucoup n’en ont pas entendu la fin, elle pourra être racontée à nouveau», écrit Jørn Riel (voir en page 11) dans Arluk, Le chant pour celui qui désire vivre.
Au 16e siècle, lors d’un de ces hivers groenlandais où «l’on partagea la faim comme auparavant on avait partagé le butin de chasse», le vieux Kajaka nourrit d’histoires ses deux petits-enfants, Arluk et Isserfik. Il sait qu’il ne survivra pas à l’hiver. «C’est pourquoi il leur parlait beaucoup des ancêtres, car les mots sur les anciens contiennent une force plus grande que celle de la viande et de la chaleur. Une force donnée par les esprits.» Ces esprits habitent Arluk, qui hérite des dons d’angagok – de chaman – de son grand-père. Ils le désignent pour traverser tous les merveilleux pays de la terre. Ainsi commence un voyage autour du Groenland qui durera une vie.
«Ils voyageaient lentement, car ils n’avaient d’autre but que de découvrir le monde». Arluk et son clan se déplacent par la mer, les hommes sur leurs kayaks, les femmes et les animaux dans de grandes barques. Ils s’arrêtent pour l’hiver, rencontrent de nouveaux clans inuits, partagent femmes et bonnes histoires. Des couples se forment, des enfants naissent, des tragédies surviennent. Le voyage s’équilibre entre bonheurs et souffrances. Arluk s’assagit. Renonce à la violence. Approfondit sa relation aux esprits. A l’heure de terminer le voyage, ils ne sont plus que quatre. Les autres ont succombé ou se sont arrêtés en chemin.
Arluk est une belle saga qui décrit une épopée dans des conditions extrêmes. Dans une langue simple et pudique qui, comme les Inuits, préfère le «on» au «je», le récit ouvre une porte sur l’intimité de ce peuple. Les vieux qui s’allongent sur la glace et attendent la mort, les femmes qui accouchent dans un trou de neige afin de ne pas souiller la maison, les âmes des morts qu’Arluk accompagne jusqu’au point de non-retour, les esprits qui errent participent à une nature partout présente dont dépend, plus qu’ailleurs, la survie des «êtres humains», comme s’appellent les Inuits.
Jørn Riel, Arluk, Edition Gaïa (réédition), 207 pages.

 

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